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“Il y a des tractations en coulisses”

16 mai 2007, 00:00

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● <B> Il y a le sentiment que les Rodriguais montrent des signes d’impatience. Est-ce justifié?</B>

C’est justifié et fort compréhensible. Ils étaient dans la misère pendant trop longtemps. Nous allons changer leur vie. Nous avons créé l’atmosphère nécessaire pour dynamiser le secteur privé. Nous aurions aimé que cela se passe plus vite, mais il y a des procédures. Il y a d’ailleurs la première usine textile qui s’ouvre en octobre. Je leur demande d’être patients. De plus, nos adversaires nous ont laissé une caisse vide. Notre prochain budget sera en juillet. Nou pe roul lor jant. Nou pa capav al tro vit.

● <B>Il n’y avait pas une grande foule au meeting du 1er mai ?</B>

Il n’y avait pas foule non plus chez nos adversaires. C’est compréhensible. Les Rodriguais ont eu cinq campagnes électorales. Ils ont voulu passer cette journée en famille, surtout que ces meetings n’avaient aucun enjeu. Mais d’ici l’année prochaine, l’enthousiasme reviendra car nous prévoyons des développements…

● <B>C’est-à-dire…</B>

Des développements sur le plan économique…

● <B>…Politiques aussi ?</B>

C’est surtout à Maurice qu’il y aura des développements politiques et cela rejaillira sur Rodrigues.

● <B>Quels développements ?</B>

Je préfère garder le secret. Mais je pense qu’il y aura des alliances qui vont se développer d’ici huit mois à la suite des élections partielles qui auront lieu prochainement. Il y aura probablement des alliances et une redistribution des cartes. Je me base sur l’actualité.

● <B>Le MR a-t-il été sollicité?</B>

Non, je me fie au body language. Il y a des affinités qui se développent, mais le MR ne se mêle pas de politique de Maurice. Il y a des choses qui se passent en coulisses. Je vous donne un exemple. L’Assemblée nationale (AN) devait former le select committee sur le Sexual Offences Bill. L’opposition avait approché les partis rodriguais pour qu’un député y siège. Le tirage au sort a voulu que ce soit Christian Léopold. Nous étions sur le point d’aller soumettre ce nom au speaker quand Paul Bérenger et un membre de l’opposition parlementaire sont venus me voir pour me dire que c’est l’opposition qui nous avait choisi, que le MR n’est pas dans l’opposition et que nous n’allons pas suivre la ligne de l’opposition. Je lui ai dit que nous sommes neutres vis-à-vis des partis de l’opposition et à l’AN. Je croyais et je suis pour que le Sexual Offences Bill soit au-dessus de la politique. Je lui ai dit qu’il y a certains sujets qu’il ne faut pas politiser.

Qu’a-t-il répondu ?</B>

Ce membre de l’opposition est revenu à la charge plus tard. Leur problème était Rama Valayden. Ils craignaient à un résultat de cinq-cinq au moment du vote et ils voulaient être sûrs d’avoir le soutien de Christian Léopold pour avoir la majorité. Nous n’avions rien demandé. Ce sont eux qui sont venus nous demander de siéger dans ce comité. Le porte-parole de l’opposition m’a fait comprendre qu’il fallait marcher avec eux. Je lui ai dit que je ne voulais pas mettre mon député dans un comité avec les poings et les pieds liés. Nous sommes libres dans notre parti. J’ai dit que Christian Léopold voterait en son âme et conscience.

● <B>Sa réaction ?</B>

Il m’a donné dix minutes de réflexion avant de revenir. Je lui ai fait comprendre que si c’était pour siéger dans un comité où nous ne serions pas libres, nous préférerions de ne pas y être. C’est ainsi que le nom de Christian Léopold a été retiré. Nous sommes un petit parti, mais nous avons notre dignité. Je me sens blessé. Je me demande si quelquefois nous ne sommes pas en plus au Parlement. N’y a-t-il pas de délits sexuels à Rodrigues ? Il fallait avoir l’esprit large, non politique et laïc. L’opposition veut qu’on soit des marionnettes. C’est impossible. Nous défendons les Rodriguais et pas untel. Nous allions voter en notre âme et conscience mais pas sous la demande de quiconque. Ce n’est pas bien.

● <B>Et si le MMM vous sollicite pour un coup de main à nouveau ?</B>

Tout dépendra de quel genre de coup de main. Nous ferons tout avec notre âme et conscience. Nous en avons eu l’occasion mais nous avons gardé notre neutralité. Le MR peut changer beaucoup de données mais nous maintenons notre position. D’ailleurs, il y a eu des tractations dans le passé quand le siège de leader de l’opposition était en jeu, mais nous étions fermes.

● <B>Y a-t-il divergence entre Johnson Roussety et vous concernant la ligne du parti ?</B>

L’OPR diffuse des rumeurs, surtout à Rodrigues où elles voyagent très vite. L’OPR sait le faire. Il y a des discussions et des débats ouverts au MR où tout le monde a la parole. Quand il y a un membre du parti qui ne fait pas bien son travail, nous en discutons au niveau de l’exécutif, pour retrouver une solution. Si besoin est, je l’appelle pour un tête-à-tête au lieu de l’humilier en public. Je n’irai pas dans la presse pour les traiter d’irresponsables. Cette grande liberté leur permet d’apprendre et de s’épanouir. Ils font appel à moi et à Christian Léopold quand il y a un problème.

● <B>Vous ne craignez pas que Johnson Roussety vous fasse de l’ombre ?</B>

Au contraire. La question ne se pose pas. Sinon Jawaharlall Nehru aurait fait de l’ombre à Gandhi. Et Sonia Gandhi aurait dû aussi avoir peur que les autres lui fassent de l’ombre. Je ne me considère pas comme ces personnalités. Il ne faut pas devenir l’esclave du pouvoir en gardant tout pour soi. Il faut être son maître. Notre façon de faire la politique est de partager. C’est un plaisir de voir nos proches travailler ensemble pour la population. J’aime partager le pouvoir pour faire avancer l’île.

● <B>Justement, vous ne craignez pas que le pouvoir monte à la tête de certains commissaires ?</B>

Non, j’ai un droit de regard. C’est bien que je ne sois pas membre de l’Assemblée régionale. J’ai plus de temps pour avoir un regard sur ce qui se passe au parti. Je peux même voir s’il y a un danger. Ce n’était pas ainsi à l’OPR. Le pouvoir était entre les mains d’une seule personne.

● <B>Peut-on dire que le MR a connu sa première crise quand le Chef commissaire a eu un accrochage avec un de ses commissaires ?</B>

Ah bon ? Cela c’est passé quand ? J’apprends quelque chose là. Mais je pense qu’étant Chef commissaire, il a le droit de rappeler à l’ordre un commissaire quand il y a une incartade. C’est interne. Si cette affaire n’est pas venue jusqu’à moi, la question ne se pose même pas.

● <B>Quelque part, vous n’êtes pas déçu d’être absent à l’ARR ?</B>

Pas du tout. Je joue pleinement mon rôle en tant que leader du parti. Nous ne travaillons pas comme l’OPR. C’est deux systèmes différents. Nous favorisons la démocratie en travaillant en équipe. Ce n’est ni Nicolas Von Mally ni Johnson Roussety qui doit primer, mais l’idéal du parti. N’importe quel membre du MR peut devenir Chef commissaire tant que l’idéal du parti est respecté.

● <B>Peut-on vous considérer comme candidat aux prochaines régionales ?</B>

C’est trop tôt pour le dire. Il y aura d’abord des élections nationales. L’on ne sait jamais comment évolueront les choses. Si le travail se fait, pourquoi venir ici. A moins qu’il y ait une catastrophe.

● <B>Quelle analyse faites-vous depuis que le MR est au pouvoir, après être resté plus de 20 ans dans l’opposition ?</B>

Il y a un grand chantier devant nous car Rodrigues a raté beaucoup d’occasions pour développer son potentiel. Il y a eu beaucoup d’investisseurs dans le passé qui, malheureusement, sont partis. Nous ne savons pas s’ils reviendront. Mais le MR a créé l’atmosphère adéquate pour que des investisseurs reviennent. Ils arrivent. Il y avait un réseau dans l’île comme dans les pays communistes. On mettait des gens dans certains postes, non pas selon leur compétence mais selon leur affinité politique. Ils véhiculaient l’information politique pour le parti qui était au pouvoir. Le parti utilisait ces informations comme un moyen de répression sur le peuple. Quand il fallait donner un terrain à bail ou des maisons du Trust fund for the integration of the vulnerable groups, ce réseau favorisait ceux qui étaient de son côté. Le MR lutte pour casser ce réseau afin de mettre the right person at the right place en se basant sur leur compétence.

● <B>Vous voulez dire qu’il y a des fonctionnaires qui vous mettent des bâtons dans les roues ? </B>

Pendant 24 ans l’OPR a pu placer “ses gens” partout. Il n’est pas évident de changer cela en quelques mois. Nous ne pouvons pas les mettre à la porte. Il faut les placer là où ils feront le moins de mal. Ils ont subi un lavage de cerveau pour le faire.

● <B>“The right man in the right place.” Quelle garantie que vous ne placerez pas des proches du MR dans des postes-clés ? </B>

Si nous faisons comme l’OPR, la population nous donnera une correction. S’il y a des personnes proches de l’OPR faisant leur travail professionnellement, il n’y a aucune raison de les bouger. S’il y a des saboteurs, il faut les arrêter sinon le pays souffrira. Ils ne sont pas nombreux, mais ils sont dans des postes stratégiques comme au département de terres et de l’eau. L’eau était utilisée comme un moyen de pression. Nous augmentons donc la capacité de stockage d’eau partout en nettoyant tous nos réservoirs qui n’ont pas été utilisés pendant deux années. Il faut exploiter les bassins et garder les nappes phréatiques comme réserves. L’ancien régime ne le faisait pas. L’importance du Pistache Dam a été évoqué avec le Premier ministre. Nous aurons 3,5 millions de mètres cubes d’eau supplémentaires.

● <B>L’OPR critique sans cesse vos projets, je cite l’ouverture d’un casino… </B>

C’est normal que l’adversaire trouve que ce n’est pas bien ce que nous entreprenons. C’est son rôle. En 1987, France Félicité et moi avons dit qu’il fallait développer le tourisme. Serge Clair avait dit que les touristes auraient une mauvaise influence sur la culture locale et qu’ils allaient marcher nus sur nos plages. Ce secteur est aujourd’hui un des piliers économiques de l’île. Imaginez le nombre d’emplois directs et indirects que ce casino apportera. Il attirera les touristes étrangers et mauriciens qui aiment le jeu. Ils dépenseront leur argent chez nous. Il y a aussi un groupe de Rodriguais qui jouent dans la clandestinité sans rien apporter à l’économie. Je ne pense pas que la majorité des Rodriguais vont dépenser tout leur argent dans ce casino. Il faut traiter les Rodriguais en adultes comme nous le faisons.

<I>“Nous avons revu tout le système de l’allocation des terres pour faire des Rodriguais des propriétaires.”</I>

● <B>La politique de gestion des terres par le MR est aussi très critiquée.</B>

Nous avons aidé beaucoup de gens et leur avons donné un bail. Nous avons écarté le système pick and choose comme c’était le cas autrefois. Il y a eu des gens qui ont attendu 20 ans alors que des “copains” et même des Mauriciens ont eu leur terrain très vite. Il y a même eu une personne qui a reçu 400 arpents de terre à bail. Cela ne se passera pas ainsi avec le MR. Nous avons revu tout le système.

Le MR va plus loin en permettant à certains Rodriguais de devenir propriétaires de leur terrain. Il y a des familles qui habitent sur un terrain depuis plusieurs générations. Après la mort du locataire, les héritiers devaient entamer des démarches pour renouveler le bail. Le régime d’alors avait le droit de refuser de le faire. Il y a un select committee qui travaillera sur ce dossier.

● <B> Ne craignez-vous pas qu’ils le vendent pas la suite à des étrangers ?</B>

Nos adversaires parlent beaucoup de cela. Ils voient tout en noir ou tout en blanc. Il faut trouver un juste milieu pour satisfaire la population. S’ils pensent que ce sera ainsi, ils traitent les Rodriguais comme des irresponsables. Il y a beaucoup de Mauriciens propriétaires de leur terrain. Ce n’est pas pour autant qu’ils le vendent. Où iront-ils dormir s’ils le font ? Ces personnes qui deviendront propriétaires ont déjà leur maison sur le terrain. Le but est de permettre à ces personnes d’avoir un emprunt à la banque pour les études supérieures de leurs enfants ou pour des raisons médicales. Ils pourront mettre leur maison en gage. Ce n’est pas évident avec un terrain à bail. Nous les traitons comme des adultes.

● <B>Il y a aussi des investisseurs qui ont eu des lopins de terre. Quelle garantie avez-vous qu’ils vont le développer réellement ?</B>

Il y aura un contrôle strict pour qu’ils ne fassent pas de spéculation foncière. Ils doivent présenter un track record de leur entreprise. Nous enquêterons pour savoir s’ils sont sérieux. De plus, ils auront un délai pour réaliser leur projet. Au cas contraire, le bail sera résilié. Il y a eu beaucoup de spéculations dans le passé. D’ailleurs, nous allons de l’avant pour reprendre le terrain des investisseurs qui ne l’ont pas développé comme prévu.

<I>“L’OPR diffuse des rumeurs, surtout à Rodrigues où elles voyagent très vite. Ce parti sait le faire.”</I>

● <B>Avez-vous un droit de regard sur les projets et les décisions de l’Assemblée régionale ?</B>

Nous travaillons comme une équipe bien soudée. Nous partageons le pouvoir. Christian Léopold et moi avons un regard sur tout ce qui se passe. Quand il y a des décisions sensibles et difficiles, nous le faisons en équipe pour mieux les défendre quand c’est nécessaire.

● <B>Le nombre de touristes est en hausse et il y a plusieurs projets hôteliers. Le paradoxe est que Catovair suspend ses vols et Air Mauritius a réduit les siens.</B>

Air Mauritius avait réduit ses vols car il n’y avait pas assez de touristes à Rodrigues. Je pense qu’elle suivra la tendance maintenant en augmentant ses vols. C’est triste que le deuxième transporteur suspende ses activités. C’est triste que ce soient les Rodriguais qui paient les pots cassés. Les investisseurs vont certainement hésiter. Nous espérons que le gouvernement nous aidera en donnant à Catovair le permis de deuxième transporteur ou en le donnant à une autre compagnie. Je soulèverai la question avec le Premier ministre. Pensons à l’île Rodrigues. Si le chômage augmente à Rodrigues, il y aura un exode vers Maurice. Il faut aussi rouvrir la ligne Réunion-Rodrigues. Nous allons plus loin en demandant au gouvernement de construire une nouvelle piste d’atterrissage en parallèle avec celle qui existe afin que des Boeings puissent atterrir. Air Mauritius réduira ainsi ses dépenses et le billet sera moins cher.

● <B>La question a été soulevée avec le PM ?</B>

Oui. Cette piste pourrait être utilisée en cas de cyclone à Maurice. Je lui ai aussi demandé un portique pour les bateaux venant d’Asie souhaitant utiliser Port-Marthurin. Il faut utiliser le territoire de Maurice au maximum. En passant, le sea-food hub sera une totale réussite à condition de prendre Rodrigues on board. Le câble optique permettra aussi l’ouverture d’un centre d’appels. Des personnes se sont montrées intéressées.

Le ministre Etienne Sinatambou m’a fait part que ce sera pour l’année prochaine. Il faut développer la pêche, le tourisme, la technologie informatique sans compter les secteurs traditionnels. Il va falloir chercher les chômeurs avec une torche car ils seront inexistants.

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