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Électricités contraires
Les services publics périclitent. On le savait déjà mais on ne mesurait pas pleinement l?ampleur du mal. Les radios privées, qui n?ont pas été ménagées ces derniers temps, ont pourtant le mérite d?avoir un peu plus ouvert nos yeux en ce sens. Des émissions, telle « Enquête en direct », démontrent l?impuissance et le dés?uvrement des citoyens consommateurs des services de l?État. Les doléances accroissent. Ce qu?on retient, ce n?est pas seulement l?inefficacité de certains services, mais aussi l?absence de rigueur et de contrôle. C?est aujourd?hui tout le fonctionnement de l?État qui est interrogé. Et l?État et ses institutions n?ont pas trouvé de mieux que de prendre pour cibles les radios privées. Certes les radios privées ne peuvent être exonérées de toute critique. Mais le puritanisme désuet et un conservatisme hypocrite de l?État et de certains de ses acteurs provoquent un sentiment de révolte. C?est à se demander si cette société parviendra un jour à surmonter sa peur de la vérité.
La vérité, c?est ce que recherchent les auditeurs qui ont recours aux radios privées. Ainsi, les mises en accusation et les doléances ont provoqué un repli et un durcissement des attitudes des employés de l?État. Déjà critiquables, certains services sont devenus plus déplorables et les employés ont radicalisé leur comportement car un sentiment d?impunité prévaut.
Il est justement question d?absence de systèmes de contrôle, de faillite des instances disciplinaires, de procédés punitifs qui se limitent à des transferts sans conséquence? Cette situation a duré depuis des décennies car l?administration, dans sa pseudo neutralité, est l?objet d?enjeux à caractère politique. D?où le laxisme qui la caractérise. La tolérance de l?État patron a occasionné la culture du silence, des complicités dangereuses et une grande opacité. Le secteur public qui était censé garantir l?intérêt général, le laisse en fait en banqueroute. Ceux que les services publics sont censés servir ne cessent de le dire. Quelle meilleure argumentation pour démontrer la nécessité de réformer tout le secteur ? Pourtant, c?est la même pleutrerie qui domine. On dit que les services publics subissent des changements, mais c?est sa paupérisation qui retient l?attention.
Cela les syndicats et l?État refusent de l?admettre parce qu?il bouleversera le statu quo. D?ailleurs, le propre des corporatismes est de résister vigoureusement à l?entrée du service public dans l?ère de la productivité, avec des mécanismes spécifiques au secteur concurrentiel. Cela implique que l?adaptation du secteur public aux nouveaux défis identifiés par l?État et imposés par le contexte économique international ne se fait pas. C?est avec un mode de fonctionnement suranné que nous nous présentons pour relever les défis actuels. Ce n?est pas pour autant que les pesanteurs du secteur administratif interpelleraient les bureaucrates syndicaux, par exemple.
Le citoyen ne cesse de plaider pour des contre-feux. Sur les ondes des radios, dans la rue, dans son lieu de travail, il réclame des services pour lesquels il paie. Lorsqu?il n?obtient pas satisfaction et lorsqu?il est traité cavalièrement, il cherche des recours. Lorsqu?il se tourne vers les radios privées, on menace de lui ôter ce relais. Il ne s?agit pas ici de prendre la défense de ces radios. Mais il importe de faire ressortir que ceux qui ont la responsabilité de protéger les intérêts du citoyen ont failli dans leur tâche.
Soumis à toutes sortes de pression et de lobbies, l?État semble être aussi impuissant et paralysé que le citoyen. La panique le saisit et sa réaction est forcément démesurée. Au-delà du seul cas des radios privées, il est étonnant de constater cette propension à surdramatiser les choses à Maurice. Certes, il y des choses à dire et d?autres à taire. Mais certaines choses qui ne sont jamais dites font qu?on n?arrivera jamais à crever l?abcès. Cela se vérifie sur toute la question identitaire notamment. C?est tout un pays qui refuse de s?entendre, de se dire et de se regarder sans complaisance.
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