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«Sakifo à Maurice, c?est une prise de risques énorme, mais?»

6 juillet 2008, 20:00

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A voir les têtes d?affiche du Sakifo Maurice, vient la question du coût du festival. On a l?habitude d?entendre que Maurice, c?est loin et que ça coûte cher de déplacer un artiste. Comment conciliez-vous ces impératifs ?

C?est clair que faire un Sakifo à Maurice, c?est une prise de risque énorme, puisqu?on a peu de partenaires en numéraires?

?C?est pas simple de trouver des partenaires avec la réputation du festival ?

Allons dire qu?on est en contact avec des gens, pour l?avenir. La production du Sakifo à Maurice reposera essentiellement sur la fréquentation, c?est pour ça que je dis que les Mauriciens ont l?avenir du Sakifo entre leurs mains. S?ils viennent nombreux alors, même s?il y a quelques pertes, la Réunion épongera.

Au-delà de l?équilibre budgétaire, c?est important pour nous de sentir qu?il y a une véritable attente du public mauricien, et ça, c?est le nombre de spectateurs qui nous le dira. C?est la règle de notre métier. Après, il est clair qu?on ne pourrait pas faire Sakifo Maurice si on n?avait pas l?assise du Sakifo Réunion. La prise de risque cette année, je la fais parce que je pense que c?est le sens de l?histoire.

J?ai une frustration depuis des années, qui est de faire venir des artistes à La Réunion et de les faire repartir aussi sec. C?est une frustration pour moi en tant qu?organisateur, en tant qu?îlien et donc partie prenante d?un développement dans l?océan Indien. C?est aussi une frustration pour les artistes, parce qu?ils font 12 heures d?avion, et puis ils font un one shot et repartent.

Pour des gens comme Asa, Keziah Jones? se produire à Maurice, qu?est-ce que cela veut dire ?

C?est une très grande excitation. Quand on a commencé à leur parler de l?opportunité de le faire, tout le monde a répondu favorablement, notamment Keziah, qui est un artiste qui connaît Sakifo, avec qui on a fait 7 000 entrées, euh, 6 700 si mes souvenirs sont exacts. Pour lui c?est déjà positif de revenir au Sakifo Réunion. Donc, en prime, quand on lui dit : «écoutes, on peut peut-être t?amener à Maurice », tout de suite c?est, «ok, super ».

Commencer par Maurice, c?est un échauffement, un rodage avant le show à la Réunion ?

Ni l?un ni l?autre. Ces artistes sont déjà des professionnels chauds et rodés donc...

...Alors pourquoi Maurice avant La Réunion ?

Parce qu?il faut être juste. A La Réunion cette année, nous avons cinq jours de festival et 70 groupes programmés. Je n?avais absolument pas envie de faire enn tigin de Sakifo derrière et de dire aux Mauriciens, « bon, allez, on vous laisse les ....euh...

...Les miettes...

Les miettes. Il n?en est pas question. Cela ne correspond pas à notre philosophie, donc comme nous ne sommes pas en mesure de faire cinq jours de festival avec 70 groupes ici, aujourd?hui - peut-être que des gens peuvent mais nous non - il me semblait évident de dire : «ok, si on ne peut pas avoir la même dimension, alors il faut qu?on conserve la crème et que l?on donne une priorité aux Mauriciens», en espérant que le public réunionnais ne nous sanctionnera pas là-dessus (rires). Cela me paraît important dans le développement de nos îles, que les rapports soient équitables.

Vous parlez développement. Quel est l?accueil que vous avez reçu au niveau institutionnel ?

J?ai rencontré beaucoup de monde : Xavier-Luc Duval, plein de gens dans différents ministères

Cela a été comment ? Tiède ?

Non, vraiment pas. Je pense qu?on ne serait pas là, si on n?avait pas eu un accueil vraiment chaleureux. Les gens ont dit : «ok, on va vous aider».

«On envisage maintenant de créer une structure ici, d?ouvrir un bureau...* L?objectif n?est pas de faire un coup médiatique... Je veux installer durablement ce festival dans le paysage culturel mauricien.»

Concrètement, quelle aide le ministère des Arts et de la Culture vous donne-t-il ?

Je pense qu?il appartient au représentant du ministère des Arts et de la Culture de vous dire ce qu?ils font. Ce n?est pas à moi de dévoiler cela, mais je peux vous confirmer qu?il y a un positionnement sur le soutien pour obtenir l?espace (NdlR : les Salines à Port-Louis), parce que ce n?était pas évident.

Moi j?en suis assez fier, parce que je ne viens pas faire de la variété, je ne viens pas faire un one shot et partir. Je viens avec l?envie de construire un événement pour les Mauriciens, s?ils en veulent. Forcément la première autorité morale dans notre domaine d?activité, qui est la culture, c?est le ministère des Arts et de la Culture. Si lui, n?est pas convaincu de l?aspect culturel de notre événement, cela ne sert pas à grand-chose d?aller plus loin. J?avais besoin de cette reconnaissance-là. Je suis très heureux de l?avoir.

Après combien de temps l?avez-vous eue ?

Très rapidement, je vous assure. Vous pouvez demander à Percy Yip Tong, qui s?occupe de la production exécutive du festival ici, je pense qu?il vous dira qu?il l?a eue plus rapidement que prévu.

Ah, quand même...

On était dans l?urgence, donc à un moment donné, comme je ne peux pas modifier le calendrier des artistes, il fallait que cela soit oui ou non. Et cela a été oui, heureusement.

On envisage maintenant de créer une structure ici, d?ouvrir un bureau. Encore une fois, l?objectif n?est pas de faire un coup médiatique et puis de dire, «ok, bye-bye». Je veux installer durablement ce festival dans le paysage culturel mauricien. Je ne viens faire ici que ce que je sais faire.

Avec Sakifo Maurice, les critères de sélection des artistes locaux qui iront au Sakifo Réunion changent ?

Forcément, avec le Sakifo Maurice, il y aura une plus grande visibilité ici notamment les artistes en développement. Le message pour ces artistes-là c?est : soyez confiants, il y aura de la place pour vous. Certains feront les deux, comme Crossbreed Supersoul. On les a aidé à monter une petite tournée sur La Réunion, du coup ils font dès la première année Maurice et Réunion.

Sakifo Maurice c?est la possibilité de jouer sur une grande scène. On ne fait pas les artistes mauriciens jouer sur une petite scène et les artistes internationaux sur une autre. C?est le même traitement pour tous.

Il y aura une deuxième visibilité autre que celle du public : on amène dès cette année des journalistes et des professionnels extérieurs. C?est l?occasion pour ces artistes de se faire remarquer.

On est sur une dynamique à La Réunion ? un projet que je poursuis depuis longtemps- qui est de créer en parallèle avec Sakifo, un marché des musiques, sur le modèle du Womex ou le Babel Med à Marseille. A un moment donné, il est nécessaire d?avoir un espace professionnel dédié aux artistes.

On a la chance à La Réunion d?avoir des infrastructures qui permettent ça. Avec notre implantation à Saint-Pierre, nous pouvons avoir juste à côté, une autre ville qui est désireuse d?accueillir cet événement-là au moment de Sakifo, ce qui veut dire qu?il peut très bien y avoir à l?avenir ? si on est optimiste ? un festival à Maurice qui, de deux passe à trois-quatre jours, d?une scène passe à deux ou trois scènes. Et des artistes qui font les deux Sakifo ou qui passeraient au Sakifo Maurice, puis au marché des musiques.

Il y a quelques années, il a été envisagé un festival tournant de l?océan Indien. Je le dis ouvertement, tant pis si je m?attire les foudres de certains, j?étais contre cet événement-là d?un point de vue philosophique.

Pourquoi ?

J?étais contre le fait qu?il soit tournant. Je suis pour le fait que ce soit les hommes qui tournent, donc je suis pour le fait ,qu?il y ait plusieurs événements qui s?installent dans toutes les îles de l?océan Indien et qu?ils se renforcent. Les artistes ont besoin de se développer, et de circuler, pas d?avoir une fois, l?occasion de faire quelque chose. Quand le festival va à Madagascar, à Maurice, c?est fini et peut-être La Réunion doit attendre deux ou trois ans avant de l?avoir à son tour. Le contexte à l?époque nécessitait peut-être qu?il y ait une vitrine qui soit mise en avant. Ok, korek. Maintenant la donne a changé, beaucoup de professionnels nouveaux ont émergé.

A Maurice, je pense à la bande d?OSB qui sont des gens qu?on aurait adoré avoir dans le Sakifo de cette année malheureusement ils sont en export, mais déjà, si on est là, l?année prochaine, je souhaite ardemment qu?ils soient avec nous parce qu?ils ont déjà fait Sakifo. Ce sont des gens que je respecte profondément en tant qu?artistes mais aussi en tant que producteurs. Ce sont des jeunes qui ont, à un moment donné, changé la donne, qui ont pris le risque de se lancer dans la production et c?est important qu?on soit nombreux dans ce métier là. Plus il y aura des gens qui feront de la production, plus la production se portera bien, pour peu que l?on fasse des choses différentes les uns des autres.

J?ai l?impression, quand on regarde notre plateau, notre philosophie, d?être complémentaire du Festival Kreol et du Reggae Donn Sa. Pour moi, ces événements ont des identités fortes, bien marquées, et nous apportons une complémentarité culturelle dans ce paysage.. A terme, si on a un marché des musiques, le producteur du Festival Kreol, celui du Reggae Donn Sa doit pouvoir venir sur ce marché pour trouver son artiste de demain, ou vendre sa production. Sinon, ça n?a aucun sens.

Est-ce trop tôt pour parler de l?année prochaine ? Les événements de ce type se préparent un an à l?avance, non ?

(Mimiques) On travaille un peu sur l?année prochaine. Il y a beaucoup d?artistes avec qui nous sommes en contact régulier. Parfois, on n?arrive pas à les avoir sur un événement, donc on les a sur l?événement d?après et ainsi de suite. D?un point de vue artistique, oui, on a souvent un peu d?avance. On commence vraiment à travailler notre programmation vers septembre-octobre, pour l?année suivante. En général, on la boucle autour de décembre. Sinon, c?est la fréquentation qui décidera.

LE PROGRAMME

Samedi 2 août, 17h

Les Salines, Port-Louis

Linzy Bacbotte

Crossbreed Supersoul

Toguna

Bazbaz

Dionysos

Tiken Jah Fakoly

Dimanche 3 août, 15h

Les Salines, Port-Louis

Eric Triton

Avial

Menwar

Asa

Keziah Jones

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