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Épuisement d?un mythe
Nous n?en sommes pas là. Donc on ne parlera pas de République des juges. Donc nous ne parlerons pas non plus d?une commission anti-corruption qui agit en terreur. Par contre, nous sommes bien parvenus à une situation où des maux anciens commencent à remonter à la surface. Au lieu de pousser des cris d?urticaire, ne serait-il pas plus approprié de voir dans les événements l?annonce d?une société plus transparente ?
La normalisation n?est pas loin. Avec toutes les personnalités qui défilent devant la justice ou à la commission anti-corruption, nous sortons graduellement d?une société résolument hermétique pour accéder à un moralisme public qui ne s?embarrasse plus de cette hypocrisie d?une justice prétendument égale pour tous. Il faut retenir qu?une société qui sort de l?opacité fera voler en éclats les murs de l?impunité. Ce n?est pas pour autant qu?il faudra verser dans l?immobilisme et la peur. Le retour du droit indique une réelle volonté de modernisation sociale.
Mais il y a des risques d?écart. Le plus vulnérable à ces risques est la commission anti-corruption. Celle-ci, avec une campagne publicitaire agressive, ne fait pas que récolter des bons points. Les critiques émises contre la commission trouvent leur justification dans l?image belliqueuse et justicière que véhicule l?Icac. Mauvaise man?uvre pour une institution qui aurait dû jouer la carte de la retenue et de la sobriété. L?Icac doit désormais retravailler cette image. Se projeter comme une institution qui fait un travail normal comme toutes les institutions serait une image bien plus efficace.
Risques d?écart aussi avec des politiques qui ne prennent pas la mesure des changements. Il y a une évolution en cours où le citoyen est appelé à faire preuve de civisme et de respect de la loi. Sur nos routes, par rapport à l?environnement, sur le respect des femmes., les lois sont durcies pour soumettre le citoyen à un régime de vie plus discipliné. Ce sont ces citoyens qui constituent l?opinion publique. Cette opinion publique comprendra mal le fait qu?un politicien condamné par une cour de justice puisse encore siéger au Parlement. Certes, entre un légalisme strict et le radicalisme de certaines positions exprimées, il y a un juste milieu à trouver. Mais le fait demeure que l?opinion publique attend des politiciens qu?ils se soumettent au même régime de vie auquel ils doivent parfois se contraindre.
C?est, en ce sens, un grand risque que prend le MMM en jouant uniquement la carte de la légalité dans l?affaire Hurnam. C?est même un écart flagrant par rapport à l?opération de moralisation de la vie publique. S?il y a la fin du mythe que nul n?est au-dessus de la loi, on a aussi assisté à l?épuisement d?un autre mythe.
Celui d?un leader politique qui disait se battre pour une certaine éthique. La mutation en cours commande une approche rationnelle. De la société de soupçon, il faudrait éviter de basculer dans la société de calomnie et de palabres. C?est en cela que le cas Hurnam est significatif. Il s?agit aujourd?hui de reconnaître que le mouvement vers la transparence fera de nombreuses victimes parmi les figures publiques. Mais ce n?est pas pour autant que la société politique et économique devra entièrement être éclaboussée. À ce rythme, on atteindra une paralysie de nos institutions. C?est en cela aussi que la démarche de l?Icac n?est pas juste. Car la commission procède d?une manière où elle donne l?impression que les personnes interrogées sont toutes de vils coupables. Plus de modération dans la démarche sera porteuse de résultats concrets. Sans précipitation et avec pondération, on sera plus à même d?accompagner la mutation en cours. Mais quand les mythes s?épuisent, certains sont toujours tentés de se poser en super héros.
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