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« Personne ne peut nous accuser de manquer d?initiative »

9 janvier 2005, 00:00

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Comment arrive-t-on à quitter un secteur d?activité auquel on a consacré, comme vous l?avez fait, l?essentiel de sa vie active ?

Je ne quitte pas tout à fait le secteur. Deep-River-Beau-Champ m?a engagé comme consultant. J?ai pris ma retraite comme administrateur de FUEL, le 31 décembre dernier, après 42 ans de service au sein de quasiment tous les grands groupes sucriers du pays. J?ai quitté l?industrie sucrière brièvement en 1970, pour épauler José Poncini dans le lancement de Cernol, le tout premier fabricant de détergent du pays. Trois ans plus tard, j?ai regagné le milieu sucrier avec le groupe Lonhro qui m?a envoyé en Côte d?Ivoire fabriquer le tout premier sucre ivoirien. Je suis rentré en 1975, et j?ai endossé la direction de plusieurs usines du même groupe avant de passer à FUEL.

Vous avez plutôt mal vécu le règne Illovo.

Illovo voulait optimiser les profits à tout prix. Moi, je ne voyais pas les choses ainsi et je ne collaborais pas. Quiconque connaissant le Sud sait bien qu?il n?est pas possible d?y augmenter la récolte de manière significative, à moins de racheter les autres opérateurs de la région. Illovo a essayé de reprendre Savannah. Mais une fois de plus, c?était mal connaître les réalités du pays. Par la suite, Illovo a restructuré et séparé les activités usinière et agronomique. Je fus désigné Factory manager, une nomination qui m?a frustré, car elle restreignait mon champ d?activité.

Vous quittez l?industrie à un moment où celle-ci est confrontée à de formidables défis. Quelle issue entrevoyez-vous à la situation actuelle ?

Il faudra accélérer la centralisation. Quand j?ai débuté, l?industrie comptait 26 usines. Elle en compte aujourd?hui onze. Il faudra ramener ce nombre à six dans deux ans tout au plus, et à quatre d?ici dix ans. Avec toutes ces terres qui sont mises en vente, le potentiel de production nationale qui est de 600 000 tonnes de sucre actuellement, devra être révisé à la baisse. Quatre usines et, disons, 500 000 tonnes de sucre, cela donnera lieu à des unités de production de 125 000 tonnes. Selon les normes internationales, une telle usine est considérée comme petite.

Le reproche fait couramment à l?industrie sucrière est qu?elle s?est contentée de crier au loup, sans vraiment se préparer pour les temps durs. Qu?en dites-vous ?

C?est une accusation hélas récurrente, mais ô combien injuste ! Personne ne peut nous accuser d?avoir manqué d?initiatives. Nous avons tout essayé et mis à part la pomme de terre et le poulet, nous avons tout abandonné ou presque pour cause de non-rentabilité. Voyez Illovo. Ce groupe, un des plus rigoureux et pointu en affaires, s?est retiré dès qu?il a compris qu?il ne pouvait pas faire de l?argent ici. Pour nous, produire le sucre n?a jamais été uniquement une question d?argent.

Il n?y a pas que la diversification. Il fallait aussi restructurer, dégraisser, centraliser.

L?industrie sucrière s?est pendant longtemps sentie investie d?un important rôle social. Au point d?en oublier les impératifs économiques qui dictaient l?efficience. Nous avons recruté, alors que nous étions complets, afin de combattre le chômage. Nous avons pratiqué une administration de c?ur. Et quand nous n?en pouvions plus, l?état nous a imposé toutes sortes de contraintes, nous empêchant de dégraisser. Ce n?est qu?en 2001 que le gouvernement a eu le courage d?introduire un plan de dégraissage.

Aurait-on dû laisser à l?industrie la liberté de licencier à sa guise ?

J?ai un esprit capitaliste, mais je garde une âme socialiste. Je reconnais qu?on ne peut pas licencier les gens sans les indemniser. Toutefois, le plan de retraite volontaire a coûté énormément - Rs 3.2 milliards ! La formule de vente de terres pour récolter cet argent ne marche pas. Il faudra compter au moins dix ans avant que toute cette terre ne puisse être monnayée.

Comment imaginez-vous les prochaines 42 années de l?industrie sucrière ?

Je ne vois pas Maurice produire du sucre, de l?alcool ou de l?éthanol au cours mondial. Le Brésil peut produire entre six et huit fois moins cher que nous. L?industrie sucrière est un no growth sector. Elle continuera à exister, mais avec des structures et des modes opératoires entièrement revus. La réduction des coûts sera le leitmotiv des opérateurs de demain. Ceux-ci imposeront une rigueur et une discipline digne d?un Illovo. Personnellement, je ne pense pas que le prix communautaire du sucre baissera de 37 %. La communauté internationale ne pourra pas ignorer la vulnérabilité de Maurice. Que les Mauriciens cessent de fredonner il n?y a qu?à? et permettent à nos diplomates de négocier au mieux pour sauvegarder nos acquis !

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