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«Je ne me laisserai pas dicter par la rue»

4 avril 2008, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B> Un sondage publié par «Business Magazine» présente Paul Bérenger comme le Premier ministre préféré des Mauriciens. Que vous inspire cela ?</B>

Un sondage est une photographie d?un moment. Je ne peux pas m?attarder sur le moment ? il faut que je regarde dans le long terme, dans la durée. Tout gouvernement, à mi-mandat, connaît des difficultés parce que c?est pendant cette période que des décisions difficiles sont prises.

● <B>J?imagine que lorsqu?on est PM, ce que dit la rue est important. Jusqu?à quel point vos actions sont-elles gouvernées par ce que dit la rue ?</B>

Je suis au courant de ce que les gens disent, mais ce n?est pas cela qui détermine ma prise de décision. Et je le dis souvent à mes ministres ? nous avons été élus et c?est à nous de montrer le chemin. Nous ne pouvons pas nous laisser dicter à chaque fois par ce que disent les gens de la rue parce que sinon nous ne pourrons pas prendre les bonnes décisions. Sinon il n?y qu?à faire un référendum sur chaque sujet !

● <B>Mais la situation vous inquiète-t-elle ? Que vous ont inspiré par exemple les manifestations dans les rues à la suite de problèmes dans le paiement des Rs 5 000 ?</B>

Il est vrai que certaines personnes étaient impatientes d?obtenir leur compensation de Rs 5 000 mais je sais aussi qu?il y a un degré de démagogie dans toutes ces manifestations. Il y a des gens qui veulent tout avoir à tout prix. Pour eux, toutes les raisons sont bonnes pour manifester. Dans ce cas précis, il n?y avait aucune raison qui justifie ces manifestations. Et très souvent il y a des gens qui les encouragent. Ce qui est dommage.

● <B>Le mécontentement de la rue ne vous affecte peut-être pas mais vos ministres sont par contre très sensibles à cela...</B>

Il est évident qu?il faut quand même prêter une oreille attentive à ce que les gens disent car on ne peut pas prétendre gouverner et être complètement isolé de l?opinion publique non plus. Mais certaines décisions doivent quand même être prises.

● <B>Avec l?avantage du recul, pensez-vous que les grosses pluies de mercredi dernier auraient pu être mieux gérées ? </B>

Avec l?avantage du recul, comme vous dites, oui. Mais malheureusement on est toujours wise after the event. Je voudrais réitérer mes sympathies aux familles des victimes et leur exprimer le soutien du pays dans leur malheur. Comme vous savez, nous avons pris des mesures immédiates pour venir en aide aux familles qui ont été affectées par les inondations. Bien évidemment, il y a des critères à respecter ? nous ne pouvons pas donner de l?argent à 1,2 million de personnes. Cela nous coûte de l?argent ? ce que nous n?avions pas prévu ? mais je pense qu?il était nécessaire de le faire.

La police est en train d?identifier les gens et je dois dire que je suis satisfait de la vitesse à laquelle cet exercice s?est fait. Je sais aussi que les gens sont soulagés de recevoir cette aide. Mais pour répondre à votre question, oui avec du recul, on se dit qu?on aurait pu faire différemment. Mais c?était une catastrophe naturelle qui semble être liée au phénomène climatique. La seule personne qui semble ne pas savoir cela est votre rédacteur en chef.

Nos services météorologiques ont fait face à la situation selon les procédures qui étaient en place. Nous avons un système d?alerte qui est en place depuis 20 ans et qui n?a jamais fait l?objet d?une remise en question. Il y a des critères et un protocole qui ont été suivis. A partir de là, il faut voir s?il y a des failles dans notre système et s?il faut le revoir; c?est la raison pour laquelle j?ai fait appel à la World Meteorological Organisation ? pour nous aider à prendre les décisions qui s?imposent afin que le système soit plus adapté aux nouveaux phénomènes climatiques.

● <B>Il y a cela mais il y a aussi le problème politique. Quelques personnes et l?opposition demandent la démission du ministre de l?Education. Qu?en pensez-vous ?</B>

Notre priorité ne devrait pas être la recherche de boucs émissaires à la suite des événements dramatiques que le pays a vécus. Nous devrions avoir l?humilité d?apprendre de ce qui s?est passé et de faire de sorte que cela ne se reproduise pas à l?avenir.

● <B>Et vous ne pensez pas que de lui-même, Dharam Gokhool aurait pu step down en attendant les conclusions du FFC, comme beaucoup le réclament?</B>

Il ne pense pas qu?il devrait le faire parce qu?il ne pense pas avoir fauté.

● <B>Et vous, qu?en pensez-vous ?</B>

(Sourire) Je pense qu?il faudrait laisser au FFC analyser les données, écouter les témoignages et situer les responsabilités.

● <B>Changeons de sujet. Vous savez que le plus gros reproche que l?on peut vous faire c?est de tarder à prendre des décisions; est-ce par peur de mécontenter les gens ?</B>

Non, ce n?est pas vrai de dire cela. J?ai une méthode bien à moi de travailler ? et je crois qu?elle est la bonne ? je ne peux pas prendre des décisions éclairées si je n?ai pas tous les faits.

● <B>Mais à force de trop chercher le consensus, ne risquez-vous pas de renvoyer à jamais des décisions ? </B>

Il serait bon que vous sachiez que je déteste ce mot ? consensus. Je l?enlève toujours de mes discours parce que si vous cherchez le consensus, vous ne pourrez pas gouverner.

● <B>Donc vous êtes un dictateur dans l?âme qui voudrait quand même que les gens pensent que leur opinion a été prise en considération ?</B>

C?est cela le paradoxe de la démocratie. Malgré le fait que nous ne pouvons pas gouverner en cherchant le consensus, nous gouvernons aussi et surtout pour les gens puisque nous prenons les décisions qui affectent leurs vies. Les gens ne sont pas des robots. Prenez l?exemple de Sarkozy en France. Durant sa campagne, il avait dit qu?il allait régler le problème de la perte de pouvoir d?achat des Français. Une fois au pouvoir, il a dû faire face à certaines réalités et il nomme la commission Attali pour se pencher sur la question de croissance économique.

● <B>C?est aussi ce que le «MCB Focus» reproche au gouvernement ? qu?il y a trop de tergiversations en ce qui concerne les décisions qui devraient soutenir la réforme. Que dites-vous à cela ? </B>

Comme je le disais à Rivière-Noire récemment, l?économie est importante mais il faut aussi voir les effets que les décisions prises ont sur les gens. Nous avons pris nombre de décisions courageuses ? qu?aucun gouvernement n?a pris dans le passé ? mais il y en a d?autres qu?il faut revoir parce que quand on en voit les retombées, elles sont trop dures pour certaines personnes. Car si nous devons alléger la pauvreté, il faut aussi faire de sorte que la classe moyenne ne s?appauvrisse pas.

● <B>Mais comment comptez-vous faire cela ?</B>

Difficile. Et c?est pourquoi cela prend aussi du temps. Prenez le ciblage par exemple. Tout le monde voit le bon sens de l?idée de ciblage mais where do you draw the line? En fait nous sommes en train de voir s?il y a d?autres moyens.

● <B>Et combien de temps cela prendra-t-il ?</B>

(Sourire?) Jusqu?au budget.

● <B>Est-ce que nous risquons d?arriver à une situation similaire avec la réforme du système électoral. Par exemple, vous avez dit au Parlement que vous étiez favorable à ce que toutes les distinctions communales soient enlevées de la constitution. Or Nando Bodha du MSM donne l?impression que son parti n?est pas d?accord avec ce qui me semble être une bonne chose. Risquons-nous de passer à côté d?une réforme importante à cause des opinions divergentes ? </B>

J?espère que non. Mais je pense que ceux qui semblent ne pas être d?accord à l?heure actuelle, le sont parce qu?ils ne savent pas ce que nous comptons proposer. J?ai dit que si jamais nous changeons le système, il faut impérativement nous assurer que toutes les communautés soient représentées. Mais cela dit, je pense que le Best Loser System est un obstacle à la construction d?une nation et qu?il faut voir d?autres alternatives. Nous avons une solution à cela et nous allons en parler avec les partis d?opposition. Je ne pense pas que nous allons avoir un consensus, comme vous dites mais je pense que nous allons pouvoir convaincre une majorité.

● <B>Alors que vous donnez l?impression d?hésiter avant de prendre des décisions impopulaires, il semble que vous n?ayez pas ce problème avec la hausse des prix. Cela ne vous inquiète-t-il pas par rapport aux prochaines élections ?</B>

C?est la preuve que ce que vous dites est faux. Par exemple avec la hausse du prix de l?électricité, nous n?avions pas d?autre choix que d?accorder cette hausse sinon nous ne l?aurions pas fait. J?aimerais attirer votre attention sur le fait que ceux qui consomment moins de 75 kilowatts d?électricité ne paieront pas l?électricité plus cher. Nous avons voulu protéger ceux qui sont au bas de l?échelle.

● <B>Puisque nous sommes sur le sujet, y a-t-il un risque que dans le moyen à long terme, nous ayons à faire face à une situation où la consommation d?électricité dépassera notre capacité à en produire ?</B>

Oui, si nous ne prenons pas les mesures qu?il faut. Mais nous sommes en train de le faire.

Les centrales thermiques seront-elles construites à temps pour faire face à cette consommation accrue d?électricité avec tous les développements ?</B>

Nous sommes en train d?ajouter de nouveaux critères pour l?obtention de permis pour la construction d?hôtels et d?IRS. Ils devront produire leur propre électricité, traiter l?eau dont ils auront besoin et être autonomes en termes de leurs besoins. Le problème, c?est que les gouvernements successifs ont eu tendance à gouverner sans prendre en considération ce qui risque de se passer dans le long terme.

● <B>La hausse des prix agrandit le fossé entre riches et pauvres et cette situation ira en s?aggravant avec la venue des expatriés qui gagnent énormément d?argent. Ne craignez-vous pas une explosion sociale ?</B>

Le danger de cela c?est que la classe moyenne ne s?appauvrisse aussi. Nous sommes en train de suivre le problème de près et il nous faudra prendre des mesures fiscales dans ce sens.

● <B>Pauvreté veut aussi dire problème de «law and order». Le «law and order» vous préoccupe-t-il ? </B>

Oui. Je suis extrêmement sensible à deux choses principalement ? le pouvoir d?achat des Mauriciens et l?insécurité. Mais il faut faire la différence entre la criminalité et l?insécurité ? law and order. Une personne qui invite son ami chez lui, le tue et l?enterre sous du béton, comme cela s?est passé récemment ? c?est un problème de criminalité pas d?insécurité. Et cela doit interpeller toute la société.

● <B>Venons-en au communalisme. On dit de vous qu?en privé vous n?y croyez pas mais en même temps ? en public du moins ? vous jouez le jeu quelquefois. Pourquoi ?</B>

Vous avez raison, je n?y crois pas. Si vous faites référence à ma présence dans quelques fonctions, je vous réponds que c?est le système qui est ainsi. Soit nous nous mettons d?accord sur le fait qu?un PM n?assiste pas aux fonctions religieuses et nous mettons fin à cela. Mais puisque mes prédécesseurs l?ont fait, je ne peux pas me permettre de refuser toutes les invitations. Sinon je me mets à dos ces gens-là. Mais je fais attention ? il y a des invitations que j?accepte mais je demande à ne pas faire de discours. Souvent quand je dois parler, je fais attention au contenu de mon discours et je mets l?accent sur l?unité et le combat contre le sectarisme.

● <B>Quelle est la nature exacte de vos relations avec le VOH ?</B>

Je les connais tous comme je connais les autres organisations mais mes discours sont normalement anti-sectaires et contre le communalisme.

● <B>Mais ne craignez-vous pas d?aliéner les Mauriciens qui ne se sentent aucune affinité avec ce groupe quand vous acceptez ces invitations ?</B>

Il faut que je vous dise que mon prédécesseur, en l?occurrence Paul Bérenger organisait souvent des réunions à son bureau avec des membres du VOH. Ce que je ne fais jamais.

● <B>Les politiciens aiment donner de l?importance à ces orga-nisations sectaires. Pourquoi ? </B>

C?est vous qui utilisez le terme sectaire mais moi je pense qu?il est important de ne pas se fermer à des gens. La meilleure façon de réunir des gens et de changer les choses est dans le dialogue. Cela dit, je suis convaincu que les choses vont changer avec le temps. Comme disait François Mitterand, donnons du temps au temps.

● <B>Et entre temps, vous jouez le jeu ?</B>

(Rires...) Je ne joue pas le jeu mais disons qu?il y a certaines invitations que je ne peux pas refuser parce que sinon, c?est mal interprété. Ce n?est pas une situation facile.

● <B>Parlons politique. Après votre coup d?éclat avec Madan Dulloo, on pensait ? et certains espéraient ? que vous alliez peut-être faire la même chose avec Anil Bachoo. Ce qui s?applique à Dulloo ne s?applique pas à Bachoo ?</B>

Les mêmes principes s?appliquent à tout le monde. Mais je n?ai pas vu Bachoo se désolidariser de l?action du gouvernement.

● <B>Vous n?allez clairement pas en dire plus ! On parle de remaniement depuis plus d?un an. Pourquoi cela prend-il autant de temps ?</B>

Cela viendra en temps et lieu. Si vous lisez l?autobiographie de Harold Wilson, il vous explique comment faire un remaniement est l?une des choses les plus difficiles qu?il ait eu à faire. Maintenant imaginez quand c?est un petit pays comme Maurice ? c?est pire. La deuxième raison est qu?il y a des projets de lois très importants qui ont été travaillés par les ministres actuels et qui n?ont pas encore été présentés à l?Assemblée nationale. Je ne pense pas que ce serait juste de le faire toute suite.

● <B>Donc il n?y aura pas de remaniement ?</B>

Il y en aura mais en temps et lieu.

<I>Soit nous nous mettons d?accord sur le fait qu?un PM n?assiste pas aux fonctions religieuses (...) Mais comme mes prédécesseurs l?ont fait, je ne peux pas me permettre de refuser toutes les invitations.</I>

● <B> Et vous savez que vos ministres attendent le remaniement ?</B>

Les ministres ont peur du remaniement. Les députés attendent. Mais je suis en train de voir la situation en termes de ce qui est mieux pour le pays. Un remaniement est une bonne chose parce que c?est bien que d?autres personnes apportent un nouveau souffle à certains dossiers. Je le ferai, mais en temps et lieu.

● <B>Deux personnes qui étaient proches de vous ? Dinesh Ramjuttun et Madan Dulloo ? vous ont quitté et ils ne sont pas très tendres envers vous. Que leur avez-vous fait ?</B>

D?abord c?est une exagération de dire qu?ils étaient proches de moi. Mais j?imagine qu?ils ne veulent pas raconter les vraies raisons de leur départ. Vous savez qu?on leur avait promis la lune, n?est-ce pas ? Les deux pensaient qu?ils pouvaient se présenter comme Premier ministre.

● <B>C?est Bérenger ?</B>

C?est la raison pour laquelle je dis que Bérenger est un magouilleur. Vous savez je peux nommer 24 ministres et j?ai toujours essayé d?en nommer moins que ça. Cela n?est pas nécessairement quelque chose que les députés accueillent avec joie. Et chacun pense qu?il peut mieux faire qu?un ministre et que ce poste devrait lui revenir. Et Bérenger joue là-dessus et veut essayer de changer une majorité qui a été élue démocratiquement. Au lieu de magouiller, il devrait attendre son tour.

Bérenger ne peut pas magouiller seul ! Clairement ses «magouilles» intéressent vos députés !</B>

Oui mais il faut voir les propositions qu?il leur fait ! Toutes sortes de propositions les unes les plus farfelues que les autres. Je sais très bien ce qui se passe.

● <B>On peut aussi vous reprocher ce que vous reprochez à Bérenger ! Vous lui avez pris Bachoo, Choonee et d?autres...</B>

Il y a une différence fondamentale. Nous étions presque en campagne électorale.

● <B> On vous accuse souvent d?être intolérant par rapport à la presse et de vouloir la bâillonner. Vous reconnaissez-vous dans cette description ? </B>

C?est une fausseté. Tout ce que je demande c?est d?être responsable, de vérifier ses informations et de ne pas balancer n?importe quoi à l?antenne ou écrire n?importe quoi. Tout le monde semble oublier que c?était sous mon gouvernement que nous avons préparé et voté la loi pour la libéralisation des ondes. Et on dit que je veux museler la presse ? C?est un non-sens.

<I>«Les ministres ont peur du remaniement. Les députés attendent. Mais je suis en train de voir la situation en termes de ce qui est mieux pour le pays.»</I>

● <B>Vous avez l?impression que la presse vous est hostile ?</B>

Disons que je sens une certaine injustice dans la façon dont on me traite. Mais bon, il faut vivre avec.

● <B>Vous pensez que la presse vous est plus injuste qu?elle ne l?était avec vos prédécesseurs ?</B>

Cela dépend du parti avec qui l?on est en alliance. Quand SAJ ou moi-même étions en alliance avec le MMM, tout allait bien mais une fois Bérenger révoqué, c?est une autre paire de manches. Même Harish Boodhoo était l?homme de l?année quand il contestait SSR mais quand il va avec Jugnauth, il devient le pire sectaire qui puisse exister.

● <B>Donc vous pensez que la seule façon de vous réhabiliter auprès de la presse est de conclure une alliance avec le MMM ? </B>

J?imagine. (Rires...) Mais ce n?est pas pour autant que je vais le faire !

● <B>Excellent ? vous avez répondu à la question que j?allais vous poser ! Le jeu d?alliances a-t-il commencé ?</B>

Les élections sont prévues en 2010. Si Bérenger veut continuer d?essayer de déstabiliser le gouvernement, c?est son problème. Moi, j?ai un travail à faire.

● <B>Et les alliances ne vous intéressent pas ?</B>

Pas pour le moment. Ecoutez, il faut être réaliste ? tout Premier ministre voudrait rester au pouvoir. Mais pas à n?importe quel prix.

● <B>Et quel est ce prix que vous ne paierez pas ?</B>

Le même prix que je n?ai pas payé dans le passé. Les choses n?ont pas changé dans ce sens.

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