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“Da Vinci Code”
La classification “18R” de ce film est tout aussi ridicule que cette pseudo-polémique qui l’entoure. On pouvait comprendre à la rigueur le désarroi, voire la grosse frayeur de l’Église catholique devant la sortie du bestseller d’origine signé Dan Brown. Mélangeant allégrement faits et fiction, le roman parle d’une gigantesque manipulation par l’Église de certains faits concernant Jésus-Christ. “Se non è vero, è bene trovato” Véridique ou pas, l’argument veut quand même affirmer que les dogmes du christianisme reposent sur des affirmations non prouvées et non vérifiables, ce qui est potentiellement très dommageable pour la foi. Ce qui, surtout, peut donner un roman divertissant au succès phénoménal, cela en dépit des lourdeurs et des maladresses d’écriture de la part de son auteur.
On pouvait espérer que le réalisateur, Ron Howard qui, après tout, compte plus de vingt ans de films à succès, saurait séparer l’essentiel des mauvaises graisses pour nous offrir un Da Vinci Code raconté d’une manière plus efficace. Hélas, il semble s’être fait un point d’honneur à tout transposer du roman dans son film, vraiment tout, même les lourdeurs et maladresses déjà évoquées, oubliant qu’une image au cinéma est capable de transmettre plusieurs informations à la fois, à une cadence rapide, et ne se lit pas de la même façon qu’un texte écrit.
Pour faire un thriller, surtout si on veut qu’il soit efficace, il est donc nettement préférable de se fier à l’image. Or, dans Da Vinci Code, le film, l’action avance (si on peut dire) non pas à travers les images, mais à travers les propos que tiennent les personnages, dans le style d’un thriller radiophonique accentué par le ton de conférencier qu’adopte Tom Hanks (Robert Langdon) tout le long du film. Il est secondé dans cette assommante besogne par Ian McKellen (Sir Leigh Teabbing), tous les deux faisant la leçon à la pauvre Audrey Tautou (Sophie Neveu) qui fait à peine semblant d’y croire. Dans la distribution, il y a aussi Jean Reno et Jean-Pierre Marielle qui font le minimum, aucun des deux n’ayant de rôle exigeant un réel travail.
Tout ce beau monde bavarde d’autant plus inutilement que dans certains moments cruciaux, les images ne viennent pas toujours offrir un support aux propos tenus. On peut comprendre la nécessité de certaines explications pour l’intérêt du récit, mais celles-ci auraient gagné à être mises en images d’une manière plus efficace. Surtout que ce thriller tient aussi du jeu de piste. D’autre part, on peut aussi reconnaître que Da Vinci Code contient quelques scènes spectaculaires comme l’auto flagellation du moine albinos et quelques belles images (de la Pyramide du Louvre, de Paris, de l’abbaye de Westminster à Londres et aussi de la campagne écossaise). À en juger par certaines prises de vue, le film a bénéficié de gros moyens. Dommage que ces mêmes moyens n’aient pas été utilisés pour tourner des scènes d’action plus crédibles. En plus d’être réalisées le plus platement du monde, celles-ci sont accompagnées d’une musique, bien écrite, certes, mais qui est beaucoup plus nerveuse que les séquences qu’elle est censée accompagner.
Bref, voilà comment un bestseller mal écrit mais divertissant peut devenir un navet monumental, loin du “bon polar” de certains qui feraient mieux d’aller consulter un bon dictionnaire. C’est à se demander si cette pseudo-polémique attisée ou complaisamment relayée par certains quotidiens n’avait pas pour réel motif un tapage publicitaire que ce film ne mérite aucunement.
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