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« Se donner la mort n?est pas la solution ultime »
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« Se donner la mort n?est pas la solution ultime »
Y a-t-il actuellement une recrudescence des suicides ?
Les chiffres dont nous disposons ont été donnés l?an dernier par la police. Mais cela n?inclut pas les nombreux suicides qui n?ont pas été signalés. Selon les statistiques, 125 suicides ont eu lieu en 2002. Mais je pense que pour obtenir leur nombre réel à Maurice, il faut multiplier ce chiffre par trois, ce qui équivaut à environ 375 suicides par an. Il n?y a qu?à lire les journaux. Nous nous apercevons qu?il y a cinq à six suicides par semai-ne. Ce phénomène prend de l?ampleur. D?ailleurs, selon l?Organisation mondiale de la santé et un rapport issu d?un atelier de travail régional organisé en 1999, le nombre de suicides a été multiplié par huit. Ainsi, les chiffres indiquent qu?en 1970, sur 100 000 décès 1,7 % étaient dus au suicide tandis qu?en 1998, le taux de suicide était de 15 % sur 100 000 décès. La tranche d?âge du suicidé se situe entre 11 et 39 ans.
Quelles sont les raisons de l?augmentation du nombre de suicides ?
La première raison, c?est une industrialisation trop rapide. Comme le père et la mère sont happés par leurs obligations professionnelles et rentrent tard, ils ne consacrent guère de temps aux enfants. Ces derniers sont davantage livrés à eux-mêmes. Les problèmes sentimentaux constituent également un important facteur de suicide, surtout chez les jeunes. De plus, on observe que bon nombre d?élèves qui sont victimes de harcèlement finissent par craquer sous cette pression. Enfin, la perte d?un emploi, d?un proche ou le surendettement peuvent aussi pousser au désespoir.
Y a-t-il des signes qui révélateurs d?une tendance suicidaire ? Que devraient faire les proches d?une personne suicidaire ?
Il faut dire que certaines personnes, comme les malades mentaux ou les dépressifs chroniques, sont plus vulnérables et sont plus portées à se donner la mort. On décèle chez des personnes à tendance suicidaire un changement de comportement, une certaine tristesse, la perte d?appétit, de l?insomnie. Très souvent, elles évoquent un long voyage ou disent qu?elles ne seront plus là dans quelque temps.
Mais le problème fondamental, c?est que la société n?a pas été formée à déceler les signes qui indiquent un comportement suicidaire. Il y a un véritable manque de dialogue et les gens préfèrent porter un jugement hâtif. Comme le disait l?écrivain et poète Paul Valéry, « le suicide, c?est l?absence de l?autre ». Il faut que les parents deviennent plus tolérants et ne bousculent plus les jeunes qui, de leur côté, ne trouvent plus personne pour leur servir de modèle. Ces derniers ne sont pas suffisamment préparés pour gérer les crises émotionnelles.
Vous entamez actuellement une campagne d?information sur le suicide. Dans quel but ?
Cela fait suite aux nombreuses questions parlementaires dont le suicide a récemment fait l?objet. En outre, nous avons aussi organisé la semaine dernière le Flag Day de Befrienders pour collecter des fonds. Notre objectif, c?est de dire aux gens qui ont des tendances suicidaires que se donner la mort n?est pas l?ultime solution. Il y a une autre possibilité. Befrienders propose un service d?écoute et des causeries pour faire savoir aux gens qu?il existe bel et bien une oreille attentive pour écouter leurs malheurs. Il faut agir car jusqu?à présent, on n?a pas réussi à trouver une solution à ce problème de société. Au mois de novembre 2002, nous avons fait une demande auprès du NGO Trust Fund pour lancer une série de causeries dans 170 centres et établissements scolaires de Maurice et Rodrigues. Nous voulons sensibiliser la population et répondre aux questions sur le suicide. C?est un projet qui s?échelonnera sur quatre ans. Mais nous n?avons pas encore reçu de réponse. Nous aurions voulu offrir un service d?écoute 24 heures sur 24, mais nos moyens sont limités. Notre budget annuel s?élève à Rs 170 000 et les dons ne représentent que Rs 30 000 environ. À l?heure actuelle, nous rédigeons des requêtes pour solliciter le parrainage d?entreprises privées et nous intensifions notre campagne publicitaire avec le slogan Ensamm anou empess suicide.
À l?avenir, nous voulons travailler avec les enseignants, la police, les gardiens de prison et les travailleurs sociaux des hôpitaux. Nous sollicitons également la présence d?un expert suisse pour une campagne de sensibilisation.
Quelles sont les répercussions du suicide sur la société et comment peut-elle réagir ?
Dès que quelqu?un se suicide, il y a au moins 30 personnes dans l?entourage du défunt qui sont affectées. Il est vrai que l?on ne peut guère évaluer les dommages affectifs, mais la société subit des conséquences en termes d?absentéisme et d?assistance psychologique pour les proches du défunt. À ce jour, on peut s?attendre à ce que le taux de suicide à Maurice atteigne celui des pays européens. Il faut savoir que toutes les 40 secondes, une personne se suicide dans le monde. Chaque individu devrait se sentir concerné et agir. Nous souhaitons la création dune commission nationale sur ce problème. Il est temps de « dépénaliser » le suicide. Toutes les procédures qui entourent une tentative de suicide comme les enquêtes policières, hospitalières etc. et le suivi psychologique qui aboutit à l?hôpital psychiatrique ne font qu?accentuer le sentiment de persécution éprouvé par la personne suicidaire.
Propos recueillis
par Melhia Bissière
Mieux connaître
Befrienders
Cette association, qui existe depuis 1995, milite pour la prévention du suicide. Ainsi, depuis sa création, 150 bénévoles ont été formés pour offrir un service d?écoute aux personnes qui ont des tendances suicidaires. Une trentaine d?entre eux assure toujours la permanence pendant la semaine de 18 à 21 heures.
Le mercredi, le service d?écoute fonctionne de 15 à 21 heures, le samedi de 12 à 21 heures et le dimanche de neuf heures à midi et de 18 à 21 heures.
Les appels sont anonymes et gratuits. Pour plus de renseignements, contactez
Befrienders
1er étage, 152, route Royale Beau-Bassin.
Tél. : 800.93.93.
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