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«Nous restons vigilants»

20 février 2004, 20:00

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La politique éducative divise. Quelle est votre analyse ?

Les catholiques sont en train de perdre un acquis. C?est normal qu?ils se mobilisent. Mais c?est un fait établi que le critère religieux de recrutement dans les collèges confessionnels est anticonstitutionnel.

En quoi le critère social proposé comme alternative vous gêne-t-il ?

Nous ne savons pas ce que cela veut dire au juste. Ni ce qu?il implique. Nous soupçonnons qu?il nous ramènera à la case départ par un moyen détourné. Du reste, l?admission scolaire a été régionalisée. Je ne vois pas l?utilité d?introduire d?autres critères.

Un collège confessionnel n?a-t-il pas besoin d?une masse critique d?élèves de foi pour mériter cette appellation ?

Il faut dissocier la religion de l?éducation, surtout quand c?est l?Etat qui en a la charge. Les arrangements entre l?Etat et l?Eglise de jadis ont fait leur temps. Le pays est reconnaissant envers l?Eglise pour sa contribution. Mais à présent, les données ont changé.

Votre? pragmatisme peut choquer.

L?Etat n?a pas utilisé les infrastructures de l?Eglise catholique gratuitement. Il n?y a pas lieu d?être sentimental là-dessus. Notre position est la même pour les collèges hindous, musulmans et chinois. Que toutes les institutions soient ouvertes à tous. Cela aidera au désenclavement de l?esprit.

La comptabilisation des langues orientales au primaire est-elle liée au maintien du critère religieux ?

L?un n?a rien à voir avec l?autre. On tend à les associer parce qu?en 1992, le gouvernement avait abordé les deux questions en même temps. A présent, certains essaient de lier l?un à l?autre afin de mieux faire avancer leur cause. Mais en vérité, les langues orientales sont comme n?importe quelle autre langue internationale. On en apprécierait la richesse si on laissait tomber ses préjugés.

Combien votre Fédération a-t-elle donné pour financer la lutte du syndicaliste Suttyhudeo Tengur contre le critère religieux?

Je préfère ne pas avancer de chiffre.

On parle de Rs 100 000?

Je ne peux ni confirmer ni infirmer.

D?où vient cet argent ?

L?ensemble de nos membres, soit 270 temples, ont organisé une collecte de fonds. La Fédération a canalisé cet argent vers Tengur.

La Fédération n?a donc pas utilisé la subvention reçue de l?Etat pour soutenir une action contre celui-ci ?

Non. Mais même si c?était le cas, où est le problème ? La Fédération a pour vocation de promouvoir la religion et la culture hindoues ainsi que les langues qui les véhiculent. Nous n?avons pas utilisé l?argent de la subvention cette fois mais à l?avenir, si nous devons le faire, nous n?hésiterons pas.

Quel est le montant de la subvention perçue de l?Etat ?

Rs 58 par tête d?hindou sanataniste. Sanatan, littéralement, veut dire qui n?a ni un début ni une fin. C?est l?hindouisme originel. A l?opposé des aryasamajists qui sont les disciples du feu Swami Dayanand, les sanatanistes sont les orthodoxes. Nous sommes le courant majoritaire. L?Etat recense 236 000 d?entre nous. La subvention est basée sur ce chiffre. Nous le contestons. Nous estimons que ce chiffre s?élève à 450 000. Nous avons demandé au Premier ministre Paul Bérenger de le revoir.

L?activité de la Fédération se limite à la gestion de cette subvention ?

Nous nous occupons de la formation des prêtres. Nous faisons venir des personnes ressources pour asseoir davantage la culture et la religion hindoues. Nous sommes engagés à réanimer les baitkas d?autrefois. Chaque temple aura une salle polyvalente où on enseignera l?hindi et la philosophie hindoue. On y tiendra causeries et autres activités visant à ramener l?hindou vers sa culture.

Qu?est-ce qui motive ce sursaut ?

Nous constatons qu?il y a eu un certain éloignement des hindous de leur religion et des valeurs. En même temps, nous notons un regain d?intérêt chez les jeunes. Cela nous réconforte.

Pensez-vous que les ethnies constituant la nation se replient davantage sur elles-mêmes ?

Je pense que les clivages ethniques ont toujours existé. Mais c?est vrai qu?avec, entre autres, le débat autour de l?éducation, les divergences se sont quelque peu exacerbées. L?humeur au sein de la communautaire majoritaire ? Un certain attentisme, je suppose. Nous apprécions les assurances données par les politiques mais nous restons vigilants. Nous attendons à présent qu?on tranche la question une fois pour toutes.

Dans quelle mesure la politique influe-t-elle sur la psyché de la communauté majoritaire ?

Paul Bérenger est un fin politicien. Mais il n?avait pu accéder au poste suprême en raison de son appartenance ethnique jusqu?ici. Nous avons cassé cette barrière. La balle est à présent dans son camp. Il lui appartient de démontrer que nous avons eu raison de lui faire confiance.

Quelles sont les relations de la Fédération avec Paul Bérenger ?

Nous sommes une organisation apolitique. Nous sommes là pour travailler avec le gouvernement du jour. Nous avons toujours été bien reçus par le Premier ministre actuel. Il nous a même avoué ne pas trop connaître notre culture et nous a demandé de le guider. Nous apprécions cette humilité.

Le Premier ministre a-t-il été boudé à la cérémonie officielle de la célébration de la Maha Shivaratree ?

Certainement pas. Comme chaque année, nous avons invité tous les membres du gouvernement et de l?opposition. Le président, Sir Anerood Jugnauth, a décliné notre invitation. Le Premier ministre a refusé aussi. Le vice-Premier ministre Pravind Jugnauth était alors le choix naturel d?invité d?honneur.

Votre fédération a fait état d?une perception que ce gouvernement favorise la minorité. Pourquoi ?

Un Premier ministre qui mettrait la minorité systématiquement de l?avant serait un mauvais politicien. Personnellement, je pense que les minorités ont tort quand elles disent que c?est maintenant qu?elles gagnent le plus. Tous les gouvernements leur ont toujours accordé de l?attention.

Les minorités, elles, reprochent à la majorité d?accaparer, notamment le service civil.

C?est une fausse perception. Le recrutement dans la fonction publique est régi par des critères connus de tous. L?appartenance ethnique du postulant n?en est pas un. La vérité est que nous avons toujours beaucoup investi dans l?éducation et la formation. Cela fait que nous sommes les plus qualifiés et donc les plus méritants. En revanche, dans le secteur privé, les règles du jeu sont moins transparentes et jouent souvent contre nous.

Quel regard portez-vous sur la frange intégriste qui existe au sein de la communauté majoritaire ?

Ce sont des mouvements ponctuels qui se sont manifestés en raison de la prévalence d?un climat d?insécurité dans le pays. Ce sont des réactions à une situation, histoire de faire comprendre que la communauté majoritaire est un éléphant qui dort et qu?il vaut mieux ne pas gratter son dos?

Que pensez - vous de la réforme du système électoral ?

Je ne sais pas ce qui se prépare au juste. Mais déjà, je peux dire qu?il faudrait gommer le « best loser system ». La communauté majoritaire a montré de manière sans équivoque qu?elle ne tient pas à monopoliser le pouvoir politique.

Comment accueillez - vous l?autonomie de Rodrigues ?

Que je sache, cette île fait partie du territoire mauricien et l?autonomie est financée essentiellement par le contribuable de l?île Maurice. Pourquoi le Rodriguais achète-t-il sa moto ou son téléviseur à moitié prix ? Quelque 265 familles d?origine asiatique y vivent. Ils ne bénéficient pas des mêmes conditions qu?à l?île Maurice.

La taxe rurale est annoncée. Vous vous y opposez ?

Le développement a un prix et je pense que cette taxe est inévitable. Mais de l?autre côté, il faut comprendre la vie rurale. Les gens vivent souvent en familles composées, ce qui expliquent les grandes maisons construites au prix de grands efforts. Il faudrait en tenir compte.

L?introduction d?une « Muslim Personal Law » est également annoncée. Vos commentaires ?

Ce n?est pas nécessaire dans un pays laïc comme le nôtre. Il faut savoir ce que veulent nos frères musulmans. Et puis, qu?est-ce qui empêcherait la demande pour une « Hindu Personal Law » ? Où s?arrêtera-t-on une fois qu?on est engagé dans cette voie ?

« Il faut dissocier la religion de l?éducation, surtout quand c?est l?Etat qui en a la charge. Les arrangements entre l?Etat et l?Eglise de jadis ont fait leur temps. »

« Paul Bérenger n?avait pu accéder au poste suprême en raison de son appartenance ethnique. Nous avons cassé cette barrière. »

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