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«Revoir la diversification agricole pour mettre un frein à nos importations»
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«Revoir la diversification agricole pour mettre un frein à nos importations»
«Si rien n?est fait pour mettre un frein à notre dépendance aux importations, la situation deviendra très vite intenable et annihilera tous les efforts mis en place pour dynamiser notre économie», estime Jean Cyril Monty, directeur de la diversification agricole à la Chambre d?agriculture.
La crise alimentaire occuperait une place prépondérante dans le budget national. De ce fait, les mesures à prendre pour faire face à cette crise devraient s?appuyer sur trois piliers : la production locale et régionale, plus particulièrement à Madagascar, et faire de Maurice un centre agroalimentaire. Ces dispositions aideraient à dynamiser la production et à réduire la dépendance du pays sur des importations de pays gros producteurs.
Sur le plan national, Jean Cyril Monty propose le maintien du programme de l?autosuffisance dans les filières où la réussite a été constatée. «Mais il faut aussi donner les moyens à la recherche pour soutenir adéquatement l?agriculture locale, mettre l?accent sur la production de légumes destinés à la transformation, augmenter jusqu'à un certain seuil la production de la pomme de terre, de l?oignon, de l?ail et de grains secs, de même que faciliter la mise en place d?unités post-récolte.»
Il est également suggéré la relance de la production laitière. Le recours à l?expertise étrangère doit être encouragé, et la formation continue et intensive des agriculteurs, notamment des jeunes qui souhaiteraient travailler dans l?agriculture, devrait aussi être assurée.
De nombreux problèmes rencontrés ces dernières années ont fait péricliter l?élevage bovin à grande échelle. Le résultat en a été que la Société de développement industriel et agricole Ltée (SODIA) - une des sociétés de la sucrerie Médine - s?est associée à un groupe d?importateurs de bétail sur pattes pour approvisionner le marché local.
«Nous importons environ 12 000 bêtes annuellement. Une partie est destinée à l?engraissement et une autre est directement envoyée à l?abattage», dit Michel Sauzier, directeur de SODIA. Jean Cyril Monty ajoute : «Le métier d?agriculteur doit être valorisé. L?on pourrait même proposer la mise en place d?un lycée technique agricole qui accueillerait les jeunes qui n?ont pas réussi leurs études secondaires et qui souhaiteraient se lancer dans l?agriculture.»
Faciliter l?accès aux finances</B>
La mise en place d?une technopole est aussi proposée. Ce centre d?enseignement et de recherche encadrerait les producteurs souhaitant innover et développer leurs produits, soutenant ainsi le développement du secteur agro-industriel local.
Sur le plan régional, il convient de faciliter l?accès aux finances. Un fonds spécial pourrait être créé pour les entrepreneurs locaux souhaitant s?engager dans certaines cultures, telles que la pomme de terre, l?oignon, les grains secs, le maïs, et le soja à Madagascar.
Les mesures incitatives accordées pour certaines cultures (pomme de terre, oignon) que développent des Mauriciens à Madagascar devraient être étendues à la production locale. La différence entre celle-ci et les besoins pour la consommation pourrait ainsi être aplanie.
Des experts en agriculture prévoient que la crise alimentaire pourrait perdurer. Quel en serait l?impact sur notre approvisionnement ? Jean Cyril Monty répond que le pays consomme quelque 630 000 tonnes nettes de produits alimentaires annuellement, dont 77 % sont importées. Cette année, nos importations devraient totaliser Rs 16 milliards, au minimum. La Chambre d?agriculture estime que d?ici 2015, la consommation locale atteindrait environ 750 000 tonnes. S?il n?est pas mis un frein à notre dépendance des importations, leur coût atteindrait alors, au minimum, Rs 25 milliards.
«Et cela ne tient pas compte de l?impact de la menace d?une envolée du prix du pétrole ainsi que les conditions climatiques défavorables qui pourraient affecter la production mondiale des denrées agricoles», dit Jean Cyril Monty. Le Bureau central des statistiques a calculé le poids moyen de l?alimentation dans les dépenses des ménages à 35 % des revenus nets. En 2000, il était de 25 %. Cette année, ce taux devrait atteindre entre 40 et 42 %.
Depuis quelques années, un changement dans les habitudes alimentaires du Mauricien a été constaté, notamment avec une augmentation de consommation de produits transformés. En 1995, environ 57 % de notre consommation totale consistait en des produits transformés, taux porté aujourd?hui à 73 %. Dans ce contexte, la Chambre d?agriculture pense nécessaire d?accorder des abattements fiscaux aux producteurs qui se lanceraient dans la production primaire destinée à la transformation.
«Petit à petit, nous sommes en train d?adopter les mêmes tendances que celles des pays développés, dont les produits transformés représentent 85 % de leur consommation de produits alimentaires. Rien qu?en 2007, nous avons importé pratiquement 13 000 tonnes de légumes transformés, soit le double de ce que nous avons consommé en 1995», précise le directeur de la diversification agricole à la Chambre d?agriculture.
Quant au secteur avicole, la production de poulet et d??ufs se développe mais sa croissance pourrait ralentir dans le court terme. La raison en est l?envolée des prix et les possibilités de pénurie de matières premières nécessaires à la fabrication des aliments pour animaux.
«Le secteur de la diversification agricole doit être revu en profondeur afin que nous puissions rapidement faire face à la crise alimentaire mondiale, et, plus particulièrement, au coût des aliments qui va continuer à augmenter, peut-être de manière moins soutenue, jusqu?en 2017», suggère Jean Cyril Monty.
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