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«Li» après «Toofann»

18 juin 2008, 20:00

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Aux trois coups, Rajoo ne joue plus. Il vit. Lui qui, à 65 ans est «zoli garson kom dabitud», incarne là, à froid, durant la conversation, les gens autour de lui. Les situations si typiques du quotidien. Les «dimoun dir», les «zot kapav panse». Les «pa fer nanye».

C?est que Quisnarajoo Ramana, metteur-en-scène, hante le théâtre de la vie. Ce coaltar qui vous égratigne pour de vrai. Mélangeant des sentiments qui n?ont rien de faux.

Avec ses tics d?ancien prof d?anglais du collège Eden, ses «mon enfant» cajoleurs, ses «my love» envoûtants, Rajoo lève le rideau.

Sur sa nouvelle pièce, sa nouvelle aventure. Ses évidences. Celles qui le font retravailler avec Dev Virahsawmy, cet ancien collègue du collège Eden, dans les années 70. Cet auteur qui lui a confié Li, Toofann, Zeneral Makbef, Dokter Nipat, Mamzel Zann? Cet auteur avec qui il s?est brouillé. Cet auteur avec qui il s?est expliqué. Cet auteur dont il a fini par «konn so lekritir pli byen ki li». Cet auteur qui lui a confié Sir Toby, pièce qui sera créée d?ici octobre-novembre avec le concours d?Anon Panyandee, assistant metteur en scène, et Tico Soopaya pour les costumes.

Quatre ans après Mahabharat, Quisnarajoo Ramana revient avec une «grande» pièce. Quatre ans, c?est une éternité. Assez en tout cas pour vivre une autre vie. Celle d?un jeune retraité qui, au début, se réveillait à la même heure le matin, prenait le petit déjeuner à la même heure, sortait de chez lui à la même heure pour aller «blaguer» avec des anciens collègues, «fer enn letour».

Sauf que l?ennui vous rattrape vite à ce rythme-là. Alors Rajoo en a inventé un autre. Une petite bière le matin dès 9 h 30. Et puis deux. Encore une autre. Et puis, le chemin de la déchéance. «Monn santi mo pe glise. Mo dir, sa laz la, to pe al gate Rajoo, to pa pe zer to lavi.»

Sa bouée : la famille. Surtout ses s?urs. Dont l?une lui parlera du Centre de solidarité à Beau-Bassin. Premier travail : celui d?accepter son état. Rajoo guérira. «Cela fait deux ans que je ne bois plus.» Depuis, on lui a proposé d?être dans l?équipe de volontaires du centre. Ce qu?il a accepté avec enthousiasme.

C?est d?ailleurs là-bas qu?il nous reçoit. Dans une petite pièce excentrée. Où il se lève de sa chaise pour jouer le rôle de sa vie. Où il se rapproche pour confier ses opinions marquées, ses hésitations, ses colères latentes.

Quand on lui demande pourquoi il veut que des réhabilités jouent dans Sir Toby, le metteur-en-scène coupe court aux clichés. Réplique : «Li byen difisil fer marsan pistas vann pistas lor lasenn.» Justifie cette «manie» qu?il a de ne jamais faire travailler les comédiens avec un script devant lui. Pour mieux travailler avec le matériau humain. Les improvisations, les éclairs de génie, les trouvailles spontanées. Refusant, de toutes ses forces, la stature du metteur-en-scène qui se prend pour Dieu ou qui voudrait faire du théâtre «kouma dir zeometri».

A force d?insister, il finira par dire oui. «Il y a une part autobiographique dans Solisyon dan ou lame.» Long sketch présenté lors d?une récente édition du Festival de théâtre de Port-Louis. A force de remonter le temps, il finira par dérouler «sa zistwar ki tro long».

«Nou pa ti bann oportinist, c?est la vague qui était là. Nou ti pe respir loder morisianism.»</I>

Son histoire. Marquée au fer des 60-0, sa manière de dire 1982. Boussole historique. Pour situer un avant. Du temps où il entamait 35 ans dans l?enseignement secondaire. D?abord comme prof, puis dans l?administration de collège. Le temps où il s?envola pour Londres de 1973 à 1976 pour revenir avec «enn ti bout papie, pa enn almanak», une spécialisation en mise en scène du British Theatre Association. Pour ensuite réintégrer le collège Eden, son assurance «d?avoir trois sous» à la fin du mois.

Son assurance pour pouvoir donner plus de son temps au théâtre. Incarner. Un impératif qui le saisit sur le vif au sein du Second Tamil Scouts Literary Circle en 1956. L?époque où «les boîtes religieuses ne contrôlaient pas la culture».

Progressivement, il passera des petites animations pour fêtes de fin d?année au théâtre «pragmatique». Des productions ciblant les collégiens avec des pièces inscrites au programme. Avec quelques «kamarad», la Mauritius Drama League (MDL) voit le jour en 1979. La troupe se lance avec A man for all seasons de Robert Bolt, étudié en Form V dans ces années-là. avec les moyens du bord, la MDL monte les classiques de Shakespeare, du Camus.

Jusqu?à la vague de 1982. «Nou pa ti bann oportinist, c?est la vague qui était là. Nou ti pe respir loder morisianism.» Et si Rajoo affirme qu?il ne hume plus le même parfum maintenant que «les boîtes de la religion contrôlent la culture», cela ne l?empêche pas de persévérer. D?être metteur en scène, metteur en joie, metteur en vie.

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