Publicité
«Il faut aller au-delà du conservatisme»
Par
Partager cet article
«Il faut aller au-delà du conservatisme»
par Thierry CHATEAU
● Comment s?articule la campagne de promotion de la destination touristique mauricienne en 2006 ?
Depuis janvier nous avons décidé, conformément aux directives du ministre du Tourisme, Xavier Duval, d?avoir des réunions de concertation sur l?accès aérien, la promotion et l?attractivité de la destination avec un objectif clair, c?est-à-dire atteindre un taux d?augmentation des arrivées de 10 %, en 2006. Il est bon de rappeler que les avions ont atterri en grand nombre, grâce aux décisions fortes prises en décembre. Elles ont été suivies, sur l?Europe, par des actions de promotion conduites par la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), Air Mauritius, et les opérateurs du privé. Il y a eu un nouveau dynamisme avec Air Mauritius en Italie, en Afrique du Sud. L?optimisme avait atteint des sommets lors des Assises du tourisme, les 9 et 10 février. La destination avait lancé des signaux forts.
● Tout était bien donc engagé jusqu?à la crise du chikungunya?
Cette affaire a pris de l?ampleur avec la médiatisation extrême dont la maladie a fait l?objet à la Réunion. Dans une dynamique touristique, on ne peut pas fonctionner isolément. On l?a vu avec le tsunami de décembre 2004, on le voit avec le chikungunya. La médiatisation extrême a démontré la fragilité du tourisme. Le thème de la sécurité sanitaire au niveau de l?océan Indien a surgi au premier plan, comme jamais auparavant. Et c?est notre marché de base, la France, qui a été la cible. On en a souffert. La France est un marché déterminant qui est une référence par rapport aux autres marchés.
● Que s?est-il passé concrètement lorsque la crise du chikungunya a surgi ?
Dès fin février, il y a eu un premier réflexe, en France : les groupes ont annulé leur arrivée. Puis le touriste individuel a commencé à ne plus réserver et cette tendance s?est accentuée. En Italie, en Grande-Bretagne, le message était moins direct et a eu moins d?effet.
Le ministère du Tourisme a mis en place un plan de communication. Puis il y a eu la visite du directeur de l?Organisation mondiale de la santé qui a situé le problème de façon plus réaliste.
● Il y a eu une perception que l?on voulait masquer les chiffres de la maladie pour ne pas fragiliser encore plus le secteur touristique?
Je crois que ce n?est pas vrai. Il a fallu faire comprendre aux uns et aux autres la nécessité d?agir et d?agir vite. Et cela a été le cas. Maurice est une démocratie et nous avons réussi à exposer cette image et, bien plus, celle d?un pays responsable qui sait se prendre en charge sur des questions de sécurité sanitaire.
Les tour-opérateurs étrangers ont donc reçu ce message. Il faut dire qu?il y a toujours eu un contrat de confiance entre eux et nous. Ils n?ont jamais été dupés et c?est ce qui explique le taux de satisfaction élevé de Maurice qui n?a jamais été ébranlé.
Maintenant, le travail consiste à retourner vers ces professionnels et à rassurer le grand public en utilisant des locomotives de vente comme la chanteuse Lara Fabian ou l?Opéra de Paris qui se produiront bientôt à Maurice. La destination doit continuer à être présente.
«Le travail consiste à retourner vers ces professionnels et à rassurer le grand public en utilisant des locomotives de vente comme la chanteuse Lara Fabian ou l?Opéra de Paris.»
● À quel moment a-t-il été décidé de se lancer dans une campagne de promotion intense en France ?
C?est une opération exceptionnelle.
Elle se déroule sur trois grands axes en même temps et sur deux mois, ce qui est court. Nous étions déjà mobilisés après les Assises du tourisme et le Salon du tourisme de Milan, en Italie. Avec l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (Ahrim), Air Mauritius, et avec l?implication permanente de Xavier Duval, nous avons cherché à maîtriser les énergies. Un plan a été élaboré avec plusieurs scénarios et dès les premières nouvelles, il y a eu un contact régulier entre les différents partenaires, pratiquement tous les jours. Il y a eu une diffusion de l?information.
● La campagne en France reprend-elle les classiques de la promotion ?
Non, car il faut surtout redonner confiance, rétablir la notion de normalité. Déjà, le cercle des célébrités françaises, qui a adopté Maurice et en est l?ambassadeur, s?élargit. Cela démontre notre avantage sur les autres destinations.
Cela dit, il y a une présence dans les télévisions françaises avec, par exemple, neuf émissions sur M6. C?est exceptionnel. Maurice est sur Les enfants de la télé, sur TFI, sur France2 avec Sophie Davant et dans 670 spots. C?est aussi exceptionnel. Maurice sera sur les rames de métro. Exceptionnel encore. Enfin, la MTPA participera pour la première fois avec Air Mauritius à Longchamp (NdlR : à des événements hippiques en France).
● Les budgets ne vont-ils pas exploser ?
Nous avons arrêté certaines promotions pour nous redéployer sur ces activités, en mai et juin, tout cela en concertation avec tous les partenaires.
● Le partenariat entre la MTPA et les opérateurs fonctionne-t-il à plein régime ?
Oui, c?est toujours le cas, malgré les critiques que l?on peut entendre. En fait, il est normal d?avoir des critiques. Elles proviennent du souci de s?améliorer.
● Avez-vous déjà évalué les effets de cette campagne ?
C?est un exercice sur le long terme qui a un volet psychologique important. Il faut rassurer, regagner la confiance des Français. Maurice est une destination privilégiée pour les familles. Elle a été élue comme destination préférée des Français pendant deux années d?affilée.
Je suis donc confiant que nous allons redresser la barre (NdlR : -37 % en mars et ?5 % pour le premier trimestre pour la France), mais cela se fera sur la période étalée entre juillet et octobre car pour le moment nous entrons dans la basse saison.
En fait, nous faisons un mélange de plan de relance et de plan pour la basse saison. Mon souci principal ce sont les groupes. Il y a des hésitations. Mais je rencontre, la semaine prochaine, le président de l?Association des agents conseils en événementiel après une tournée à Longchamp et un séjour total de quatre jours en France.
«Maurice est une destination privilégiée. Elle a été élue comme destination préférée des Français pendant deux années d?affilée.»
● Pensez-vous que la destination va atteindre ses objectifs de croissance en 2006 ?
L?année sera plus difficile que prévu et il y aura des tensions. Mais nous allons rattraper notre retard, j?en suis sûr. Il y a, par exemple, des plans de croissance qui ont été établis avec le groupe TUI et la compagnie aérienne Corsair. Sur la Grande-Bretagne, l?Italie, l?Inde, il y a de gros progrès?
● La crise du chikungunya a démontré qu?il fallait plus diversifier les marchés?
Nous savons qu?il ne faut pas dépendre d?un seul marché, Xavier Duval l?a dit de manière forte. Mais lorsque nous allons faire la promotion ailleurs, il nous faut investir de façon à obtenir des résultats.
● La France va-t-elle rester notre grenier à touristes ?
C?est notre marché de base. Mais il nous faut aussi développer les marchés périphériques, le créneau des jets privés ou encore des marchés irréguliers mais qui répondent à des demandes, comme l?Espagne. Bref, il faut de la souplesse.
● Comment se fait la restructuration annoncée à la MTPA ?
Il y a une politique réaliste pour investir sur les marchés porteurs comme l?Italie, l?Inde, l?Afrique du Sud. Nous allons par exemple rouvrir un bureau en Afrique du Sud. La restructuration ? C?est dans l?air. Il y aura une modernisation et du recrutement, moins de lourdeurs et plus d?efficacité. Une nouvelle approche?
● Le budget sera-t-il augmenté ?
Nous avons fait une demande réaliste qui tient compte des contraintes du gouvernement.
● Deux millions de touristes par an, est-ce possible ?
Il y a quelques années, personne n?aurait cru qu?il y aurait eu une ouverture de l?accès aérien. Les choses peuvent donc changer. Il faut aller au-delà de l?imaginaire. Le tourisme, c?est imaginer le rêve. Quand Sol Kerzner a créé Sun City, personne n?y croyait?
Il faut aussi aller au-delà du conservatisme, sans perdre les qualités de Maurice et des Mauriciens. Il faut surtout continuer à aménager les espaces publics, à faire des lois qui protègent plus qu?elles ne punissent et à inclure un maximum de gens, comme les artistes, dans le développement touristique.
Publicité
Publicité
Les plus récents