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« Une épidémie permanente »

14 février 2004, 20:00

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La préoccupation de l?opinion publique face à la brutalité policièresfait grand bruit. À quel point la situation est-elle grave ?

La brutalité policière est une épidémie permanente. Je ne vois aucune amélioration dans le comportement des policiers envers les suspects et les détenus. Au contraire, cela empire. Il y des policiers qui utilisent un langage vulgaire envers les gens. Ils vous tutoient, vous isolent et vous empêchent de voir votre famille et votre avocat quand vous êtes arrêté. Ils font pression pour que leurs victimes ne les dénoncent pas, ils vous accusent de rebellion pour justifier leurs actes? Le plus grave, c?est cette conception qu?une gifle ne fait jamais mal à un suspect perdure au sein de la police.

Il y a des personnes qui pensent justement que cette brutalité est inexcusable mais trouvent une explication pour la justifier...

Le code pénal est clair à ce sujet. Personne ne peut, sauf en cas de légitime défense, brutaliser quelqu?un physiquement. Cela s?applique au citoyen comme aux policiers. Je suis contre cette tendance à faire une distinction entre actes de violence justifiés et non justifiés.

Quelles sont vos recommandations pour enrayer ces abus ?

Les cas d?allégations de brutalité policière doivent être pris au sérieux, faire l?objet d?enquêtes diligentes par des instances indépendantes et les sanctions doivent suivre pour donner un signal fort aux autres. Les deux partis doivent aller au tribunal pour régler l?affaire. Mais bien souvent il n?y a pas de suite pénale quand il s?agit de policiers. Parfois la famille des policiers coupables va voir celle de la victime pour faire rayer la charge. À ce rythme-là, les policiers coupables ne reliront jamais leur code de déontologie.

Mais il y a maintenant la commission des droits de l?homme pour s?assurer que les droits du citoyen ne sont pas lésés ?

Certes mais il y a des lacunes dans ses lois. Ce que je leur reproche, c?est de privilégier la conciliation des deux parties. On demande à la victime d?excuser le policier en question. Qu?un ancien juge demande cela à une victime, ça fait une sorte de pression. Le pire, c?est que la victime ne sait pas si le policier a reconnu ses torts. Autre point à retenir, c?est qu?une fois que la commission a fait son enquête et donné son jugement, qu?elle réfère l?affaire au Directeur des poursuites publiques et à la Police Service Commission. Si la police veut prendre des mesures disciplinaires, elle le fait. On ne sait pas quelle sanction le policier incriminé va purger. On dirait qu?on fait tout pour mettre tout sous un écran.

Comment expliquez-vous cette réticence à rendre compte des aboutissements des enquêtes ?

Je pense que cela s?explique par la posture cynique du gouvernement. Certaines personnes continuent à brandir le fait qu?on est dans une démocratie et que la brutalité policière n?existe pas à Maurice. On fait tout pour que les victimes ne puissent pas demander réparation.

Le mot de la fin?

Je veux faire ressortir que la grande majorité de la police n?est pas impliquée dans les violences. Si la police veut être respectée, elle doit respecter les gens et ne pas cautionner les brebis galeuses.

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