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« Que je me transcende »

23 août 2003, 20:00

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Stéphane Diagana, que représentent pour vous ces Mondiaux au Stade de France?

Je pense que les Mondiaux à Paris sont une formidable vitrine pour l?athlétisme, qui est le 3e événement planétaire. Le Stade de France sera plein tous les jours et, quand on aime son sport comme je l?aime, c?est déjà un premier succès. Après, à l?équipe de France de rendre l?événement plus beau encore.

En termes sportifs, ça change quoi d?être à la maison ?

Ça donne envie de réussir ! On en parle tous, c?est unique dans une carrière, c?est ce qui nous motive tous, ce qui nous donne un peu plus de pression, il ne faut pas se le cacher. Mais à nous de faire en sorte que cette pression nous pousse à donner le meilleur de nous-même, à nous transcender. Il ne faut pas que cela soit un poids, il ne faut pas subir. Mais je crois que tout le monde a en tête l?envie de bien faire.

A titre personnel, pensez-vous à un deuxième titre mondial ?

Si ça me trotte dans la tête, c?est très loin, car ma préparation fut des plus difficiles. Donc pour l?instant, ce qui m?a motivé, poussé à continuer, c?est la perspective de podium, qui est toujours là. Ce n?est pas simple, mais l?envie est là et me motive. Si, après les séries (aujourd?hui) et les demi-finales, ça va, ça mûrira tranquillement dans ma tête, car j?aurais une idée plus précise. Mais je ne suis pas branché sur le titre pour l?instant, je suis plus sur le premier tour, les séries, les demies, avec l?objectif de monter sur le podium.

Un sujet qui vous tient à coeur : depuis le début de l?année, les performances ne sont pas extraodinairement élevées, sans doute parce que les Mondiaux se déroulent en France où il y a une législation en avance sur le dopage...

Je ne sais pas ce que vaut cette analyse, mais si c?est vrai, tant mieux ! Vous savez ce que je pense du dopage, de la lutte contre le dopage. Je crois que la France a un bon dispositif et, si ça en dissuade certains, tant mieux ! Mais je n?ai rien de plus à ajouter.

Parmi les favoris, bien sûr, Félix Sanchez, le Cubain, est le plus redoutable. Est-il «battable» ?

Sanchez oui ! Il est sans doute « battable », mais il vient défendre un titre donc il sera plus coriace encore. On est quelques-uns à être capables de le battre dans un bon jour. J?espère, je dis bien j?espère pourvoir faire partie de ceux-là la veille de la finale si je suis qualifié pour celle-ci. Mais d?abord, il y a pas mal de tours, il faudra voir les résultats de chacun et comment les performance sont réalisées.

Il n?a pas trop couru cette saison ?

Non, il n?a pas beaucoup couru cette année, il a voyagé, disputé récemment les Jeux panaméricains, mais au total, il a fait six ou sept meetings avant les « Monde », ce qui n?est pas énorme. Si j?avais pu me préparer normalement, j?aurais couru le même nombre de meetings. Ce qu?il y a, c?est qu?il gagne et qu?on a l?impression de le voir partout. Il y en a qui courent plus que ça... De plus, il vient de gagner chez lui, il sera favori de ces championnats. A nous de faire en sorte de contrarier ses plans.

Félix Sanchez a toujours clamé son admiration pour vous, que vous étiez le maître et lui l?élève...

(sourire) Je ne sais plus qui est le maître et qui est l?élève. Ce qu?il fait est très bien.

Le fait qu?il soit aussi fort est un élément de plus de motivation ?

Oui, c?est sûr, parce qu?on doit se transcender face à des gens comme ça, qui sont assez fiables techniquement, qu?on ne peut pas déstabiliser sur un simple départ rapide... Si je veux le battre, il faudra que je m?accroche jusqu?au bout. C?est quelqu?un qui est capable de partir fort et de finir très fort dans la dernière ligne droite, parce qu?il a un petit temps mort dans le 2e virage. C?est quelqu?un de très adapté au 400m haies, et il faut se bouger pour le battre.

Si les championnats du monde avaient eu lieu ailleurs qu?en France, est-ce que vous vous seriez accroché autant ?

Sans doute que non, j?aurais pris les choses différemment. Je ne sais pas si j?aurais arrêté ma préparation, mais je n?aurais pas eu la même motivation, je me serais dit « j?arrête l?an prochain, parce qu?il y a les Jeux olympiques », mais le fait que cela soit à Paris m?a aidé à m?accrocher dans les moments difficiles.

Cette préparation tronquée vous perturbe-t-elle ?

Oui, ça me perturbe. Ce n?est pas l?idéal de ne courir que trois courses dont une non-course, car j?étais tout juste convalescent. Ça me renvoie à un schéma de préparation que je voulais éviter. Quand j?ai repris l?an dernier, c?est parce que la saison 2002 avait été extra, sans blessures, je pensais que ça sourirait, mais ce début de saison me ramène à des années difficiles comme 99 ou d?autres... Il faut faire avec et se servir de l?événement maintenant.

Vous avez, ces derniers temps, axé votre travail sur les derniers mètres, sur la fin de course...

J?ai travaillé sur le plat pour essayer d?augmenter mon potentiel physiologique. Mes 120 derniers mètres de course n?étaient pas terribles. Quand ça se produit sur le début de la course, c?est un problème technique, vraisemblablement lié à la fraîcheur, alors que sur la fin, c?est du fond. L?essentiel maintenant est de bien récupérer pour être fin prêt.

Vous avez été le premier Français champion du monde. Qu?est-ce que cela a changé pour vous ? Quel en a été l?impact ?

Ça a été un moment énorme pour moi, formidable, cela a donné beaucoup de sens à l?athlétisme que je pratique depuis l?âge de 10 ans. Je ne faisais pas de compétition mais je venais tous les jours à l?entraînement. Ça a donné un sens à toutes les choses laissées de côté, tous les moments difficiles que j?ai surmontés... On dit souvent que le sport c?est une belle école de la vie, mais là, c?est vraiment un beau parcours qui, d?un coup, avait une petite brillance supplémentaire.

Les jeunes de l?équipe de France viennent-ils parfois vous poser des

questions sur votre médaille d?or ? Veulent-ils savoir ce que cela repré-

sente ?

Oui, c?est ce qu?ils demandent souvent, c?est la question qui m?a le plus surpris : « Ça fait quoi d?être champion du monde ? » Ça fige comme une statue, alors qu?un titre comme ça est très dynamique, cela donne un sens supplémentaire à ce qu?on fait. J?ai alors compris que ce n?est pas le fait d?être champion du monde qui est intéressant, mais le fait de l?être devenu. Pour moi, la nuance est claire, mais pas pour beaucoup de jeunes. Comme si des ailes m?avaient poussé dans le dos d?un jour à l?autre.

Vous êtes vu par tout le monde, par les jeunes athlètes comme un modèle, quelqu?un de respectable et respecté sur et hors de la piste. Ça ne vous gêne pas ?

Non, à partir du moment où ça fait plaisir à mon père et à ma mère (rires). Non, ça ne me gêne pas, ça fait plaisir quand les jeunes ahlètes qui sont dans l?équipe de France me désignent capitaine. C?est une forme de reconnaissance. Et qui se plaindrait de ça ?

Et si on vous présente aussi comme le gendre idéal ?

(sourire) Ça me plaît moins... Si je peux les inspirer et leur donner envie de se surpasser...

Viennent-ils chercher des conseils auprès de vous ?

Des conseils ? Oui, ils viennent, ça fait plaisir, et j?en suis assez content. Cela veut dire qu?ils me sentent ouvert, disponible, et que je ne suis pas dans un musée, mais bien vivant (rires) ! Ils savent aussi que je suis leurs résultats parce que j?aime mon sport.

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