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Éveiller à la conservation

3 septembre 2005, 00:00

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Jennifer Ah-King, 27 ans, fait partie de la nouvelle race de biologistes, étant l?antithèse du chercheur bourru qui préfère la compagnie des bêtes ou de plantes rares à celle des hommes. Si la biologiste avoue fuir les foules, une fois qu?elle se sent en confiance, elle se raconte en toute simplicité, alliant le sérieux à des pointes d?humour, comme par exemple appeler «kiwi» un consultant néo-zélandais avec qui elle a collaboré !

La jeune femme qui est la troisième d?une famille de quatre enfants, a mis un certain temps avant de trouver ses marques qui sont celles de l?écologie et de la conservation des espèces endémiques. Lorsqu?elle fréquentait le collège de Lorette de Rose-Hill, les matières scientifiques l?attiraient davantage que les sujets littéraires. Les articles de presse qui attirent alors son attention sont ceux traitant des activités de la Mauritian Wildlife Foundation.

Elle demande un transfert pour le collège de Lorette de Quatre-Bornes dans le but de pouvoir opter pour la combinaison physique-chimie-mathématiques en Form VI. Mais une fois sur place, elle doit faire marche arrière et troquer la physique pour la biologie. Son Higher School Certificate obtenu, elle fait une demande à l?université de Maurice pour obtenir soit une admission aux cours menant au Bachelor in science en biologie soit en l?informatique.

Entre-temps, Jennifer décide, pour se situer professionnellement, de travailler bénévolement pour le Gerald Durell Endemic Wildlife Sanctuary, plus connu comme la volière de Rivière-Noire. Même si le travail y est ingrat ? il faut aussi nettoyer les volières ? Jennifer est fascinée par ce contact direct avec des espèces uniques que sont les pigeons roses et les perroquets «comprenant pleinement la nécessité de les garder momentanément en captivité pour assurer leur survie».

Sa candidature est acceptée aussi bien par la faculté de biologie que par celle de l?informatique, si bien qu?elle doit faire un choix. Jennifer laisse parler son c?ur et opte pour la biologie. Décision qu?elle ne regrette pas car le chargé de cours, le Dr John Maureemootoo, qui anime les modules d?écologie et de conservation, tient ses élèves en haleine par ses explications. Elle réalise alors que ces deux spécialités l?intéressent au plus haut point.

«La biologie est vaste. Ce qui m?a plu le plus avec l?écologie et la conservation, c?est leur côté pratique applicable à Maurice, qui m?a fait penser que je peux y apporter ma petite contribution.»

Son sujet de thèse porte sur la régénération des forêts indigènes à Mare-Longue, projet de conservation géré par le National Parks and Conservation Service. Pour cela, elle passe deux mois dans la forêt, observant les plantes juvéniles, identifiant leurs espèces, mesurant leur taille, sacrifiant son confort pour dormir à la station de Plaine Lièvre. Cette étape lui permet de réaliser qu?il y a bel et bien régénération et elle la compare dans le cadre de sa recherche avec un autre projet de la même institution à Brise-Fer. En forêt, Jennifer se sent totalement dans son élément et réalise que le métier de biologiste lui convient parfaitement.

Mieux gérer les forêts

Son diplôme obtenu, elle postule quand elle apprend qu?il y a un poste vacant d?assistante de recherche à la Mauritian Wildlife Foundation où le Dr Maureemootoo agit comme Plant Conservation Manager. Si au départ, elle fait surtout du travail administratif qui la cantonne au bureau, progressivement, le Dr Maureemootoo lui confie des projets, notamment sur les moyens d?améliorer la gestion des forêts indigènes. «Une des méthodes pour y parvenir est le désherbage qui consiste à arracher toute espèce envahissante autour. Un autre moyen est la clôture mais celle-ci n?empêche pas les rats et les singes d?y entrer. En collaboration avec le NPCS et un consultant néo-zélandais, nous avons fait un design de clôture spéciale que nous avons testée. C?était un projet passionnant.»

Voulant se spécialiser davantage dans la conservation, Jennifer fait une demande de bourse ? le British Chevening Scholarship ? pour obtenir un Masters auprès de l?université d?East Anglia en Grande-Bretagne. Acceptée, elle s?envole pour ce pays et son sujet de mémoire porte sur l?influence du climat sur les orchidées anglaises.

Pour ce faire, elle fréquente plusieurs herbiers, y compris ceux de Kew Gardens, examinant des échantillons d?espèces conservés depuis trois siècles parfois et les données climatiques correspondantes. Son mémoire reçoit l?approbation. Son Masters obtenu, Jennifer regagne le pays.

Elle accepte un emploi de coordonnateur de données auprès de la MWF mais est démotivée par la nature monotone de la tâche. Si bien que quand elle croise par hasard Iain Watt, biologiste marin qui préside bénévolement la Reef Conservation Society ? organisation non gouvernementale qui a déjà lancé un projet d?installation de 16 bouées d?amarrage destinées à préserver les coraux des ancrages ? et qu?il lui demande de se joindre à la petite équipe qu?il a constituée, Jennifer ne se fait pas prier.

Disséminer les informations

Elle travaille sur le projet susmentionné financé par le Programme des nations unies pour le développement, le Global Environment Facility et le Small Grants Programme et dont l?objectif à terme est d?installer une cinquantaine de bouées d?amarrage autour de l?île.

Mais s?il y a un projet qui lui tient particulièrement à c?ur et qu?elle pilotera personnellement l?an prochain, c?est une étude des cétacés et des oiseaux de mer à partir d?un catamaran gracieusement mis à disposition par le groupe Rogers qui parraine ce projet. «Très peu d?études ont été réalisées sur ces deux espèces, du moins à Maurice.» Mais si les données qui seront recueillies seront précieuses, Jennifer n?est pas pour les garder confinées à son ONG ou à l?univers des chercheurs. «Si le biologiste doit préserver, seul il ne peut faire grand-chose. L?écosystème concerne tout le monde. Il faut disséminer les informations, surtout auprès des jeunes.»

Iain Watt, Aurélien Nahaboo, les deux biologistes marins de Reef Conservation Mauritius et elle ont pensé à un projet de sensibilisation pour les neuf à 11 ans par le biais d?un kit pour instituteurs comprenant des notes et des jeux, inspiré de celui réalisé par l?ONG Shoals Rodrigues. «Nous nous associerons à cette ONG qui a une expérience, longue de cinq ans, de la sensibilisation sur le terrain et nous adapterons leur kit, tout en l?enrichissant par exemple de CD-ROM. Nous pensons aussi emmener les enfants à la mer pour leur parler du rôle du sable dans la prévention de l?érosion, des dangers des sacs en plastique pour les tortues de mer, bref, tout ce qu?il faut pour éveiller leurs sens à la conservation.»

Ce projet devrait être financé par les bailleurs de fonds usuels de cette ONG, notamment le groupe Rogers, la Barclays, la UNDP/GEF/SGP mais aussi par l?ambassade américaine. Jennifer qui n?a pas sa langue dans sa poche, trouve regrettable que les parrains soient disposés à financer des équipements mais moins prêts à mettre la main à la poche pour rétribuer le personnel spécialisé. «Je crains fort qu?il y ait encore une conception erronée des ONG. Dans la tête des gens, celles-ci sont forcément bénévoles alors que leur personnel comprend des spécialistes qui y travaillent à plein temps. Nous avons des réalités financières. Il faut investir dans les ressources humaines.»

Plongée au c?ur de l?écosystème marin, Jennifer semble avoir oublié ses forêts indigènes. «Pas du tout. Elles me manquent. Même si j?apprends à découvrir les forêts sous-marines». Difficile d?avoir le dernier mot avec elle?

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