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«La STC n?encourra plus de pertes»
Vous importez en dollar, une devise dont la valeur ne cesse de baisser. Pourquoi donc les prix montent-ils au lieu de chuter ?
Le dollar se déprécie certes, mais les prix à l?importation sont en hausse. Celui du baril de brut se maintient à un seuil élevé pour pallier la baisse du dollar. Les importations de farine ont coûté Rs 100 millions de plus en 2003, la tonne de ciment revient à 56,20 dollars aujourd?hui contre 37 dollars l?an passé. Nous avons géré ces hausses en nous appuyant sur la baisse du dollar. Mais il y a des limites à cela.
La STC fait-elle des profits sur le dos du consommateur ?
Ce n?est pas là sa vocation, mais elle fait quand même un peu de profit. Non pas sur le dos du consommateur mais sur les ventes internationales et aux entreprises, de kérosène et de l?huile lourde.
Vous avez assaini les finances de la STC dont le déficit a chuté de Rs 2 milliards à Rs 500 millions en un peu plus d?un an. Comment avez-vous fait ?
En gérant la trésorerie. La dépréciation du dollar a beaucoup aidé. J?ai adopté une gestion plus rigoureuse et méthodique. Jusqu?à ce que je m?en charge, la STC n?avait pas de département spécialisé dans la gestion de son énorme budget de Rs 8 milliards. Elle se fiait sur les banques ou plutôt sur une banque, pour être guidée. Une simple réorganisation à permis d?économiser Rs 70 millions.
Gérer la trésorerie, c?est spéculer un peu ?
Spéculation non. Un peu de hedging, oui. Nous avons créé un département de Risk Management qui opère sous les directives du conseil d?administration. Son rôle principal est de « hedge » par rapport aux produits pétroliers. Nous jouons sur les taux d?intérêts à l?emprunt en devise et à l?épargne en roupies. Les instructions du Board sont claires : ne prendre aucun risque.
C?est tout ce qu?il a fallu pour résorber un déficit de Rs 2 milliards ?
Nous avons aussi renégocié avec nos banquiers et ainsi économisé Rs 3 millions. Nous payions des intérêts étonnamment élevés pour des emprunts garantis par l?Etat. Nous avons souffert de relations trop exclusives avec un seul banquier.
Vous êtes sur le point de partir. La situation ne va-t-elle pas se détériorer?
Aucun risque. Ce sont les produits pétroliers qui sont responsables des déficits colossaux de la STC. Dans les jours à venir, nous introduisons un Automatic Price Mechanism . Il permettra un ajustement automatique des prix de l?essence et du diesel par rapport aux fluctuations des prix à l?importation. La STC n?encourra plus de déficit.
Pourquoi le kérosène et l?huile lourde ne sont-ils pas couverts ?
Nous vendons l?essentiel du kérosène à des opérateurs internationaux dans le domaine du transport aérien. Nous leur réclamons le prix coûtant plus une marge de profit. Idem pour l?huile lourde dont le CEB est le plus gros consommateur.
Restent les entreprises textiles. Vu les difficultés auxquelles elles sont confrontées, je ne pense pas que les prix seront réajustés de sitôt.
Quand ce mécanisme entrera-t-il en vigueur ?
Dans deux semaines, au plus tard. Le parquet procède aux dernières vérifications. Les ajustements de prix auront lieu tous les trois mois. La moyenne des prix à l?importation durant le trimestre précédent servira de base de comparaison. La marge de fluctuation sera de 2,5% à 15 %.
On peut donc s?attendre à ce que les baisses de prix soient enfin passées au consommateur ?
Je le garantis. Lorsque le prix international baissera, le prix local suivra. Cela n?est arrivé qu?une seule fois dans les annales. Le mécanisme entrant en vigueur en février, le premier réajustement aura lieu dans deux mois. Il faut prévoir une hausse.
Avec ce réajustement automatique, ç?en est fini de la stabilité des prix recherchée par les producteurs.
Il faut en relativiser l?incidence. L?essence est surtout utilisée par les automobilistes. La fluctuation des prix n?entraînera pas de gros bouleversements.
En revanche, le diesel touche le transport en commun. Mais il ne représente que 20 % des coûts d?opération des compagnies. Même si le prix grimpe de 15 % au maximum, les coûts d?opération des transporteurs n?augmenteront que de 3 %. Les opérateurs devraient pouvoir absorber un tel mouvement. Dans un an, on jugera de la justesse de ce mécanisme.
Vous avez vraiment foi dans son fonctionnement?
Je suis convaincu que cela marchera. Si on l?avait introduit en 2000, le consommateur aurait payé son essence et son diesel bien moins cher. Comment croyez-vous que nous ayons réduit le déficit de la STC ? Ce sont les consommateurs qui en ont fait les frais. Le mécanisme de réajustement automatique démarre cependant avec une ardoise propre.
A votre arrivée, la gestion de la STC ressemblait à celle de la petite boutique du coin. Quelle a été votre expérience personnelle?
Très enrichissante. J?ai apporté une certaine méthode de travail. Il a fallu outiller l?organisme pour qu?il fonctionne avec professionnalisme. La clé cette restructuration a été la création d?un département de trésorerie. Mais j?ai aussi beaucoup appris à la STC : la discipline propre à la fonction publique. J?ai aussi appris comment dire non.
La STC a des employés surnuméraires ?
L?organisme emploie 280 personnes, dont 200 ouvriers pour la manutention du riz et de la farine. Des produits qui ne contribuent qu?à 7 % de notre chiffre d?affaires. C?est clair : il faut dégraisser. Je préconise un retour au «core business ». La STC est un agent de vente et ne doit pas s?occuper de la manutention et du stockage.
Vous avez le vent en poupe. Après un an à la STC, vous voilà propulsé à la tête du CEB. Qui est Ravin Dajee ?
J?appartiens au monde de la haute finance. J?ai débuté à la State Bank of Mauritius et j?ai travaillé pour la State Bank de l?Inde d?où j?ai démissionné. La STC m?a recruté après appel de candidatures. Je suppose que ma nomination au Central Electricity Board prouve que je me débrouille plutôt bien.
Comment abordez-vous cette mutation au CEB?
La production d?électricité est un domaine technique. Je ne suis pas équipé pour l?aborder. Je serai l?adjoint de Donna Leclerc auprès de qui je ferai mon apprentissage durant un an.
Vous prenez votre poste dans quelques jours. A quel accueil vous attendez-vous?
Je suis conscient que des cadres du CEB ont légitimement convoité le poste qui m?est confié. Je souhaiterai leur dire que je suis là maintenant. Alors autant travailler ensemble.
Diriez-vous que vous êtes un libéral ?
Je suis un libéral mais pas un pur-sang dans le domaine. Je suis de ceux qui croient qu?il faut laisser l?activité économique à ceux qui s?y connaissent le mieux. Je crois cependant que l?Etat a un rôle stratégique et un devoir social. Il y a des limites au libéralisme.
La tendance est justement au libéralisme. La STC a-t-elle toujours sa raison d?être ?
Maurice est un petit marché lointain. Pour le pétrole nous souffrons d?un manque de capacité de stockage. Seul un approvisionnement centralisé peut être efficace. La STC traite des produits subventionnés. Comment libéraliser leur importation ? Nous avons aussi un rôle de régulateur du marché. Notre entrée sur celui du gaz ménager a permis de constater qu?il est possible de s?approvisionner à nettement moins cher. L?OMC reconnaît l?importance de tels organismes d?Etat.
« Nous avons renégocié avec nos banquiers et ainsi économisé Rs 3m. La STC payait des intérêts étonnamment élevés pour des emprunts garantis par l?Etat. Nous avons souffert de relations trop exclusives avec un seul banquier. »
« La STC emploie 280 personnes, dont 200 pour la manutention du riz et de la farine. C?est clair : il faut dégraisser. La corporation est un agent de vente et ne doit pas s?occuper de la manutention et du stockage.»
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