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«Heureusement pour vous, l?Inde n?est pas francophone !»
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«Heureusement pour vous, l?Inde n?est pas francophone !»
● Quel est le rôle du chef de la mission économique de France à Maurice ?
Ce n?est pas une spécificité française à Maurice - le rôle est le même dans toutes les missions économiques à travers le monde. D?abord, contrairement aux ambassades, nous ne dépendons pas du ministère des Affaires étrangères mais du ministère de l?Economie, des Finances et de l?Emploi. Nous avons pour mission d?aider les entreprises françaises à exporter, à investir, à se mettre en partenariat avec des entreprises locales et à transférer leur savoir-faire. Nous avons également pour mission, entre autres, d?essayer de trouver des solutions aux problèmes que ces entreprises rencontrent dans le pays. Nous avons un pouvoir de persuasion et de pression mais qui a quand même ses limites.
● Vous faites aussi du lobby ?
Oui certainement parce que le «lobbysme» c?est avoir un rôle de promoteur, de démarcheur, mais sans que ce soit péjoratif. Par exemple, quand Airbus essayait de vendre ses avions à Air Mauritius, j?ai évidemment vanté toutes les vertus d?Airbus auprès du gouvernement !
● Et le côté lobby a été séparé de l?ambassade pour ne pas l?embarrasser ?
Non, pas du tout. L?ambassadeur fait aussi du lobby mais de manière différente. Il n?y a pas de tabou et le lobby n?est pas péjoratif. C?est vrai qu?avant on disait que l?ambassadeur ne devrait pas toucher à certaines choses mais c?est un temps révolu. Tous les pays essayent de défendre leurs intérêts. (Rires?) Même les visites de chefs d?Etat sont devenues de nos jours des visites d?agents de commerce !
● Quels sont donc ces intérêts économiques de la France à Maurice ?
Ce sont les intérêts des entreprises françaises qui se sont implantées ici pour différentes raisons. La France est le plus gros investisseur étranger à Maurice. Je suis en train de parler de la somme totale des investissements étrangers ces dix dernières années par exemple. Et ceci en dépit d?une recrudescence d?agressivité, tout à fait saine, d?investisseurs des pays émergents, que ce soit la Chine , l?Inde ou l?Afrique du Sud.
● Pourquoi des entreprises françaises investissent-elles à Maurice ?
Dans la région, Maurice a le meilleur environnement des affaires, à l?exception de l?Afrique du Sud peut-être. Les éléments importants sont principalement que le pays est un Etat de droit, que le système judiciaire est indépendant du gouvernement et qu?il y a la convertibilité et la transférabilité de la monnaie locale. Pour la France, un autre élément est important par rapport à d?autres pays de la zone ? c?est que la francophonie est présente.
● Cela joue tant que ça?
Cela joue. Sur une échelle de zéro à 100, cela peut compter pour cinq ou pour dixmais c?est peut-être ce cinq ou ce dix qui fera la différence par rapport aux autres pays. Par exemple, pour des entreprises françaises qui viennent à Maurice comme centres d?appels et d?externalisation, il est évident que le fait que Maurice soit un pays francophone est déterminant. Sinon, il est clair que Maurice n?aurait pas eu de chance face à l?Inde, que ce soit en termes de coûts ou de personnel. Heureusement pour vous, et malheureusement pour la France, l?Inde, parce qu?elle n?est pas francophone, n?intéresse pas les Français autant qu?elle peut intéresser les Anglo-Saxons.
● Le fait que Maurice soit francophone est donc la seule raison qui fait que des entreprises françaises investissent dans le secteur des TIC ?
Principalement. Mais c?est aussi parce qu?il y a une volonté de développer ce secteur à Maurice et parce qu?il y a une liaison par fibre optique ? le câble sous-marin SAFE ? même si les coûts de communication restent très chers. Mais ceci était en partie compensé jusqu?à récemment par le fait que le coût de la main-d??uvre était bon marché mais cela aussi commence à changer. Si les coûts salariaux deviennent égaux à ceux pratiqués en France, cela ne vaudra plus la peine de délocaliser à Maurice.
● Que pensez-vous de l?investissement raté à St Felix ?
Voilà justement un exemple intéressant d?une entreprise qui sollicite l?aide de la mission économique après coup. Bien entendu, tant qu?elle n?avait pas de problèmes, on ne la connaissait pas. Elle a pris contact avec nous et voilà. Nous essayons de comprendre.
● Ce genre d?incident risque-t-il de faire du tort à Maurice ?
Il faudrait d?abord en savoir la raison. Si l?investisseur étranger a eu un comportement non conforme à l?éthique, c?est lui qui s?expose à des risques. Dans ce cas précis, on ne peut rien, même si nous allons essayer. Mais si cela ne marche pas, ce n?est pas pour autant que cela va envenimer nos relations. Si l?investisseur a tout fait selon les règles et que la décision ? ou le changement de décision ? résulte de considérations d?ordre divers et varié, là on peut dire que ce n?est pas normal. Et si cela se répète trois ou quatre fois, on dit attention, carton orange ou carton rouge. Il faut faire attention car, à Maurice, le Board of Investment (BOI) fait la promotion de l?investissement étranger en utilisant des argumentaires solides et en étant très professionnel. Cela marche tellement bien que cela attire des investisseurs mais une fois que ces derniers sont sur place, il faut savoir les traiter conformément à ce qu?on leur a annoncé.
● Il y a eu des précédents pendant ces cinq années que vous avez passées ici ?
Pas de ce genre mais il y a eu des cas différents résultant d?une logique peut-être un peu similaire. Il ne s?agissait pas de mêmes types des projets mais de projets résultant d?appels d?offres. Quand les procédures ne sont pas respectées dans des appels d?offres publics pour une centrale de traitement des eaux usées par exemple, ce n?est pas correct.
● Dans ce cas précis, il semble que le lobby indien était plus fort que le lobby français ?
(Sourire?) Ce qui est extraordinaire c?est que ce n?est même pas l?Inde qui a remporté le contrat. Il y a bien sûr eu des pressions indiennes mais finalement c?est un Italien qui avait été éliminé au préalable qui a remporté le contrat ! Disons que c?est l?illustration de tout ce qu?il ne faut pas faire.
● Mais les appels d?offres ne devraient pas être sujets à des lobbys ?
Non, ils ne devraient pas. Des procédures d?appel d?offres sont déterminées par le code des marchés publics. Les bailleurs de fonds internationaux exigent aujourd?hui que les pays récipiendaires de financement d?aides aux projets aient un code de marché public. D?ailleurs vous avez voté le Procurement Bill mais il n?est pas encore appliqué.
● Le gouvernement semble penser que l?environnement des affaires s?est sensiblement amélioré à Maurice. Partagez-vous cet avis ?
Oui. L?environnement des affaires était bon mais ce qui s?est amélioré c?est la procédure d?accompagnement des investisseurs étrangers, donc le BOI.
● Dans quelle mesure ce qui se passe au niveau politique peut-il influer sur l?investissement étranger ? Je pense ici au récent conflit entre le secteur privé et le gouvernement.
Ça peut influer, oui. Lorsque, par exemple, on constate un durcissement du ton par rapport à une relation qui était par ailleurs citée comme un modèle, cela influe sur le secteur économique et se répercute sur les investissements étrangers. L?investisseur étranger est une personne prête à prendre un risque dans un pays étranger. Avant, il va analyser la situation qui prévaut localement. Cela dit, je suis content de voir qu?il y a eu une amélioration dans les relations. Je ne suis pas mauricien mais je suis là depuis cinq ans et je dois dire qu?à Maurice on retombe toujours sur ses pieds et que le bon sens triomphe.
● Dans ce même contexte, on parle souvent des complexités et des non-dits. Avec la démocratisation de l?économie et les interprétations que lui donnent certains, y a-t-il un risque pour nous?
La démocratisation de l?économie n?a pas un impact négatif. C?est une décision sage qui, même, s?impose. Il faut ouvrir l?économie mauricienne à des nouveaux acteurs au-delà des opérateurs traditionnels. Sans connotation aucune.
● Il y a forcément des connotations quand on en parle ici.
Je ne partage pas ce point de vue. Quand on me parle de démocratisation, je dis oui parce que si un pays veut se développer, s?il veut s?ouvrir, il faut qu?il donne la possibilité à d?autres acteurs économiques de prendre des risques et de prospérer. Maintenant on me dit que cela vise les Franco-Mauriciens. Je regrette mais quand je regarde la liste des 100 premières compagnies à Maurice, je vois Air Mauritius, CMT, Currimjee, Kalachand, BAI et d?autres compagnies parapubliques. Ce ne sont pas des compagnies franco-mauriciennes. Même si c?est vrai que proportionnellement aux composantes de la population mauricienne, il y en a beaucoup. Et c?est aussi vrai qu?il faut ouvrir aux autres.
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