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“Le plus beau jour de ma vie”
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“Le plus beau jour de ma vie”
Derrière son innocente humilité, Rafael Benitez masque un orgueil frondeur et une foi irraisonnée qui lui ont permis d’inverser le cours du destin. Son sens de la persuasion et sa richesse tactique ont pesé lourd dans la balance qui a permis à Liverpool de décrocher son cinquième titre de champion d’Europe.
La 50e finale de C1 de l’histoire, remportée aux tirs au but par les Reds sur le Milan AC (3 t.a.b. à 2, 3-3 après prolongation), laissera son empreinte dans le temps.
Le scénario est abracadabrant. Après 45 minutes d’harmonie parfaite, le Milan AC menait 3 à 0. Pas même le spectateur le plus crédule de Liverpool n’accordait alors une chance à son club.
“Non”, avouait après coup le capitaine des Reds, Steven Gerrard, lui non plus n’y croyait plus. “Mais tout le mérite revient à cet homme, qui ne nous a jamais laissés baisser la tête”, ajoutait-il, présentant sa gratitude éternelle à son manager espagnol.
Benitez, 45 ans, ne pouvait renoncer ainsi, lui qui avait toujours promis à sa femme Montserrat, avec laquelle il s’imprègne au quotidien du passé des Reds, de remporter un jour la Ligue des champions.
“Il nous a dit des mots simples, expliquait le Franco-Malien Djimi Traoré. Que l’on ne pouvait pas finir comme ça, que si l’on marquait d’entrée, on pouvait renverser la vapeur. Le premier but a lancé la machine et on ne s’est pas arrêté.” L’improbable, l’impensable s’est produit.
Liverpool a remonté ses trois buts de retard, avant de triompher aux tirs au but comme lors de son dernier succès en C1, en 1984. “À Liverpool, nous croyons toujours en nous, assénait Benitez. On devait faire quelque chose, il fallait presser, mettre plus d’énergie. Nous pensions qu’avec un premier but, c’était possible.”
Pour suivre les traces de José Mourinho, vainqueur de la Ligue des champions en 2004 après avoir gagné la Coupe de l’UEFA un an plus tôt avec le FC Porto, Benitez, lauréat de la C3 en 2004 avec Valence, ne s’est pas contenté de ces mots d’espoir, ou de désespoir.
Il a aussi démontré sa science du jeu. Ses options de départ avaient pu surprendre. Une impression amplifiée par le premier but de Maldini. Liverpool, dans un 4-4-2 classique, n’exerçait pas le pressing attendu, laissant toute latitude aux Italiens pour s’organiser.
Le duo de récupérateurs Gerrard-Xabi Alonso se montrait peu complémentaire et la titularisation inattendue de Kewell s’avérait dissonante. Blessé une bonne partie de l’année, l’Australien devait laisser sa place, à nouveau touché (23e).
Benitez, au pinacle dès sa première année sur les bords de la Mersey, faisait un premier choix décisif en appelant Smicer. Le Tchèque allait le récompenser d’un but, au lendemain de son 32e anniversaire. Puis, à la pause, l’Espagnol recomposait son schéma.
Avec l’entrée d’Hamann, les “Reds” passaient à une défense à trois, plus incisive, et Gerrard, transparent en première période, montait d’un cran, venant perturber le jeu milanais axé autour de Pirlo.
Le capitaine allait s’avérer décisif, marquant le premier but et obtenant le penalty de l’égalisation. En face, encore bercé par la douceur des premiers instants, Carlo Ancelotti, l’entraîneur milanais, tardait à réagir. Son premier changement intervenait à la 85e minute, avec l’arrivée de Tomasson à la place de Crespo.
Milan pouvait dominer la prolongation, la confiance insufflée par Benitez ne quittait pas ses joueurs. Ainsi inspiré, Dudek accomplissait un double arrêt miraculeux devant Shevchenko, puis sortait le dernier tir au but de l’Ukrainien.
Benitez pouvait rappeler : “Dans le foot, c’est peut-être le plus beau jour de ma vie. Mais j’ai aussi une femme et deux enfants, on considère les choses autrement...” Montserrat attend, elle, avec impatience la montre qui accompagne chacun des succès de son mari. Celui-ci est le plus précieux.
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