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«Je suis déçu de ces réactions»

21 avril 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B> Quelles sont les vraies raisons du report du «Sexual Offences Bill» ? </B>

Les raisons sont bien simples. Il y a eu des représentations venant de l?opposition, de la société civile, certaines réserves des backbenchers de la majorité, etc. Ils demandent un peu plus de temps.

● <B> Et le gouvernement n?a-t-il pas anticipé ces réactions ? </B>

Oui nous avons anticipé mais le plus gros problème auquel nous avons eu à faire face est une certaine diabolisation du débat dirigée principalement contre ma personne. Une politique obscurantiste a été menée pour essayer de faire croire aux religieux que la religion allait bientôt être proscrite de ce pays ! On est passé à côté du véritable débat.

● <B> C?est qui « on » ? </B>

Cela a commencé avec l?opposition. C?est honteux que des gens qui se disent marxistes, de gauche, d?une certaine école de pensée réagissent ainsi aujourd?hui. C?est honteux aussi de voir des jeunes comme Pravind Jugnauth vivre à l?ère du jurassique.

● <B> Mais même cette réaction de l?opposition était attendue ! Pourquoi est-ce que cela vous prend ainsi de court ? </B>

Mais n?est-ce pas raisonnable de croire qu?une opposition responsable va prendre en considération les vrais débats ? Le vrai débat pour eux, malheureusement c?est la pénalisation de la sodomie, c?est la pénalisation de l?avortement. Nous sommes en train de moderniser les lois tout en protégeant davantage les femmes et les enfants. Pourquoi occulte-t-on ça ? Pourquoi est-ce que l?opposition s?arrête-t-elle à la sodomie ?

● <B> Pourquoi, justement ? </B>

Je me demande si c?est vrai que tout le monde s?est arrêté à la sodomie ou s?il serait plus juste de dire que l?opposition a profité d?une certaine peur de la sodomie pour bloquer une loi qui est en fait une loi révolutionnaire.

● <B> Vous m?excuserez mais le gouvernement est en train de donner raison à l?opposition en renvoyant les débats ! </B>

Loin de là. Le Premier ministre est un très grand démocrate. Mardi matin, le PM aurait pu me dire «annulons cette loi». Mais au contraire, il m?a appelé pour me demander ce que j?en pensais. Il savait que certaines personnes voulaient faire retarder le débat. Je lui dis donc mardi d?aller de l?avant avec le select committee et que je n?avais pas de problème avec cela.

● <B>Croyez-vous vraiment que le débat allait être dépassionné?

Voyez-vous, nous sommes à l?aube du 1er Mai et il y a forcément certains partis politiques qui vont utiliser un double langage pour ameuter leurs troupes. Mais on ne peut pas continuer à faire cela dans un pays moderne.

Ce gouvernement, à la différence de l?opposition, est un gouvernement moderne et réformateur sinon il ne serait jamais venu de l?avant avec cette loi. L?opposition, elle, veut à tout prix m?abattre aux dépens de la réforme et de la modernisation.

● <B> Cette tactique est-elle en train de marcher ? </B>

C?est facile de gagner avec une campagne de peur. J?ai été à la télévision lundi et j?ai expliqué ce que nous avons l?intention de faire et les gens ont compris. Bien sûr il y aura une minorité qui n?acceptera pas cette loi sur une base purement religieuse et elle demande de légiférer pour qu?il n?y ait que des actes d?amour qui servent à la procréation ! Mais que voulez-vous !

● <B> Mais le gouvernement recherche-t-il le consensus avec ce «select committee» ? </B>

Ce n?est pas une question de consensus mais il s?agit surtout de faire comprendre aux autres la limitation de leurs arguments car ce ne sont que des arguties.

● <B> Comment va procéder le «select committee» ? </B>

Il y aura une motion mardi prochain et le speaker nommera 11 personnes, six de la majorité et cinq de l?opposition. Il faudra nommer un président et définir un calendrier de travail soutenu. Le comité va rencontrer plusieurs personnes et les écouter.

● <B> Les religieux aussi ? </B>

Nous allons les écouter. Il n?y a aucun mal à ça. Mais la question la plus importante est : sommes-nous un état laïc ? Allons-nous être prisonniers de différents lobbys religieux ? Si aujourd?hui, nous acceptons d?être prisonniers d?un certain lobby, demain Monsieur X viendra me dire, vous savez je suis végétarien et il faut légiférer parce que la base même de l?hindouisme dit qu?il ne faut pas tuer les animaux ! Alors où se trouve la ligne de démarcation ?

● <B> Mais la perception est que dès le moment que les associations religieuses ont commencé à se faire entendre, le gouvernement a reculé. </B>

Mais ce n?est pas vrai. Laissez-moi vous dire qu?il y a des associations telle la Voice of Hindu qui a pris position pour cette loi.

●<B>Les réactions négatives au sein de la majorité vous ont-elles étonné ?

(Hésitations?) Il faut beaucoup plus que cela pour me surprendre. En 1996, j?ai dit qu?il fallait expliquer aux gens comment utiliser le préservatif. On m?a appelé le capote boy. Si vous allez dans la circonscription numéro 7, il y a toujours des graffitis qui disent Rama sodomie. Il y a des gens qui m?appellent la nuit pour dire des choses obscènes, ces derniers jours. Il y a des lâches partout. Cela ne me surprend pas. Le réconfort cependant est que nous avons un Premier ministre moderne. Le réconfort est qu?il y a au sein de la majorité des amis comme Xavier Duval, Rama Sithanen, Arvin Boolell, Vasant Bunwaree, Etienne Sinatambou et James Burty David pour ne citer qu?eux, qui sont modernes et progressistes.

● <B> Comment qualifieriez-vous la société mauricienne au vu des réactions que la dépénalisation de la sodomie a provoquées ? </B>

(Rires?) Je pense que notre société est très hypocrite surtout sur le plan sexuel.

● <B> Le fait que le «Sexual Offences Bill» ne mentionne pas le mot sodomie ne vous a pas aidé non plus. Pourquoi ne pas l?avoir dit expressément ? </B>

Pourquoi dois-je emprunter un terme du 19e siècle et qui fait peur ? Le texte britannique a fait la même chose. Il n?était pas question de cacher quoi que ce soit comme veulent le faire croire certains. L?article 6 dit très clairement qu?il faut le consentement quand il y a pénétration vaginale, anale ou buccale. On ne peut être plus clair.

● <B> Pourquoi ne pas avoir expliqué pourquoi le gouvernement a décidé de légaliser la sodomie ? </B>

Mais pourquoi faut-il pénaliser un acte entre deux adultes consentants ? Sur quelle base ? C?est un faux débat. Nous vivons dans une République et ma liberté s?arrête là où la liberté collective commence aussi longtemps que je ne nuis pas la liberté collective. Le principe de consentement et de laïcité vient aussi justifier cela car aujourd?hui le débat est sur la sodomie, demain ce sera sur l?avortement.

● <B> Sont-ils nombreux à penser comme vous au sein du gouvernement ? </B>

Je dirai que oui. Et je suis heureux parce qu?il y a eu un grand swing. C?est la première fois depuis l?Indépendance que nous avons autant parlé de sexualité dans ce pays. Et aussi librement. Pédagogiquement, thérapeutiquement, je pense que nous avons fait un pas en avant en tant que nation.

● <B> Quelles sont les probabilités que le «Sexual Offences Bill» ne passe pas finalement ? </B>

Très minces je pense. Les gens commencent à comprendre.

● <B> Ce projet de dépénalisation de la sodomie est votre bébé, nous le savons. êtes-vous déçu par tant d?obstacles ? </B>

Je suis convaincu par ce que je fais et j?y mets beaucoup de moi-même. C?est sûr que je suis déçu de ces réactions.

<B> Y a-t-il eu trop de déceptions depuis juillet 2005 pour vous personnellement ? </B>

(Hésitations?) Non, pas trop. Voyez-vous, on apprend à être ministre, on prend de l?épaisseur comme ministre après plusieurs dossiers.

● <B> Mais nous connaissons votre combat. êtes-vous un militant frustré dans son fauteuil de ministre ? </B>

Si j?étais frustré, je serais parti. Je suis un passionné et je dois être libre.

● <B> Dans cette même optique, comment avez-vous vécu l?épisode du licenciement de votre attaché de presse ? </B>

(Hésitations?) Il faut toujours tirer des leçons après chaque événement. Mais comme vous le savez, le PM a pris la responsabilité de ce licenciement.

● <B> Le PM a aussi dit que ce n?était pas le problème de Valayden. </B>

Définitivement. Si le PM a des informations que je n?ai pas, c?est normal qu?il agisse.

● <B> N?est-ce pas un manque d?égard envers vous ? </B>

Dans la vie, il y a toujours des choses que l?on aurait pu faire différemment. Mais l?on n?écrit pas l?histoire au futur antérieur.

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