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«Je n?ai jamais connu d?élections sans publicité négative»

23 octobre 2004, 20:00

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<B>Les élections aux Etats-Unis nous ont permis de voir une puissante machine de communication en marche. Quel est votre avis sur le déroulement de la campagne ? </B>

  • Cette campagne a été très compliquée pour les deux candidats. Il y a eu beaucoup de communication et de dépenses. Internet a aussi été un gros outil de communication qui a mobilisé beaucoup de bénévoles. Il suffisait d?avoir un site web et une mailing list et cela a contribué à cette grosse campagne. C?est, je pense, la grosse innovation dans ces élections. Chaque campagne électorale devient de plus en plus sophistiquée. Mais l?électeur attend des messages et les candidats doivent en transmettre. Cela implique une communication très soutenue.

<B>Que pensez-vous de l?utilisation de spots télévisés pour vanter les mérites et révéler les défauts des uns et des autres ? </B>

  • L?électeur américain y est habitué. Mais, on s?attend à entendre des choses sur la guerre en Irak, par exemple. En ce qui concerne les publicités négatives, nous y sommes habitués. Je ne me souviens d?une élection où ce procédé n?a pas été utilisé. Mais je n?apprécie pas cette manière de faire.

<B>Que pensez-vous des trois débats présidentiels télévisés? </B>

  • Je n?en ai vu que deux. Le premier était doublé en français et je l?ai vu à l?ambassade américaine au Togo. Je venais tout juste d?arriver. J?ai trouvé très intéressant que les Togolais aient les mêmes réactions et se posent les mêmes questions que les citoyens américains. Le premier sondage donnait au sénateur Kerry, une petite avance.

Dans l?autre débat que j?ai vu, le président Bush s?appuyait sur le desk et cela donnait l?impression qu?il était voûté. Kerry semblait plus calme et plus sûr de lui. Malheureusement, je n?ai pas vu le dernier débat. J?ai trouvé très intéressant de suivre les débats au Togo. Cela m?a permis de discuter avec des journalistes et des officiels à l?ambassade et d?échanger nos points de vue. Ils étaient très surpris qu?après la bataille verbale, les familles des deux candidats soient montées sur la scène pour féliciter les candidats. Ils ont aussi été très polis et respectueux entre eux. Ils se saluaient. Pour les citoyens américains, cette courtoisie est très importante.

<B>Depuis le 11 septembre 2001, les médias américains ont eu à traiter de nombreux sujets délicats. Il leur a été reproché de s?autocensurer. En avez-vous entendu parler ? </B>

  • Toutes les organisations de presse le font. Ce sont les affaires qui l?exigent. Le public américain le sait très bien. Mais les Américains ont énormément de sources pour les informations. Récemment, on a d?ailleurs parlé des élections en Afghanistan. Des soldats en poste en Afghanistan ont même témoigné. Il y a énormément d?informations qui circulent. Même si l?un ne donne pas une information, un autre le fera. Internet est une source incontournable. Une personne peut lire un article, l?envoyer par email à une autre personne ou envoyer l?adresse du site. L?information estdisponible en continu à la télévision, à la radio, à travers les journaux et les sites Internet.

Des citoyens ont écrit au département de la défense pour leur demander d?ôter aux soldats le droit de témoigner. Un porte-parole de ce département a alors expliqué qu?ils avaient le droit de s?exprimer car la constitution américaine protège la liberté d?expression.

<B>Le cinéma agit en tant que catalyseur dans l?américanisation des différentes cultures à travers le monde. Qu?est-ce qui plaît autant ? </B>

  • Le sentiment de liberté. Cela seressent dans les films. Ce n?est pas la culture de la consommation. C?est la liberté d?esprit. Les Etats-Unis ne sont pas parfaits. Mais nous sommes un peuple d?immigrés arrivés par bateau, par avion. Un peuple qui vient du monde entier. C?est la raison pour laquelle je me sens aussi bien à Maurice. J?ai l?impression d?être près de chez moi à Boston ou près de l?école de mon fils. La ville de New York ressemble à Maurice. On s?y sent bien. Les gens sont gentils. On y trouve différentes cultures, différentes religions et différentes langues.

Personne n?est vraiment un étranger car nous sommes, tous, quelque part des immigrés. D?autre part, dans d?autres pays, ils font très attention à la classe sociale. Aux Etats-Unis, on aime penser que tout le monde fait partie de la classe moyenne. Le message est : si on travaille dur, on peut y arriver.

<B>Les stars américaines prennent position sur des questions d?actualité et apportent leur soutien aux candidats à la présidence. Arrivent-ils vraiment à influencer les votes ? </B>

  • Je ne me souviens pas d?une élection où des stars n?ont pas été présentes. Ils sont aussi des citoyens qui ont les mêmes droits que les autres. Ils ont leurs opinions. Mais je pense que les stars veulent surtout une chose : que les gens votent. C?est une très bonne chose.

<B>Comme Leonardo DiCaprio qui a réussi à convaincre quelques-uns de ses amis stars à faire des spots télévisés pour encourager les jeunes à voter?</B>

  • C?est très important car de nombreux jeunes électeurs ne votent pas. Je pense qu?en tant que citoyen, il faut voter. Néanmoins, c?est aussi leur droit de ne pas voter.

<B>Qu?est-ce qui fait une campagne de communication parfaite lors des présidentielles ? </B>

  • D?un point de vue idéaliste, ce serait une campagne qui parlerait des choses qui touchent directement les Américains. Les campagnes négatives font partie des habitudes mais je pense que c?est plutôt une perte de temps. Un temps qui aurait pu être utilisé à de meilleures fins. Ces spots négatifs dérangent et n?aident en rien la nation. Je ne vois pas comment ils peuvent aider dans une campagne.

Il faut engager le dialogue avec lesélecteurs. Mais de toute ma vie, je n?ai jamais connu d?élections sans publicité négative.

<B>Vous avez animé un atelier à la Mauritius Film Development Corporation. Comment cela s?est-il passé ? </B>

  • Très bien ! J?ai rencontré les réalisateurs et Selven Naidu qui ont été très dynamiques. Ils ont plein d?idées. Il y a beaucoup de créativité. J?ai vu au Canada comment l?installation de studio a créé plein d?emplois. Franchement, j?adore les films américains. Mais ils manquent un peu de créativité. J?espère qu?il y aura des festivals cinématographiques ainsi qu?une industrie du film à Maurice.

<B>Une ancienne prof de Harvard</B>

Le Dr Mimi Goss est la directrice de Mimi Goss Communications. Cette consultante en communication est aussi formatrice pourle compte des médias. Cette ancienne journaliste a aussienseigné à l?université de Harvard. Ses clients et ses étudiants sont des chefs d?Etat, des diplomates, des politiciens, des militaires, des directeurs et des journalistes entre autres. Elle détient un Ph.D en film, psychologie et culture et un M.S. en journalisme. Elle a enseigné aux côtés du conseiller à la Maison Blanche, David Gergen sur The Arts of Communication. Elle a aussi été chargée du cours Nationalism and national Identity : An Exploration through Film.

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