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« L?investissement étranger va créer 8 000 emplois »
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« L?investissement étranger va créer 8 000 emplois »
Quand le « Sunday Times » fait ses gros titres sur les « esclaves » des usines mauriciennes de textile, que décidez-vous : attendre que l?orage passe ou re-doubler d?énergie pour rassurer les investisseurs potentiels de ce secteur ?
Cette semaine, nous avons reçu pas mal d?investisseurs anglais au Board of Investment (BOI). Bien sûr, ils ont lu cet article, mais cela ne les a pas refroidis. Cepen-dant nous ne sommes pas insensibles à ce qu?a écrit le Sunday Times. Cela nous fait du tort. Ce n?est pas bon pour Maurice, de même que pour le BOI. Moi, je réagis d?abord en patriote : mon pays est différent de ce qui a été décrit. Maurice subit des dommages collatéraux.
La presse a voulu cibler Phillip Green (le directeur du puissant groupe Arcadia, dont les magasins vendent des vêtements fabriqués à Maurice, NdlR) et nous payons les pots cassés. Notre représentant à Londres est à Maurice, et nous travaillons sur les suites à donner à cet article. On compte sur notre réseau d?amis dans la presse britannique. Toutefois, une riposte agressive ne serait pas une bonne idée. À trop vouloir se justifier, on attire la suspicion. Ne soyons pas sur la défensive non plus, car nos usines n?ont rien à se reprocher.
« L?article du ?Sunday Times? nous fait du tort. Ce n?est pas bon pour Maurice »
À Saint-Félix, deux promoteurs étrangers se disputent un terrain de l?État. Le BOI est cité dans cette affaire. Que se passe-t-il au juste ?
C?est très simple : les gens obtiennent des terres de l?État et ne font rien, absolument rien, pendant des années. Ce n?est pas acceptable. En clair, le promoteur initialement choisi (la société réunionnaise SFWR, NdlR) n?a pas fait ce qu?il fallait.
L?investissement direct étranger (IDE) s?est rarement aussi bien porté. Quel sera son impact sur l?emploi ?
L?IDE devrait permettre de créer au moins 8 000 emplois dans les douze prochains mois. Dans certains secteurs, l?investissement est là, mais l?impact sur l?emploi ne sera mesurable que dans deux ans. Et au-delà des chiffres, il y a des faits concrets. Il suffit de passer à Ébène pour constater que ce pays avance, qu?il se développe.
Quels secteurs d?activités tirent le mieux leur épingle du jeu, et lesquels sont à la traîne ?
Le domaine biomédical prend de l?ampleur, celui de la formation aussi. D?autres secteurs démarrent plus lentement. C?est notamment le cas de l?aquaculture et de la Land-based Oceanic Industry, qui sont en attente d?un cadre juridique. Mais aucun secteur n?est à la traîne.
On dirait que rien ne tempère votre enthousiasme !
Je suis un optimiste réaliste. La culture du travail à Maurice doit changer. Nous savons faire et nous n?en avons pas conscience, c?est malheureux. Il faut que quelqu?un vienne de l?extérieur pour nous dire « allez-y, lancez-vous ! ». Il est temps de réaliser nos compétences ! À l?étranger les Mauriciens réussissent. Pourquoi ce serait si difficile ici ? Non, ce n?est pas difficile. Prenons des risques, c?est à ce prix que nous réussirons à créer une nation d?entrepreneurs.
Deux millions de touristes pour 2015. Cet objectif du gouvernement est-il vraiment réaliste ?
40 000 personnes par semaine, c?est rien ! Bien sûr que c?est réaliste. Nous sommes même loin du compte, on ne s?arrêtera pas à deux millions. Ce chiffre a le mérite de fixer un cap. Mais intéressons-nous aussi à l?argent que les visiteurs dépensent à Maurice. Pour moi, cet indicateur est aussi important que le nombre de touristes.
Trente hôtels et 4 000 villas IRS vont sortir de terre dans les dix prochaines années. À trop vouloir rentabiliser un secteur, ne risque-t-on pas de lui nuire ? Autrement dit, quel est notre seuil de tolérance ?
Au-delà de deux millions, mais reposez-moi la question quand nous y serons et je serai plus précis. Cette croissance nous obligera à améliorer nos infrastructures, à être vigilants sur les questions d?environnement. Ce sera bénéfique, vous verrez. Cette qualité additionnelle profitera à l?image de l?île Maurice-paradis.
« Un paradis au goût de béton », prédisent certains? rabat-joie ?
On a toujours eu du béton partout, ce n?est pas le problème. Regardez Singapour, regardez Dubayy? Maurice ne va pas perdre son cachet, nous sommes trop cons-cients de nos besoins. L?homme de la rue, c?est vrai, est parfois sceptique, c?est comme ça. Pourtant, sa tante ou son neveu travaillent dans un hôtel.
Moi, je préfère voir des gens au boulot qu?à ne rien faire. Il faut bouger avec son temps, évoluer, créer des emplois.
Vous avez annoncé 25 000 emplois dans les technologies de l?information et de la communication (TIC) à l?horizon 2010. Or un handicap demeure : la main-d??uvre pas suffisamment qualifiée?
C?est un problème de fond, en effet. Nous avons commencé à nous y attaquer. Le secteur privé et l?Empowerment Pro-gramme abattent un gros travail. Aujour-d?hui, nous avons les moyens de former autrement que sur le tas. De plus, les formations collent au plus près des be-soins des entreprises. Ce handicap, bientôt, n?en sera plus un.
Le « global business » est largement dépendant du traité de non double imposition conclu avec l?Inde. N?est-ce pas là une faiblesse, voire un danger ?
Exact. C?est pour cette raison que nous sommes allés à Hong Kong, pour nous diversifier. Par ailleurs, des accords de partenariat économiques viennent d?être signés avec la Corée et les États-Unis. D?autres suivront bientôt avec la Finlande et l?Angola.
« Prenons des risques, c?est à ce prix que nous réussirons à créer une nation d?entrepreneurs »
Le traité de non double imposition avec la Chine n?est-il pas sous-utilisé ?
C?est vrai, et ce n?est pas le seul. Maurice a 33 traités de non double imposition, mais une partie n?a pas encore été ratifiée.
Pourquoi ?
Il faut d?abord promouvoir ces traités, comme nous venons de le faire en Chine. Notre message aux entrepreneurs chinois est simple : « Venez utiliser Maurice comme plate-forme de services pour accéder aux marchés Africains. » Notre pays est petit, et nous avons tout à gagner à jouer la carte de l?ouverture sur le monde.
Une diaspora mauricienne vit au Canada, en Angleterre, en France, en Australie, et nous n?avons pas touché ces pays-là. On s?est borné, à chaque fois, à suivre nos exportations traditionnelles. Je pense que c?était une erreur. J?insiste, il faut diversifier nos marchés.
Ceci dit, l?Inde restera toujours un partenaire privilégié.
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