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«Faisons peur aux pédophiles»

9 juillet 2005, 00:00

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Quelle est la définition de la pédophilie ?

La pédophilie, c?est l?abus sexuel sur les enfants. Cela peut être un baiser amoureux sur un enfant de deux ans qui peut faire autant de dégâts qu?un attouchement sur une fillette de 12 ans ou un viol sur une adulte. Qui dit pédophilie dit aussi inceste. Nous associons toujours les deux mots puisque dans 70 % des cas de pédophilie au moins, c?est un proche qui est l?abuseur. Pas forcément le papa, cela peut aussi être un grand-père, un aîné, un oncle?.

Vous avez beaucoup de cas de mères qui ont abusé de leurs enfants ?

En général, il y a moins de femmes abuseurs comme il y a moins de cas sur des garçons. Mais cela arrive. Ce sont généralement les filles qui sont victimes mais cela arrive aussi aux garçons et les conséquences sur les garçons sont tout aussi terribles.

Mais on arrive difficilement à savoir où cela se passe n?est-ce pas ?

On ne sait pas parce qu?il y a un silence qui entoure la pédophilie. Légalement la présomption est que l?enfant n?est jamais consentant avant l?age de la maturité sexuelle. On ne peut pas plaider et dire l?enfant n?a pas dit non. Il ne peut pas dire non, il ne sait pas ce qui lui arrive, car il est soumis à quelqu?un qui a de l?autorité sur lui, que ce soit un père, un frère, un oncle ou un proche de la famille qui va le menacer et lui faire porter la responsabilité de cet acte. Cela déstructure complètement tout son développement par rapport à sa sexualité, par rapport à ses relations avec les autres parce qu?il y a une dévalorisation de sa personnalité qui conduit aussi à des extrêmes. Les victimes d?inceste et de pédophilie ont très souvent des comportements addictifs ? drogue, alcoolisme, mais aussi des conduites suicidaires et sont exposées à la prostitution.

Comment peut-on stopper la pédophilie si on ne sait pas où elle se pratique ?

A Maurice, il y a déjà des efforts qui ont été faits au niveau des procédures où Pédostop peut intervenir et prendre en charge le travail d?information et de soutien des victimes et de leurs proches. Nous leur offrons un espace pour parler, pour s?exprimer. C?est le silence qui tue à petit feu la victime de l?inceste et de pédophilie, elle est enfermée dans son silence, dans sa honte. Il faut que quelqu?un dise à la victime, «c?est lui le fou, c?est lui qu?il faut enfermer, toi tu n?as rien fait, tu n?es pas responsable».

Et l?enfant ne le sait pas ça ?

Non et le problème c?est que la pédophilie est le crime parfait. C?est l?horreur. Le mécanisme de défense de l?enfant est de minimiser et nier pour pouvoir supporter. Il devient un survivant. Il se dit que ce n?est pas grave.

«Nous leur offrons un espace pour parler, pour s?exprimer. C?est lesilence qui tue à petit feu la victime de l?inceste et de la pédophilie. Elle est enfermée dans son silence, dans sa honte.»

La victime de pédophilie parle plus facilement quand elle devient adulte ?

C?est souvent à l?âge adulte, longtemps après les abus, qu?à un moment quelque chose se passe et les victimes décident d?en parler. Il faut donner la parole aux victimes pour leur permettre de se réparer, de revivre, de se réconcilier avec elles, avec la vie. Il y a un besoin de reconstruction de la personne et cette reconstruction passe par la parole. Il y avait un cas en France où une fillette avait été abusée par son beau-père, la mère l?a su le matin même et elles sont allées à la police et il a fait un an de prison tout de suite. Cette enfant n?a aucune séquelle. Parce qu?elle a su immédiatement que c?était ce mec qui était dingue, que c?est lui qui était coupable et qu?elle n?avait aucune responsabilité.

Mais dans ce cas, la mère a pris le parti de sa fille. Ce n?est pas toujours le cas?

Oui. Le problème est que souvent les mères protègent l?agresseur quand il s?agit du père parce que financièrement elles ne sont pas autonomes, parce qu?elles ont peur, parce qu?elles-mêmes subissent des viols et des violences. On protège l?agresseur parce qu?on a peur. Et c?est vrai dans tous les milieux, il faut le dire et le marteler. Dans les milieux bourgeois, le silence agit différemment. Il y a la peur pour la réputation familiale, pour le scandale social.

Comment, pourquoi devient-on pédophile ?

(Hésitations?) C?est une perversion sexuelle. écoutez, il y a beaucoup de réponses. On devient pédophile parce qu?on a parfois soi-même été perverti dans des choses qu?on a vues, parce qu?on a été exposé à des choses qu?on n?aurait pas dû voir ou subir, parfois par manque d?éducation. Quand il n?y a pas de limites posées, il n?y a pas d?interdit. Le pédophile est souvent une personne qui récidive.

Est-ce que l?agresseur sait que ses pensées, ses actes sont répréhensibles ?

Pas forcément. Et au moment où il le fait, il est sous une pulsion très forte. Et si les limites n?ont pas été posées dans la structure mentale de l?individu, tous les dérapages sont possibles.

Il n?y a pas de démarcation entre la notion du bien et du mal ?

Il n?y en a pas et il faut que la limite soit imposée par la société en termes de valeurs. Il y a aussi une érotisation des enfants.

Le cas récent que l?on a eu ; beaucoup ne comprennent pas et se posent la question : un adolescent de 14 ans et un jeune de 19 ans violent un bébé presque. C?est jouissif ça ?

(Hésitations?) Il faut le leur demander. Je ne peux pas vous répondre.

Pensez-vous que ce soit la violence ?

Il y a le défoulement sexuel je suppose. Je ne suis pas dans le mental d?un pédophile.

Car on ne peut pas avoir de désir sexuel pour un enfant de deux ans...

Ah, si. Pour le pédophile, oui. Il fonctionne comme ça. Il se dit « j?ai envie de cette enfant. »

«On devient pédophile parce qu?on a parfois soi-même été perverti dans des choses qu?on a vues, parce qu?on a été exposé à des choses qu?on n?aurait pas dû voir ou subir, parfois par manque d?éducation.»

Quand on voit les photos de ces violeurs, ils ont l?air effrayé. Cela voudrait-il dire qu?ils savent qu?ils ont mal agi ?

Pas forcément. Dans ce cas précis, il y a une grande colère autour de ce crime. Mais pour parler plus généralement, les pédophiles ont un schéma mental assez particulier. Le pédophile a peur du scandale, de la répression. Mais entre la peur qu?il a et le sentiment de culpabilité, il y a une grosse différence. C?est pourquoi il faut qu?ils soient suivis psychologiquement en même temps que soit appliquée une répression pénale.

Ces enfants qui ont été des victimes, grandissent-ils avec une haine pour le père ou la mère ?

Pas forcément parce qu?ils ont perdu tous leurs repères. Si un enfant est abusé par son père ? la personne qui est censée le structurer mentalement ? lui montrer les limites de ce qui est permis, le protéger. Quand le père abuse de son enfant, ses repères sont complètement brouillés mais l?amour est là. C?est cela qui est terrible. Un jour il y aura une colère mais l?enfant aura tendance à retourner la colère contre lui par un acte destructeur ? drogue, suicide. Tout est brouillé. Si l?abus est fait par un étranger, il y a le rejet, la haine?

Et envoyer comme dans ce cas, par exemple, deux jeunes en prison, est-ce la solution ?

Cette enfant est morte. Si elle n?était pas morte, et avait juste subi les abus sans suite mortelle, on n?aurait jamais su. Si un enfant subit des attouchements, c?est invisible, un attouchement. Une fellation, ça ne laisse pas de trace mais c?est tout aussi violent psychologiquement pour un enfant.

Il faut que ce crime soit symboliquement puni.

On parle de prévention. Mais comment prévenir ?

Information, communication. Plus on va parler de la pédophilie, de l?inceste et des abus sexuels et plus on va déranger les abuseurs, les empêcher d?agir. On va aussi apprendre aux enfants que leur corps leur appartient, que les adultes n?ont pas le droit à certains actes. La seule chose qui fonctionne chez les abuseurs, c?est la peur. Eh bien, faisons-leur peur. Parce que malheureusement dans la majorité des cas, la culpabilité ne fonctionne pas, ce sont des gens qui n?avouent pas leur crime.

La pédophilie est toujours un sujet tabou à Maurice ?

Tabou oui, mais les Mauriciens réagissent, ils sont choqués, ils sont concernés puisque le crime est d?une telle violence. Il n?y a qu?à voir la colère des habitants de Mahébourg mais ce n?est pas par la colère qu?on va régler les choses.

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