Publicité
«Dans le malheur, la religion ou la couleur ne compte pas»
Par
Partager cet article
«Dans le malheur, la religion ou la couleur ne compte pas»
● Quelle est la situation au Sri Lanka après le passage du tsunami ?
Absolument désolante. C?est terrible. Trois quarts des côtes du Sri Lanka ont été affectées par le tsunami, soit une superficie de 900 km carrés à peu près. Selon les chiffres officiels, il y a eu 31 500 morts, 80 000 personnes ont été déplacées et 200 000 maisons et 60 écoles détruites. Quelques hôpitaux ont aussi été en partie endommagés et tout leur stock de médicaments emportés par les marées. Le réseau ferroviaire est à 90 % détruit. Il en est de même pour les routes où des ponts se sont écroulés alors que toute une communauté de pêcheurs a été anéantie.
Le gouvernement sri lankais, avec l?aide de tous les partis politiques du pays, le secteur privé, les ONG, la police et les forces armées ont tous retroussé leurs manches et font leur possible pour qu?il y ait un tant soit peu de normalité très vite. Mais il nous faudra des années pour reconstruire le pays. Il va sans dire que la perte de vies humaines est irremplaçable et que l?on ne pourra jamais apaiser le chagrin de ces victimes, qui, il faut le rappeler encore, ont tout perdu.
● Et que fait le Lions Club du Sri Lanka ?
Sur le terrain, on est là pour assister. A travers notre affiliation internationale, nous avons mobilisé les autres clubs de par le monde pour leur demander de l?aide. C?est ainsi que le Lions Club de Port-Louis est entré en jeu. Nous avons une longue collaboration avec celui-ci à travers la Sri Lanka Eye Donation Society. Nous faisons don de cornées à Maurice pour les greffes. 67 mauriciens ont ainsi retrouvé la vue à la suite de ces dons. C?est une belle association. Et maintenant, ils nous viennent en aide.
● Comment les Sri lankais ont-ils fait face à ce désastre ?
Personne ne s?y attendait, c?est sûr. Beaucoup de nos compatriotes sont encore sous l?effet du choc et n?arrivent pas à parler. Ils sont comme des momies. Vous vous rendez compte que d?un moment à l?autre, ils ont tout perdu ? Et il n?y avait pas de secours, pas de médecins, pas de nourriture. Rien à part leur désespoir. éventuellement, ils ne pouvaient que pleurer et crier leur désespoir, leur impuissance.
● Et quel est maintenant l?état d?esprit ?
Petit à petit, je pense qu?ils se sentent mieux. Malgré leurs pertes, au moins, l?on s?occupe d?eux. Ils ont tous un toit maintenant. Même si c?est temporaire. Des écoles, des églises, des mosquées et des temples ont été aménagés pour qu?ils puissent y trouver refuge. Ils ont de quoi manger. Ils ont de quoi se vêtir. Ils ont accès à des soins médicaux. Et plus important, ils sont vivants.
● L?aide humanitaire qui arrive petit à petit au Sri Lanka est-elle satisfaisante ?
Là il faut dire un grand merci à tous ces pays, à tous ces gens qui ont bien voulu faire des dons. Nous avons reçu beaucoup d?aide, de dons qui d?ailleurs arrivent toujours. Et il faut que cela continue. Cela aide beaucoup ces victimes à garder le moral. Elles savent que leurs souffrances a touché le monde et elles savent qu?elles seront prises en compte. C?est important.
● Est-ce vrai de dire que les ONG ont du mal à gérer tous ces dons qui viennent de partout ?
Je n?en ai aucune idée.
● N?y a-t-il pas d?inquiétude quant au fait que des promesses de dons ne se concrétisent pas ?
Je ne souhaiterais pas commenter ce sujet.
● En ce qui concerne le Sri Lanka, nous avons appris que certains craignent que les dons qui arrivent à Colombo, n?atteignent pas les sinistrés en fin de compte?
Je ne suis pas au courant de ces appréhensions.
● A Maurice, nous avons une multitude d?organisations et de groupes qui font de différentes collectes de vivres et d?argent. La situation semble quelque peu chaotique. Comment cela va-t-il se passer une fois ces dons arrivés à destination ?
Ecoutez, nous sommes très reconnaissants aux Mauriciens pour leur grande générosité. Les dons arriveront aux victimes.
● Est-ce vrai de dire que la grande majorité d?aide humanitaire et de dons qui arrivent au Sri Lanka vient principalement de communautés spécifiques ?
Non. Nous recevons de l?aide de partout. Dans le malheur, il n?y a pas de race, de religion et de couleur qui compte.
● Il y a eu des critiques contre de richissimes pays arabes qui n?ont pas levé le petit doigt pour venir en aide aux sinistrés du tsunami qu?ils soient de Thaïlande, d?Indonésie, d?Inde ou du Sri Lanka. Qu?avez-vous à dire à ce propos ?
Encore une fois, je préfère ne pas commenter.
● Est-ce que vous avez été personnellement surpris de la réaction éminemment positive du reste du monde ?
Je dois dire que oui. Vous savez, c?est surtout dans des moments durs que l?on se rend compte que l?on peut compter sur les autres. Et nous nous rendons compte que nous avons des amis. Parce que nous avons quelque chose en commun. Nous sommes tous humains.
● Avez-vous le sentiment que les super puissances auraient pu faire plus, malgré tout ?
Je ne peux répondre à cette question.
● Il y a ceux qui disent que ces super puissances ont failli dans leur tâche de protéger les petits Etats vulnérables. Que les Etats-unis par exemple auraient pu avertir les autres pays, parce qu?eux-mêmes avaient été informés. Que répondez-vous à cela ?
Vous comprendrez que je ne suis pas en mesure de commenter cela. L?heure est maintenant à la reconstruction et non à des récriminations.
● Cette solidarité ne va durer que quelque temps. Bientôt, le monde vaquera à ses obligations et les victimes du tsunami seront oubliées. Les Sri lankais en sont-ils conscients ?
Tout à fait. Nous savons très bien que l?aide humanitaire ne va pas s?éterniser mais que voulez-vous ? Au moins nous avons cette aide maintenant. Elle est primordiale et continuera à l?être pour le temps qu?elle dure. Après, ce seront aux gouvernements de chaque pays de s?occuper des victimes. Notre devoir et priorité demeure la reconstruction de maisons, d?écoles, de rues, d?hôpitaux, etc.
● Qu?est-ce qui vous a le plus marqué depuis le tsunami ?
Le désespoir des gens. Mais aussi et surtout la rapidité avec laquelle le monde s?est mobilisé. La générosité de tous ces gens.
● Quelle leçon tirer de cette regrettable catastrophe naturelle ?
Que l?homme est tout petit. Impuissant devant les forces de la nature.
Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN
«Il faut dire un grand merci à tous ces pays, à tous ces gens qui ont bien voulu faire des dons. Ceux-ci arrivent d?ailleurs encore. Cela aide les victimes à garder le moral. Elles savent que leurs souffrances ont touché le monde et qu?elles seront prises en compte. C?est important.»
«Au Sri Lanka, beaucoup sont encore sous l?effet du choc. Ils sont comme des momies. Vous vous rendez compte que d?un moment à l?autre ils ont tout perdu? Il n?y avait pas de secours. Pas de médecins. Pas de nourriture. Rien à part leur désespoir.»
Publicité
Publicité
Les plus récents