Publicité
«Kiltir Ebony»
Rare comme l?ébène. Oubliez toute noirceur?d?esprit. Retenez seulement la beauté. Celle de déplacer la soprano Véronique Zuël-Bungaroo à Cité Père Laval à Quatre-Bornes.
N?allez pas crier à un quelconque snobisme. Loin de là. C?est juste que dans un monde où chaque chose à tendance à rester à sa place, soprano égale souvent oratorio, églises somptueuses à Paris, Londres ou la Réunion. Quand ce n?est pas soirées de gala dans des salles de concert prestigieuses.
Samedi soir. C?était une marquise glaciale plantée sur un terrain de foot détrempé. Voix lyrique pour public populaire. Accompagnant le blues revendicateur d?Eric Triton. Les vocalises orientalistes de Sangeeta Deerpaul. Les pas de la troupe d?«Art Academy», qui peut tout danser, du «kathak» au «séga».
Fusion qui refuse toute confusion. Celle qui ouvre la scène à la «ravanne» en même temps qu?au «dholok». Au numéro de danse autant qu?au défilé de mode. Ne cachons pas que bien que ce ne soit pas la première fois que nous voyons cette nouvelle tendance du tandem Sanedhip Bhimjee ? Anna Patten, cela fait toujours un peu tiquer.
La faute aux compartimentages sans doute. Autant dans l?esprit que physique. Alors qu?à la base, tout n?est que show, spectacle, représentation ? que ce soit pour présenter une collection de vêtements ou un nouvel album. C?est vrai que mélanger les deux surprend encore un peu, mais si cette conception des choses a passé la rampe de la très officielle mais néanmoins populaire cérémonie des 40 ans d?indépendance au Champs de Mars, c?est que nous sommes là dans le monde de tous les possibles.
Comme c?est possible chez nous pour le ministère du Tourisme et des Loisirs de sembler infiniment plus préoccupé par la promotion de la culture que le ministère des Arts et de la Culture ne l?est lui-même. Et heureusement d?ailleurs.
Même si c?est pour en faire un forfait touristique ? nous osons croire que ce n?est pas pour une braderie pour touristes ? qui s?est posé la question de l?état du patrimoine et de la nécessité de le rénover ? Qui s?est positionné pour faire des industries culturelles un atout marketing ? Qui a misé sur la créolité pour la transformer en festival, certes pour tour-opérateurs, mais aussi comme un événement populaire à rayonnement régional ? Evidemment il y a ceux qui diront que les touristes restent dans les hôtels.
Mais quand on voit qu?à côté, on se complait dans l?organisation des quatre fêtes nationales, que l?on perpétue un système où le «National Drama Festival», avec ses règles mal définies, son niveau inégal, son inanité intégrale, est érigé en référence. Où les aides à la création ? subvention pour sortir un album ou publier un livre ? se résument à une misère, sans compter les complications administratives, il y a de quoi se poser des questions.
Et comme ce n?est pas à mi-mandat qu?un ministère risque de choisir une nouvelle orientation, ou qu?il risque d?agir avec plus de dynamisme, alors, osons nous aussi la fusion. Pourquoi ne pas déplacer la promotion de la culture au ministère des Loisirs. Lui qui a su déplacer l?élitisme associé à une voix de soprano ? en milieu populaire à la Cité Père Laval.
Publicité
Publicité
Les plus récents