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«La banque de Maurice commercialise l?or à un prix qui défavorise la compétitivité»

6 août 2008, 00:00

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Quelles sont les difficultés auxquelles le secteur de la bijouterie est confronté actuellement ?

L?envolée du cours des métaux précieux, particulièrement celui de l?or, est l?une des difficultés majeures. Le prix du métal jaune, le plus précieux, est si élevé que les produits deviennent de moins en moins accessibles à la population. La Banque de Maurice écoule l?or à un prix qui ne favorise pas la compétitivité. Les mêmes bijoux, fabriqués à l?extérieur, se vendent à un prix moins élevé. Cela décourage les consommateurs nationaux et n?attire pas les touristes qui trouvent que nos produits sont chers. En outre, le coût exorbitant de la main-d??uvre vient aggraver la situation. A cela, il faut ajouter que les bijoutiers manquent d?originalité et d?innovation. Le touriste ne peut être attiré que si nos produits ont une touche locale. En achetant un bijou, le touriste n?achète pas que de l?or car le même bijou peut être retrouvé dans n?importe quel pays. Il cherche à emporter un souvenir de l?île Maurice. Ce facteur de différenciation, très important, échappe encore à nos bijoutiers. Enfin, le facteur confiance ralentit aussi la croissance du secteur. Acheter un bijou, c?est investir gros. Le touriste n?est pas toujours sûr de l?authenticité du produit. Pour trouver une solution à ce problème, il faut renforcer les structures qui garantissent aux acheteurs, la qualité irréprochable des bijoux vendus.

Qu?est-ce qui va changer avec le «Jewellery Act» 2007 ? </B>

En remplaçant la Jewellery Act 1999 par une nouvelle loi, le contrôle de la qualité des bijoux sera renforcé. Cela donnera beaucoup plus de confiance à la clientèle locale et, surtout, internationale.

Comment se fera ce contrôle ? </B>

Auparavant c?est l?Assay Office (l?autorité qui contrôle la vente et la production de bijoux) qui déterminait le pourcentage d?or contenu dans les bijoux et les alliages. En 1999, il a été légiféré pour que chaque bijou fabriqué, importé ou vendu porte le poinçon et le titrage du bijou. Ainsi, ce dernier pourra être revendu en toute légalité. Mais rien n?avait été prévu pour le contrôle des pierres précieuses. La nouvelle loi vient remédier à ce vide juridique. Il y aura bientôt un laboratoire de gemmologie qui contrôlera et examinera l?authenticité des pierres. En tant que consultant indépendant en gemmologie au Royaume-Uni, je pourrai faire profiter à l?Assay office, s?il le souhaite, de mon expertise et de mon expérience dans l?examen et le contrôle de l?authenticité des pierres précieuses. Cela fait 17 ans que je suis dans le métier. Je suis disposé à aider aussi dans la formation.

Le manque de créativité des bijoutiers mauriciens vous paraît-il insurmontable ? </B>

Pas du tout. L?Institutional and Vocational Training Board a le devoir de former des designers qui aideront à résorber ce problème. Cela existe dans tous les pays qui entendent faire du secteur de la bijouterie, l?un des piliers de leur économie. Le rôle du designer est de suppléer à la déficience des bijoutiers locaux en idées de création qui reflètent les vraies couleurs de l?île. Le gouvernement a fait des propositions dans ce sens.

Des bijoutiers se plaignent de n?avoir aucun contact avec la clientèle touristique. Comment peut-on remédier à cela ? </B>

En créant un jewellery village où les bijoutiers du pays pourront présenter leurs produits aux touristes. On évitera ainsi des frustrations. Mais encore faut-il, je le répète, que les bijoutiers aient des produits innovants à offrir. Sinon, cela ne servirait à rien.

Que faire pour que le secteur de la bijouterie retrouve ses lettres de noblesse ? </B>

Créer une confiance au niveau du secteur de la bijouterie. Du côté des clients, comme de celui des bijoutiers. Le gouvernement doit aller au bout de ce qu?il a commencé. Après le vote de la loi, c?est le moment de la mettre en application. Du moment que le produit est attrayant, que le client est assuré de qualité et que le prix est compétitif, il n? y a aucune raison pour que le bijoutier n?y trouve pas son compte. Le secteur de la bijouterie, qui est très sensible, ne pourra croître que dans un environnement où les clients ont la garantie d?acheter des produits d?excellente qualité. Tant que la satisfaction du client n?est pas une priorité, je crains que les choses ne demeurent dans l?état où elles sont.

Propos recueillis par Nico PANOU

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