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«Le MSM ne serait pas là si SAJ avait bien géré la transition»
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«Le MSM ne serait pas là si SAJ avait bien géré la transition»
● Quand vous dites que vous mettez votre poste à la disposition du gouvernement, qu?est-ce cela veut dire ?
Cela veut dire que je n?ai pas le droit moral de rester.
● Ah ? Donc, c?était juste une façon de dire que vous partez ?
Tout à fait. Je me suis aussi dit que peut-être qu?il fallait que je donne l?exemple puisque les autres nominés politiques éprouvent des difficultés à abandonner leurs postes. Je voulais aussi que le Premier ministre ait la conscience tranquille. Je sais qu?il faut qu?il case 640 personnes dans des différents postes de responsabilité. Je ne voulais pas m?imposer. (Rires?) C?était un geste politique.
● C?est bien le poste de «Drugs Commissioner» qui sera rebaptisé le «Drugs Tsar» ?
Je ne sais pas. On m?a dit que c?était dans le programme du nouveau gouvernement mais que ce soit un Drugs Tsar ou Tsarina, qu?il vienne et mette un peu d?ordre ici et coure après ces trafiquants de drogue.
● Mettre de l?ordre ? La situation est à ce point critique ?
écoutez, c?est clair que nous avons un gros problème. J?ai laissé à Ramgoolam 434 enquêtes qui sont en cours il y deux jours.
● Pourquoi est-ce que ces enquêtes aboutissent quatre ans après ? Qu?est-ce qui prend autant de temps ?
Eh bien, les trafiquants ne vont pas vous accueillir à bras ouverts et vous dire « voilà, c?est là où je cache l?argent que j?ai gagné en faisant du trafic de drogue ! » Quand vous posez des questions, ils vous racontent toutes sortes d?histoires et il faut tout vérifier parce qu?il faut quand même respecter les droits du suspect. C?est un travail de fourmi.
● Mais il y a une liste de trafiquants de drogue n?est-ce pas ?
Oui. Nous savons qui ils sont. Nous savons qui sont les grosses pointures et qui sont les petites.
● Est-ce vrai que certains gros trafiquants ont des liens avec certains politiciens ?
Vous savez, les trafiquants votent aussi, ils vont à des meetings, des réunions nocturnes. Beaucoup de gros trafiquants sont des convertis aujourd?hui. Ils sont dans la spéculation foncière.
● Vous les connaissez ?
Très bien.
● Et ces gens sont connus du grand public ?
Ah oui.
«Vous savez, les trafiquants votent aussi, ils vont à des meetings, des réunions nocturnes. Beaucoup de gros trafiquants sont des convertis aujourd?hui. Ils sont dans la spéculation foncière»
● Savez-vous le contenu de la fameuse liste d?Ally Lazer ?
En tant qu?institution, le Drugs Commissioner fonctionne à partir de la liste du DPP. Les personnes sur cette liste sont des convicted criminals. Les listes officieuses ? incluse celle de Monsieur Lazer ? contiennent les noms des suspects. Et cela ne tombe pas sous ma juridiction. Mais si après des enquêtes, nous réalisons que ces personnes sont en train de harbour drugs money, cela tombe sous les compétences du bureau du Drugs Commissioner.
● Quel était le budget qui vous était alloué ?
Rien du tout. Si j?avais besoin de sous, il fallait voir le ministère de l?Intérieur.
● Etes-vous satisfait du bilan que vous laissez ?
Je ne parle pas en termes de bilan. Comme je l?ai écrit dans la lettre envoyée pour notifier mon départ : « I had a chance in a million to serve the public within a short period as a professional. I attempted. The rest is history. » C?est ainsi que je vois les choses. Je suis satisfait d?avoir fait le maximum dans la période de temps qui m?a été donnée.
● Il y a quelque temps, certains disaient qu?il y avait une pénurie de drogue alors que d?autres disaient le contraire. Quelle est la situation véritablement ?
Il y a de la drogue à Maurice. Mais il y en aurait eu plus si les autorités n?avaient pas intercepté des trafiquants. Il y a trois étapes. Si on ne peut pas intercepter à la douane, on essaye au niveau de la distribution. Sinon, on essaye au moment de la consommation.
● Est-ce que notre lutte contre la drogue est effective à Maurice ?
Notre lutte contre la drogue est essentiellement répressive. Dans le social, c?est la prévention qu?il faut. Il est impératif d?éduquer le consommateur mais il est tout aussi important de conscientiser le trafiquant. Le combat contre la consommation et le trafic de drogue est un combat par étapes. Avant, c?était le traditional policing, c?est-à-dire, les enfermer, mais on a constaté que le trafic continue de plus belle. Après, nous sommes allés vers une activity based law. C?est-à-dire faire la différence entre les différentes catégories de délits. Il faut maintenant rendre la vie difficile aux trafiquants en confisquant les acquis obtenus de la vente des drogues.
● Ne faudrait-il pas aussi faire la différence entre les trafiquants et les passeurs dans la «sentencing policy» ?
Ah oui, les savat leponz qui viennent de l?Inde et ces Sud-Africains qui sont arrêtés à l?aéroport, ne sont pas les vrais trafiquants. Nous avons signé un accord avec l?Inde pour qu?ils aident à faire le tracking à partir des passeurs. Nous étions en phase de signer le même accord avec l?Afrique du Sud, mais entre-temps, j?ai démissionné.
● Dans ces cas là, ne faudrait-il pas être moins sévère avec les passeurs ?
Le législateur a décidé de qualifier ces gens de trafiquants parce qu?il faut les mettre face à leur responsabilité et il faut un moyen de dissuasion pour les passeurs. S?ils savent qu?ils vont passer 45 ans en prison, ils réfléchiront deux fois plus avant d?accepter de faire passer la drogue. Parce que ceux qu?on n?arrive pas à intercepter font circuler la drogue. Si on différencie passeurs et trafiquants, il y aurait des abus. La sentencing policy reconnaît des circonstances aggravantes pour le trafiquant parce qu?il est celui qui organise le trafic. Notre législation est très versatile.
«À l?intérieur de la prison, le consommateur devient plus proche de la drogue. Le législateur doit réfléchir sur la révision du système carcéral. Nous avons transféré le problème de la rue à la prison.»
● Est-ce juste que ceux condamnés sous le «Dangerous Drugs Act» n?aient pas droit à la rémission ?
Vous savez, tout dépend de l?intention du législateur. à un moment, il fallait envoyer un signal fort et la loi devait refléter cela : hard core, tough law. Le problème c?est qu?à un moment, le législateur pensait qu?il fallait éloigner le consommateur de la drogue, donc il va en prison. De nos jours, il semble qu?à l?intérieur de la prison, le consommateur devient plus proche de la drogue. Il faut que le législateur réfléchisse sur la révision totale du système carcéral. Nous avons transféré le problème de la rue à la prison.
● Après avoir été membre du MSM, speaker de l?Assemblée nationale et nominé politique, quel est votre bord politique maintenant ?
(Hésitations?) Je ne sais pas. Les MSM pensent que je suis travailliste, les travaillistes pensent que je suis MSM et les anciens du MSM pensaient que j?étais un militant ! La preuve, je n?ai pas eu de ticket d?aucun parti ! (Rires?) J?ai été expulsé quatre fois du MSM, j?imagine parce que j?étais indiscipliné. Mais je suis revenu.
● Quelle est votre appréciation du MSM actuel ?
Le MSM ne serait pas là où il est si SAJ avait bien géré la transition. Il aurait dû nous appeler, en discuter. Pravind aurait dû solliciter des conseils. Il faut qu?il mûrisse maintenant. Cela prendra le temps qu?il faudra.
● Votre opinion sur le différend qui oppose SAJ à Navin Ramgoolam ?
C?est politique. Je pense que cela n?aurait pas été aussi politique si Lady Jugnauth n?était pas allée en campagne. Je pense que SAJ ne mérite pas tout ce qui lui arrive et il est maintenant sur la défensive. La solution n?est pas évidente. Personne n?a pensé aux crises que notre République pouvait engendrer, et politiquement tout le monde est à blâmer. Car si SAJ est en faute, Ramgoolam l?est aussi car les travaillistes ont gagné par 60 ?0 en 95. Qu?ont-ils fait ? Ils ont nommé Chettiar. Et là, ce gouvernement, même s?il arrive à avoir la majorité requise, n?a pas de mandat pour changer de président. Ramgoolam n?est pas allé devant le peuple pour demander une majorité pour faire partir le président. Car dans les bastions travaillistes tout comme au n° 10, les électeurs ont voté les Rouges en 2e et 3e position mais ils ont voté Ashock Jugnauth en première position. Il ne faut pas l?oublier.
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