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« Nous n?avons pas perçu notre démarche comme une ségrégation»

15 août 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

- Le conseil d?administration (CA) de la MBC s?est réuni mercredi soir pour parler de la nouvelle grille des programmes. Dans quel climat cela s?est-il déroulé ?

Plutôt bien. J?y ai expliqué les directives du Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth, concernant la ségrégation linguistique dans la nouvelle grille de programmation. Personne n?a objecté pour revoir la grille et nous avons pris note des réactions du public.

Le ministre de tutelle désirant qu?il n?y ait pas de ségrégation, qu?elle soit perçue ou réelle, et le MBC Act lui donnant le pouvoir de donner des directives dans l?intérêt du public, nous évalueront les options pour que cette directive soit mise en place.

- Qu?est-ce qui va changer dans les prochains jours ?

Nous retournerons à l?ancienne formule pour le Prime Time des MBC1 et 2. Entre six et huit heures, ce qui est depuis deux semaines sur la MBC1 revient sur la 2e chaîne. Ce sont les seuls changements majeurs. A la radio, nous réintroduirons sur One World Music les émissions de Radio Sunrise et de France Inter dès lundi. Nous sommes aussi en contact avec MCML concernant la réception des chaînes.

La seconde chose importante restant encore à faire est d?améliorer le traitement de l?information et de promouvoir la production locale. Nous avons installé un créneau sur la MBC 1 pour une série d?émissions locales, en français, créole et hindustani, sur des thèmes sociaux qui devraient toucher le public. Dans les trois à quatre prochains mois, nous remplirons la grille avec davantage d?émissions locales de qualité. J?aimerais une télé plus mauricienne, tant au niveau des infos que des productions.

- Le CA a-t-il été surpris des critiques virulentes ayant immédiatement suivi la mise en place de la nouvelle grille ?

Les réactions ont été mitigées. Ceux qui connaissent un peu la politique s?attendaient à des critiques. D?autres ont été plus surpris. Concernant le compartimentage, nous avions fait la même chose à la radio avec Kool et Taal FM. Et il n?y avait pas eu de telles critiques. De même, ce concept avait été annoncé il y a quelque temps par l?express et n?avait suscité aucune réaction.

- Comment a été conçue cette grille si controversée ?

Au début de notre mandat, le CA avait établi comme objectif principal de revoir notre produit. Mais nous devions choisir entre faire un sondage avant de présenter la grille ou faire l?inverse. L?IBA venant de publier son sondage, nous avons opté pour la seconde solution. Nous voulions réajuster la grille en fonction des quatre axes stipulés dans le MBC Act et en mettant notamment l?accent sur l?éducation et la culture. Nous avions aussi décidé d?élargir l?éventail de programmes proposés en anglais pour les rendre plus accessibles et plus intéressants. Nous avons interverti certains programmes et créé une identité spécifique pour chaque chaîne.

- Comment est venue l?idée d?un compartimentage linguistique ?

L?objectif était de donner une identité à chaque chaîne. Nous voulions aussi faciliter la tâche du spectateur en identifiant les deux chaînes sur une base linguistique, comme nous aurions pu mettre l?accent sur le type de produit. Le directeur général (DG), Torriden Chellapermal, et son équipe ont travaillé sur plusieurs options et ont proposé une nouvelle grille. Celle-ci a été discutée, surtout au niveau du contenu, puis revue et finalement approuvée par le CA.

- Etes-vous d?accord avec le terme de «ségrégation linguistique», pour reprendre l?expression de SAJ ?

La ségrégation, ou plutôt le compartimentage, existait déjà, mais il était moins visible. Auparavant, sur la MBC 1, la journée était consacrée à des programmes en langue orientale et la soirée à des programmes en français ou en anglais. Inversement sur la MBC 2. Nous n?avons fait que coller les morceaux côte à côte. D?ailleurs, on n?a pas perçu notre démarche comme une ségrégation. Cela n?aurait été le cas que si nous offrions à une partie de la population que la chaîne 1 et à l?autre la chaîne 2, ce qui n?est pas le cas.

Mais je peux comprendre la réaction des associations dans le sens qu?il peut y sembler que la MBC 2 est inférieure à la MBC 1. Moi, cela ne m?a pas gêné. A la radio, on ne parle plus de RM 1 ou de RM2. On ne fait même plus attention à ce genre de détails car chaque radio a son identité. Mais on doit satisfaire le public.

- Le public ou Sir Anerood Jugnauth et les associations socioculturelles ? Pourquoi avoir cédé si vite ?

Au CA, on ne peut pas faire autrement. Le Premier ministre a compris notre démarche mais n?a pas accepté qu?une chaîne soit réservée aux langues orientales et l?autre aux langues occidentales. Il ne nous demande pas de revoir le contenu mais que la façon de le présenter. Il a au contraire été très favorable au niveau du changement du contenu concernant l?anglais, l?éducation et la culture. Et il a parfaitement le droit de donner cette directive sous le MBC Act.

- Avez-vous supprimé des heures d?antenne aux langues orientales ? Et sur quelles bases ?

Nous avons décidé d?augmenter les heures d?antenne en anglais à raison d?une heure par jour. La décision a été approuvée par le Premier ministre. Cette heure, nous avons décidé de la puiser du francais et de l?hindustani. Mais nous n?avons pas touché aux langues régionales.

- Pourquoi le compartimentage, accepté à la radio, ne l?a pas été pour la télévision ?

Les critiques viennent du fait qu?il s?agit de visuel et que les gens ont leurs habitudes pour la télévision. A la radio, ce n?est pas pareil.

  • Rudrasen Neewoor, président de l?Arya Sabha, compte réclamer un amendement pour que soit mis en place comité consultatif où seraient représentées toutes les associations culturelles. Est-ce possible ?

La loi prévoit déjà un General Advisory Council de 23 membres mais il n?est pas en place. Ce n?est pas facile pour le CA d?allouer le temps d?antenne selon des critères linguistiques. C?est un sujet très sensible mais le moment est venu. Que le débat soit ouvert sur la couverture des langues. Mais comment faire ? En pourcentage de gens parlant ces langues ? Ce serait alors discriminatoire vis-à-vis des langues minoritaires. En fonction de l?origine ethnique ? Ce serait alors donner à penser, à tort, que ceux d?une certaine origine ethnique ne regardent et ne comprennent que leur langue d?origine. De fait, l?on devrait établir, en concertation avec les parties concernées, une ligne de base plus ou moins flexible pour déterminer le minimum d?heures d?antenne à attribuer aux différentes langues, surtout au niveau des langues régionales.

- Qu?a pensé le public de la nouvelle grille ?

Au début, ils ne se retrouvaient pas dans celle-ci. Nous avons reçu 400 appels sur les deux premiers jours pour des demandes d?explication. Le troisième jour, nous n?avons reçu que 20 appels !

- La communication de la nouvelle grille a-t-elle été ratée ?

Oui. Nous voulions jouer sur l?effet de surprise et c?est pourquoi nous avons présenté la grille un jeudi alors qu?elle prenait effet le lendemain. On aurait pu mieux faire.

- Qu?en est-il de la nouvelle C3 ?

Elle a été facile à élaborer et le changement a été bien accepté. C?est une chaîne de divertissement, de sport, davantage destinée aux jeunes. Le public semble satisfait.

- La nouvelle identité de la C3 signifie-t-elle que sa privatisation est remise au placard ?

Ce n?est pas de notre ressort. Le jour où le gouvernement décidera de privatiser, il le fera. Nous avons informé les autorités des contraintes qu?imposerait une privatisation. A eux de décider.

- Une chaîne constituée surtout de divertissements et de sport devenant indispensable, c?est un moyen pour vous de la protéger d?une privatisation?

En attendant une décision sur la privatisation, nous optimisons les ressources que l?on a. Si l?on nous dit demain que nous n?aurons que deux chaînes, nous ferons avec.

- Vous vous devez souvent d?obéir? Attendez-vous des changements à ce sujet dans le prochain «MBC Act» ?

Certains éléments sont à revoir, notamment sur l?indépendance de la MBC. Renforcer celle-ci serait en effet changer le mode de nomination du président et du DG de la station. Cela s?inscrirait dans la logique des choses. Par ailleurs, j?attends du futur texte de loi qu?il règle plusieurs problèmes pratiques. Par exemple, le DG doit obtenir l?aval du CA pour faire l?acquisition de matériel de plus de Rs 100 000, ce qui n?est pas pratique. Il serait aussi intéressant de voir comment, sur une base régulière, proposer une nouvelle grille de programmation.

- Finlay Salesse déclarait dernièrement que la ?MBC fonctionne avec la camisole de force qu?est le MBC Act?. Etes-vous d?accord ?

Non. Le MBC Act stipule que l?on doit respecter plusieurs axes, comme le goût, l?aspiration et le besoin du public. Après cela, nous sommes plutôt libres. Mais la question de temps d?antenne aux différentes langues est un sujet sensible.

- La MBC demeure ?gentille? avec tout le monde. A quand une position claire et nette ? A quand aussi de vrais débats politiques ?

Selon la loi, la MBC n?a pas d?opinion. Nous devons simplement rapporter des faits. Nous sommes une corporation régie sous le MBC Act. Depuis deux ans que je suis au CA, je n?ai jamais subi de pressions, politiques ou autres. Personne à la MBC ne reçoit de directives. En ce moment, c?est différent car il ne s?agit pas du contenu des émissions.

Depuis trois ans, nous sommes moins «institutionnel», même si les ministres sont très présents. Mais on ne peut pas ignorer les évènements et les fonctions se passant dans les quatre coins de l?île. Et à Maurice, c?est un honneur d?accueillir les personnalités et de passer l?évènement à la télé. Je sais que la MBC est perçue comme une Establishment Base, notamment dans la présentation de l?information. Mais nous allons améliorer ce point.

- Etes-vous satisfait du travail achevé et des projets à venir pour améliorer la qualité de la MBC ?

Non car nous n?avons pas encore les résultats. Depuis octobre, tout est allé très vite. Nous venons à peine de présenter la grille et il y a déjà des problèmes. Je serais satisfait si, d?ici décembre, nous arrivons à avoir une MBC complètement différente. Mais ce sera au public de décider.

- Il y eu un conflit Ramtoola-Chellapermal qui a retardé le projet. Vos relations, que l?on dit conflictuelles, ont-elles changé ? Le couple s?est-il réconcilié ?

Notre tandem, comme certains le nomment, se porte bien. Nous avons des divergences de points de vue de temps à autre mais chacun a sa responsabilité. Nos rôles sont clairemsent établis. Il faut accepter qu?il y a eu un flou ayant retardé le projet de trois ou quatre semaines en avril. Nous avons connu des moments difficiles mais nous sommes alliés pour atteindre l?objectif final.

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