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“L’utilisation du gaz mérite une attention particulière de la part des Mauriciens”
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“L’utilisation du gaz mérite une attention particulière de la part des Mauriciens”
● <B> Comment est-ce que le marché des produits pétroliers est-il organisé à Maurice ? </B>
Nous nous retrouvons à Maurice dans un système mixte. Les prix des carburants et du gaz domestique (bouteilles de6 et 12 kg) sont réglementés. Le ministère du Commerce et de l’industrie publie dans ce cas une structure de prix à partir des coûts d’approvisionnement du trimestre écoulé en rajoutant les marges de distribution pour les compagnies pétrolières et les distributeurs jusqu’au prix public.
Par contre, le marché est dérégulé sur le gaz non domestique (gaz en 40 kg ou en vrac) et le fioul lourd, ainsi que les business internationaux tels que l’aviation et le bunkering. Il n’y a pas dans ce cas une structure de prix définie par les autorités mais uniquement un prix de cession entre la State Trading Corporation (STC) et les compagnies pétrolières.
C’est la STC, une entité parapublique, qui assume la responsabilité de l’approvisionnement du pays ainsi que du contrôle des marges à travers le système de structure des prix.
● Des modèles d’intervention similaires existent-ils dans d’autres pays ? </B>
En effet, l’on retrouve ce système de prix dans d’autres pays principalement en Afrique où nous comptons une forte présence. Nous constatons néanmoins qu’au fil des années et sous la pression d’organismes internationaux comme la Banque mondiale il y a un mouvement graduel vers la dérégulation des marchés. La déréglementation touche aujourd’hui une bonne partie des pays en Afrique et c’est la règle pour la majorité des pays européens. Madagascar, par exemple, est un marché qui est approvisionné directement par les compagnies pétrolières.
L’approvisionnement est dans la plupart des cas confié aux pétroliers. Je tiens à préciser que je n’exprime pas ici un jugement nécessairement favorable au système dérégulé. Total prospère dans des systèmes dérégulés aussi bien que dans des systèmes régulés pour autant que les structures de prix de ces derniers rémunèrent les lourds investissements liés à notre métier.
● <B>Dans quelle mesure le système mauricien vous pénalise-t-il ? </B>
C’est un fait que dans un système figé du type mauricien il est très difficile de se différencier entre concurrents. Nous avons tous un seul fournisseur, la STC, qui nous fournit tous les mêmes produits et aux mêmes prix. Notre marge de manœuvre est très restreinte. Nous ne pouvons pas, par exemple, faire nos clients bénéficier des ressources du raffinage du Groupe Total ou plus précisément de notre participation dans sept raffineries en Afrique. Nous ne pouvons pas non plus faire profiter à nos clients des économies d’échelle d’un approvisionnement conjoint pour Maurice et Madagascar.
Je crois qu’il est temps d’avoir des discussions plus franches et ouvertes sur ces questions. Je dois dire que les pouvoirs publics font montre aujourd’hui d’une plus grande ouverture à de nouvelles idées. D’autant plus que ces thèmes touchent aussi à l’environnement et à la santé avec la nécessité de faire évoluer les spécifications des produits importés notamment en matière de soufre et de benzène.
Il s’agit donc d’être créatif et de ne pas rester ancré dans des situations qui ont fait leur temps. Maurice a toujours su s’adapter à l’environnement externe.
Compte tenu de sa présence dans pratiquement tous les pays d’Afrique, Total peut faire bénéficier les pouvoirs publics des best practices entre pays. Total a en effet contribué à faire évoluer le système d’approvisionnement dans plusieurs pays en accompagnant la réflexion des parties prenantes.
● <B>Quelle est la stratégie de développement de Total à Maurice ?</B>
Total Mauritius représente environ un tiers du marché. Les deux intégrations récentes, en l’occurrence le rachat d’Elf et d’Esso, nous placent juste derrière Shell.
Depuis 2004, nous avons lancé un certain nombre de projets majeurs dont l’investissement sur quatre ans dépassera Rs 1 milliard. Ces investissements constituent le témoignage le plus éloquent de la confiance que le Groupe Total et ses actionnaires mauriciens (le groupe Currimjee et le groupe Harel Mallac) portent à Maurice.
Total a pris une direction diamétralement opposée à celle de ses concurrents directs qui se désengagent des activités marketing en Afrique.
La fusion avec Elf Gaz en décembre 2004 a été le point de nos développements. Cette fusion a été suivie par celle des entités Maurigas et CD Gas en février 2005. Puis en septembre 2005, il y a eu le rachat d’Esso Mauritius.
Les projets logistiques d’envergure lancés en 2005 vont s’achever durant le premier trimestre de l’année prochaine. Il y a, en particulier, les nouvelles capacités de stockage des produits pétroliers à l’aéroport international SSR à Plaisance. Ce projet permettra d’augmenter la capacité de stockage de l’aéroport de 1 500 tonnes à 12 500 tonnes. C’est un projet d’importance capitale pour réaliser les ambitions de croissance du trafic aérien et de l’industrie touristique. C’est aussi une initiative qui a su rassembler autour d’elle les pouvoirs publics et les compagnies pétrolières.
Il s’agit là d’un exemple de bonne collaboration qui pourra être repris pour d’autres développements.
Total Mauritius est la société leader du projet et participe à hauteur de 35 % de l’investissement. La contribution d’Indian Oil est de 25 % tandis que Shell et Caltex sont à 20 % chacun.
Le deuxième projet logistique concerne un accord entre Total et la Mauritius Chemical & Fertiliser Industries (MCFI) pour la remise en état des bacs de stockage (de capacité d’environ 15 000 tonnes) dans le port sur le site de la MCFI. Cet investissement important de Total permettra à notre groupe non seulement de développer davantage sa capacité de stockage, mais aussi de soutenir le pays en améliorant sa sécurité d’approvisionnement.
Aujourd’hui, et je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, les deux produits à risque à Maurice, en raison des capacités limitées de stockage, sont le gasoil et le jet fuel. Le projet à l’aéroport et celui de la MCFI constituent deux réponses concrètes de Total pour solutionner le problème.
● <B>Les récentes hausses des prix de certains produits pétroliers auront-elles une incidence sur la consommation du carburant à Maurice ? </B>
La consommation énergétique à Maurice est de l’ordre de 1,25 tonne des produits issus du pétrole par tête d’habitant contre environ quatre tonnes en Europe et au Japon et huit tonnes aux états-Unis. à Maurice comme dans tous les pays en développement, la démographie ne cesse d’augmenter. Le développement du parc automobile et du réseau électrique va forcément engendrer une hausse de la consommation énergétique. L’histoire nous a montré qu’il n’existe pas de corrélation directe, sinon qu’elle est de brève durée entre les prix du pétrole et la consommation. La consommation n’a jamais arrêté sa croissance.
Les prix élevés du pétrole doivent nous encourager à faire des économies d’énergie. Ils doivent aussi inciter à développer des technologies plus efficaces, à réduire l’impact environnemental et à favoriser le développement des énergies renouvelables telles que le photovoltaïque, les éoliennes et les biocarburants.
Le pétrole cher comporte une prise de conscience sur les enjeux sociétaux et environnementaux auxquels nous devons tous ensemble trouver des solutions. Cela va bien au-delà de l’impact financier sur nos comptes.
● <B>Quel est le motif de votre participation au projet de mélange essence-éthanol pour voitures ? </B>
Nous ne sommes pas insensibles aux grandes questions qui interpellent aujourd’hui le pays. C’est dans ce sens que mettre à la disposition les compétences du Groupe Total, premier distributeur de biocarburants en Europe, est une participation normale pour une compagnie qui investit et s’investit à Maurice.
Nous pensons que l’éthanol à Maurice peut trouver sa raison d’être car il permettrait une réduction, même marginale, de la dépendance aux carburants issus du pétrole brut et donc de la facture pétrolière. Le projet sera également bénéfique à la reconversion graduelle de l’industrie du sucre vers une industrie de la canne à sucre ainsi qu’à la réduction des gaz à effet de serre.
Les tests sur les voitures se passent très bien. Nous allons remettre un rapport technique sur les résultats obtenus au ministère du Commerce et de l’industrie vers la fin de novembre.
● Quel est le potentiel de développement du gaz à Maurice ? </B>
Le Groupe Total détient des participations dans 42 terminaux d’importation maritime, des stockages intermédiaires pour assurer la distribution en vrac, environ 160 centres remplisseurs et des centaines de stations-service, qui en sus des carburants traditionnels, distribuent du gaz de pétrole liquéfié (GPL). Le GPL rencontre un succès croissant au niveau mondial ; il se prête aussi bien à une utilisation domestique (cuisson, eau chaude, chauffage) qu’industrielle (textile, hôtellerie, agriculture, transport).
À Maurice, le GPL est une énergie qui mérite une attention particulière de la part des consommateurs. Dans les applications industrielles, le GPL est d’un emploi très flexible et contribue à l’amélioration de la qualité de l’air. Pour la carburation, le GPL auto est de loin le carburant le moins cher du marché. à ce jour, le GPL auto est à la moitié du prix de l’essence soit Rs 20,20 contre Rs 40,60 et permet d’économiser environ Rs 1600 tous les 1 000 kilomètres. De nombreux automobilistes l’ont déjà compris.
<I>Propos recueillis par</I> <B>Akilesh ROOPUN</B>
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