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Île « pirate free »
L?île Maurice « duty free » est déjà sur les rails, dit-on. Au risque de jouer les rabat-joie, c?est loin d?être le cas. Avant même de rêver aux shopping malls à la singapourienne et à l'électronique dernier cri à prix ultra-concurrentiel comme à Dubayy, il va falloir guérir un handicap majeur : la contrefaçon.
Imaginons qu?un touriste déniche dans un magasin de Rose-Hill ou de Goodlands, un jeans Levi's à Rs 600. Pourquoi Levi's investirait alors dans un support marketing et logistique massif, ici, s?il risque de se faire concurrencer par du Made in Thailand contrefait à un quart du prix de l'original? De même, pourquoi Malboro Classics, Lacoste ou Tommy Hilfiger le feraient-ils? Au lieu de lorgner du côté de ceux qui ne sont pas encore là, tournons les yeux vers ces marques qui ont déjà investi le territoire national. Oakley, par exemple.
Au cours des mois passés, les représentants d?Oakley n'ont pas hésité à faire intervenir la police afin de sévir contre les vendeurs de lunettes contrefaites. Avec la détaxe sur les lunettes de soleil, Oakley redouble de vigilance et clame son intention d'en découdre avec tout contrevenant. La marque défend un territoire sur lequel elle est déjà présente. Mais les autres viendront-elles se battre sur un terrain passablement miné par la contrefaçon ?
Pour qu'elles acceptent d?être présentes à Maurice, les marques doivent se sentir en sécurité. Pour cela, il faut envoyer des signaux clairs. Il est grand temps d'avoir une approche coordonnée.
La douane doit pouvoir mieux contrôler la provenance ainsi que l'authenticité des vêtements et accessoires qui pénètrent sur le territoire. Parallèlement, la police et le ministère de l'Industrie doivent décourager les usines qui fabriquent encore des contrefaçons. En sévissant.
Les jours sont comptés. En novembre dernier, l'Union européenne avait présenté sa stratégie pour assurer le respect des droits de la propriété intellectuelle dans les pays tiers. Ce document traduisait sa volonté d?obliger, par tous les moyens, les Etats à respecter la propriété industrielle, y compris par des actions en justice. On craignait alors que de coûteuses amendes soient infligées à l'Etat mauricien ou aux entreprises locales. La crainte est désormais d'une autre nature.
Les entreprises européennes, détentrices de droits de propriété intellectuelle, ont jusqu'au 17 mai pour participer à une vaste étude. Elles sont appelées à évaluer la capacité de chaque pays à protéger les détenteurs de droits. Il serait dommage qu?on lise dans le rapport issu de cette étude : «L'île Maurice se positionne désormais comme le paradis hors-taxes de l'océan Indien et de l'Afrique, mais d'importantes violations des droits de la propriété intellectuelle ont été rapportées par la majorité des entreprises consultées. » Cela ferait désordre dans le CV de notre Duty Free Island !
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