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«L?avortement se pratique dans le privé»

22 octobre 2004, 20:00

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?<B> Pratique-t-on des avortements dans les hôpitaux ? </B>

Nous ne pratiquons pas d?avortements dans nos hôpitaux. Cela dit, il y a des femmes enceintes qui ont commencé à faire une perte et nous faisons un curetage pour empêcher qu?elles ne continuent à saigner. Mais, dans le privé, ils le font.

?<B> Cela se sait ? </B>

Tout le monde le sait à part le gouvernement, semble-t-il.

?<B> En tant que médecin, que pensez-vous de la situation ? </B>

Je pense qu?il est grand temps de légaliser l?avortement. Quand deux adultes prennent la décision de ne pas garder un bébé parce qu?ils ont des problèmes financiers, ils vont trouver un avorteur légal ou pas. Ils ne pourront se permettre une clinique privée, ils iront donc dans la rue. Au risque d?attraper des maladies et même de perdre la vie puisque l?avortement est pratiqué dans des conditions insalubres.

?<B> Il existe, semble-t-il, un problème de laxisme pour ne pas dire d?indiscipline en ce qui concerne les médecins de l?Etat, c?est votre ministre lui-même qui le dit?</B>

C?est effectivement ce que les journaux m?apprennent. J?entends parler d?amateurisme, de laxisme et d?incompétence. Mais dites-moi, quand on est médecin, on n?a pas le droit d?être malade ? On n?a pas droit à ses congés (vacation leave)? Et j?ajouterai que les médecins de l?état méritent beaucoup plus de jours de congés que le nombre actuel surtout les généralistes.

?<B> Pourquoi cela ? </B>

Laissez-moi vous expliquer nos horaires: de lundi à vendredi, un généraliste travaille de 9 heures à 16 heures. Le samedi, les horaires sont de 9 heures à midi. Tous les jours, sans exception pour les généralistes. Cela vous fait 33 heures par semaine. Il y a en sus l?horaire de garde, prenez mon exemple: j?ai commencé mon shift à 9 heures hier et je vais rentrer chez moi à 16 heures cet après-midi. Demain à 9 heures, je serai à mon poste. J?ai travaillé 31 heures d?affilée. Je suis éreinté. Tous les médecins de l?Etat ont les mêmes horaires.

?<B> Effectivement, cela fait beaucoup. Mais, quand le ministre de la Santé vient dire que l?amateurisme ne sera plus toléré, cela laisse entendre que, pendant longtemps, la profession a été pratiquée de façon amateur?</B>

Comment peut-il parler d?amateurisme et de laxisme ? Il a pris quatre ans pour réaliser que le travail ne se fait pas comme il se doit. Si tel était le cas, expliquez-moi par quel miracle, nous arrivons à traiter 1 000 à 1 200 patients par jour aux urgences (casualty) ? Le ministre pense que nous avons une baguette magique ? C?est de la mauvaise foi de sa part de parler de laxisme. Depuis qu?il est à la tête du ministère de la Santé, est-ce qu?Ashock Jugnauth a amélioré les conditions du personnel hospitalier ? Qu?a-t-il fait ? (Silence?) Et puis, il y a des ingérences dans le fonctionnement du système de la santé. Vous recevez des coups de fil souvent vous demandant de faire admettre Untel et de rendre des services?

?<B> Donc le problème vient d?en haut ? </B>

S?il y a des manquements, c?est dû à une déficience au niveau de l?infrastructure, du nombre du personnel, des équipements et des facilités. Mais ce serait trop facile de faire porter le chapeau aux médecins quand les manquements viennent du service de la santé. Il est temps que le gouvernement prenne ses responsabilités.

?<B> Vous l?avez dit à votre ministre ? </B>

Mais bien sûr qu?il le sait !

?<B> Y a-t-il un mal parmi les médecins donc ? Incompris, undervalued et maintenant nous entendons même parler d?allégations d?attouchements sexuels ? </B>

En ce qui concerne cette allégation d?attouchement, je préfère ne pas commenter puisqu?il y a une enquête en cours mais le problème c?est que j?ai peur que cela ne devienne un trend. Comme on dit en créole, pe ouver lizie tang. Nous avons des prises de bec tous les jours avec des patients. Beaucoup sont agressifs et exigent des certificats médicaux, par exemple, alors qu?ils sont parfaitement capables de travailler. Donc, il y a assez de personnes qui nous en veulent et trouveront dans ces allégations une façon de se venger, si on peut le dire ainsi.

?<B> Prenez-vous plaisir à aller travailler ? </B>

(Hésitations?) Oui, bien sûr, puisque j?ai choisi de faire ce métier. Mais c?est aussi un travail ingrat. En 18 ans de service, je peux compter les fois où un patient m?a dit ce mot si simple mais qui fait tant plaisir : «Merci». Pour les bonjours, il faut repasser. A la longue, cela vous pèse.

?<B> Mais, d?un autre côté, l?on entend que les patients sont souvent maltraités, que les médecins sont souvent brutaux dans leur approche?</B>

Je ne pense pas que ce soit juste de dire cela. Mais il y souvent des patients qui ont plusieurs dossiers à l?hôpital, rendant un suivi impossible; des patients qui viennent vous voir deux fois par jour pour les mêmes problèmes; des patients qui ne sont pas malades mais qui ne vous croient pas quand vous le leur dites. Comment voulez-vous ne pas perdre patience parfois ? Mais il est vrai que nous avons aussi quelques brebis galeuses dans notre profession. Comme partout ! Et ces brebis galeuses sont protégées par des personnes bien placées.

?<B> Etes-vous satisfait des conditions sanitaires dans lesquelles vous évoluez ? </B>

Regardez autour de vous. C?est une salle de casualty de 2004 ! Nous ne pouvons plus faire face à la demande. Notre population a augmenté; nous avons de nouvelles maladies; il y a davantage d?accidents de la route et du travail mais notre infrastructure n?a pas évolué en termes de nos nécessités. Maintenant, en ce qui concerne les conditions sanitaires, les patients eux-mêmes montrent un mépris pour l?hôpital. Ils jettent leurs ordures à même le sol, ils font leurs besoins n?importe où. Le sens du civisme est inexistant dans la mentalité mauricienne.

?<B> Revenons à vos commentaires sur l?infrastructure. Tout se passe ici ? (la petite salle où nous sommes, avec cinq bureaux de consultations et deux couchettes) </B>

Oui, les urgences? tout. Ce n?est pas adéquat. Vous savez, après les heures de visite, il y a foule ici. Des personnes viennent rendre visite aux malades et en profitent pour faire un check-up. Les jours où il y a un match de football ou un film intéressant à la télévision, la salle est vide. Tout le monde se porte subitement bien !

?<B> Ah bon ? Cette exaspération serait-elle la raison pour laquelle certains médecins ne donnent comme prescription que du Panadol ? </B>

Pas du tout. Il y a une raison à cela. C?est en fonction de ce que nous avons et les problèmes des patients. Il y a des situations où nous ne pouvons prescrire autre chose que du Panadol. Si une personne a un ulcère, la gastrite ou est enceinte, par exemple, d?autres médicaments peuvent provoquer des saignements.

?<B> Dans quelle mesure le performance bonus est-il efficace ? </B>

Cette mesure n?a pas été appliquée jusqu?ici. Mais je me demande quel en sera le critère. Un exemple : un médecin passe une heure à essayer de sauver la vie de quelqu?un. Malgré ses efforts, la personne meurt. C?est un failure rate de 100 %. Un autre médecin reçoit 20 patients en une heure. Il a des cas de petites blessures, etc. All success rate. Est-ce que cela voudra pour autant dire que le deuxième médecin est plus performant ?

?<B> Les mauvaises langues disent : «minis ale, problem reste»? </B>

Eh bien, j?entends beaucoup de slogans ces jours-ci. Pourquoi pas «Anou redres nou servis la sante» ?

?<B> En ces 18 ans de service, quel a été, selon vous, le meilleur ministre de la Santé ? </B>

Kadress Pillay sans conteste. Il croyait dans le dialogue, il avait une bonne approche, pas d?arrogance, pas de bousculade?

«Les patients montrent un mépris pour l?hôpital. Ils jettent leurs ordures à même le sol; font leurs besoins n?importe où. Le sens du civisme est inexistant dans la mentalité mauricienne.»

«Expliquez-moi par quel miracle, nous arrivons à traiter 1 000 à 1 200 patients par jour aux urgences ? Le ministre pense que nous avons une baguette magique ? C?est de la mauvaise foi de sa part de parler de laxisme.»

<I>Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN</I>

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