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Élisabeth Giraudon : zen et engagée
Embouteillages, agenda « surbooké », devoirs des enfants, conflits avec les gens, mauvaises nouvelles en pagaille dans les journaux. Cela vous arrive-t-il d?éprouver une sensation d?étouffement, d?être pris d?assaut par le stress ? Ce n?est pas une fatalité. On peut s?armer contre ce cercle infernal et retrouver calme et sérénité. En tout cas c?est ce que l?on ressent quand on est avec Élisabeth Giraudon, quand on l?écoute parler, quand on la regarde assise par terre, en position du lotus, sur son grand coussin, silencieuse par moment, les yeux clos.
Qui est-elle ? Une femme un peu particulière qui vous parle tantôt d?inaction et tantôt d?action. Une personne qui, visiblement, a su apprivoiser son mental. Un être humain très versé dans le spirituel, et qui reste néanmoins très en phase avec le monde moderne. Une terrienne pour qui le voyage intérieur est un espace privilégié, sans pour autant rimer avec fuite du réel. « J?ai peut-être la tête dans les étoiles, mais j?ai les pieds bien sur terre », aime-t-elle dire.
Cela fait quinze ans que cette Parisienne bourlingue dans l?océan Indien, et sept ans qu?elle est installée à Maurice dont elle a obtenu la nationalité. De son parcours personnel, on ne saura pas grand-chose. Si ce n?est qu?elle a eu une enfance entourée d?amour, un père riche, une mère élue maire, une arrière-arrière grand-mère mauricienne, qu?elle s?est mariée, a deux enfants, puis a divorcé. Comment a-t-elle atterri chez nous ? « On m?y a expédié. Au début, je ne savais pas pourquoi je venais là. Et puis il y a eu un virage, une prise de conscience. J?ai su que c?était pour soulager les autres », explique-t-elle.
Un savant cocktail d?humanité
Ce « on », c?est une énergie qui fait que partout où elle passait, les gens se confiaient à elle, même dans un métro froid. « Aujourd?hui, avec du recul, je comprends mieux. Je réalise pourquoi autant de gens ont été mis sur ma route. Je réalise que si j?ai beaucoup souffert sur le plan sentimental, professionnel, si j?ai frôlé la mort, c?était pour pouvoir mieux comprendre la souffrance des autres. »
Élisabeth Giraudon vient en aide aux autres depuis des années. Elle a accompli un gros travail pour les séropositifs dans les hôpitaux, auprès des groupes de jeunes, de femmes ou de personnes âgées, et elle a fait de l?accompagnement de malades en phase terminale. « J?ai découvert des capacités en moi que je ne soupçonnais pas. Je fonctionne par ressenti et amour. Je sais maintenant que j?ai un don pour soulager les souffrances de tout un chacun. »
Le secret de ce don ? Un savant cocktail d?humanité. « Cela passe d?abord par le regard, le sourire, la voix qui apaise, la main qui se tend. Les gens ont besoin qu?on les écoute sans les juger. C?est ce que je fais. » Pour Élisabeth, beaucoup de souffrances corporelles sont dues au manque d?amour de soi et des autres.
« Nous vivons dans un monde d?indifférence alors qu?il suffit parfois de prendre quelqu?un dans ses bras pour l?apaiser. Il faudrait que chacun prenne conscience qu?il est important et qu?il faut prendre soin de notre corps comme de notre âme. »
Pour prendre soin de son âme, elle propose la méditation, l?arrêt mental pour se purifier, et la prière pour se régénérer. « Nous perdons beaucoup de temps à faire n?importe quoi, alors que ce temps pourrait être consacré à notre être intérieur. » Sa recette : se couper chaque jour et durant quelques minutes du monde visible, regarder ce qu?il y a en elle plutôt que de se concentrer sur ce qu?elle n?a pas à l?extérieur, écouter son c?ur, chercher la paix intérieure de façon à pardonner ce qui lui fait du mal, « ne pas répondre au conflit en jetant de l?huile sur le feu », comme elle dit.
Changer le regard des Mauriciens sur leur pays
Mais trouver la source de son équilibre à l?intérieur d?elle, faire du travail social et du bénévolat ne lui suffit plus. Élisabeth sent qu?il est temps de franchir un autre cap, d?aller plus loin et pour cela de s?associer au gouvernement. Para-doxal ? « Je ne peux pas rester insensible. Je ne suis pas le genre de femme à attendre que ça se passe. Je peux faire plus de choses et j?ai beaucoup d?idées mais, malheureusement, on est limité quand on reste au niveau du social. Il faut être dans une équipe de décideurs pour faire bouger les choses », avance-t-elle.
Sa vision de la politique ? Changer le regard des Mauriciens sur leur pays, faire qu?ils se disent « je suis Mauricien », et fiers de l?être. « C?est dans cet esprit qu?on peut construire l?avenir du pays ». Ne pas copier ce qui se fait ailleurs, mais cultiver l?authenticité. Trouver des idées plus universelles, moins onéreuses et plus humaines. Apporter des formations dans le domaine de l?économie. Miser sur les jeunes et leur avenir, leur donner l?espoir et les impliquer dans la construction de leur pays. Venir en aide aux plus défavorisés. Travailler dans la continuité et la persévérance car trop souvent, on met en place des projets qui manquent de suivi.
« Je suis une femme universelle. Je ne représente pas une ethnie. Je suis Mauricienne et je désire mettre mes connaissances, ma force et mon amour au service du pays. En plus, je pourrai utiliser comme atout mes origines françaises pour servir Maurice », assure Élisabeth.
Elle voudrait faire de la politique avec des actions et du c?ur. Zen et politique ça ne semble pourtant pas faire bon ménage. « Cela doit changer. La terre bouge, les planètes bougent, l?être humain doit suivre ce mouvement. C?est quand on résiste que l?on ressent des douleurs, des souffrances. On ne peut prétendre être tantôt moderne, et continuer à faire de la politique selon la vieille école. »
« Madame zarc-en-ciel », comme l?appellent des enfants qu?elle aide, a pris son bâton de pèlerin. Malgré les portes qui s?ouvrent difficilement vers cette évolution, elle n?entend pas baisser les bras. « En laissant briller notre lumière, nous donnons la permission aux autres de faire de même. »
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