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« Les préjugés sont bien ancrés »
> Est-ce qu?on peut dire aujourd?hui que les Mauriciens ont bien cerné le problème du sida?
Les campagnes d?explication et de prévention ne sont jamais de trop. Je dirais même que c?est un éternel recommencement. Beaucoup de gens aujourd?hui ont encore peur de cette maladie, mais pas dans le sens positif. Ils croient toujours qu?on l?attrape quand on s?asseoit à côté des séropositifs et qu?il faut les fuir comme la peste. Cette année encore, pour marquer le 1er décembre, on a fait une campagne d?affiches fortes, mais pas dans le but de choquer pour choquer. On ne veut pas faire du sensationnel, on veut faire passer un message pour que les gens comprennent une bonne fois pour toutes ce qu?est le sida.
> Croyez-vous qu?une Jour-née internationale peut changer quelque chose?
Que le monde entier s?arrête ne serait-ce qu?un jour pour réfléchir sur le sujet, c?est déjà un pas de plus. Il faut par la suite redoubler d?efforts. Le problème, c?est que tout le monde a entendu parler du sida, mais la plupart des gens y sont indifférents parce qu?ils pensent que ça ne peut pas leur arriver. Quand on va vers eux, dans leur cercle intime, qu?on leur explique à quel point nous sommes tous vulnérables, quand on leur donne des chiffres, des témoignages, quand on explique qu?une femme au foyer, fidèle à son mari peut attraper la maladie, à ce moment-là ils réfléchissent. Ils vont vous dire : « Ou capave révini pou explique ça nous banne zenfants ? ». Il faut sans cesse rappeler aux gens de prendre des précautions.
> Et qu?en est-il de ceux qui sont déjà atteints?
On leur explique la marche à suivre. On les écoute, on leur donne un soutien psychologique. Chaque mercredi, on organise au sein de Vivre Plus, un déjeuner pour permettre à tous ceux qui sont atteints du VIH et à leurs proches de se rencontrer et de mieux vivre la situation. On les aide financièrement parfois, mais ce qui compte surtout, c?est qu?on leur donne de l?attention.
> Cette année encore, le thème de la Journée internationale contre le sida est basé sur les préjugés dont souffrent les personnes atteintes par la maladie. Pensez-vous qu?ils sont encore là?
Une petite fille de huit ans, séropositive, est hospitalisée. Sa mère l?emmène se promener dans les couloirs et une infirmière l?arrête et lui lance : « Madame ki ou pé faire, ou bien conné ki malade ou zenfant gagné ». Un autre exemple : une femme séropositive subit de mauvais traitements. Elle cherche refuge dans un centre pour femmes battues, et on le lui refuse sous prétexte qu?il n?y a pas de structure mise en place pour son cas. Oui, les préjugés sont bien ancrés chez beaucoup de gens.
> Comment percevez-vous le problème de séropositivité dans nos prisons?
Il ya tout un travail de sensibilisation et d?écoute à effectuer ans l?univers carcéral, mais PILS n?a pas accès à la prison de Beau-Bassin dans la section des hommes. On avance que c?est pour notre sécurité, mais c?est un argument qui ne tient pas la route. On n?a jamais vu des prisonniers agresser ceux qui leur viennent en aide. Au contraire, on sait qu?ils veulent qu?on leur rende visite.
> Etes-vous de ceux qui prônent la seringue propre?
Absolument. Bien sûr, on voudrait que les gens ne se droguent pas, mais si distribuer des seringues propres peut réduire le nombre de séropositifs, il faut envisager cette solution. Après tout, il vaut mieux désintoxiquer des drogués que de soigner l?hépatite B, l?hépatite C ou le sida. Ca coûte moins cher. Par ailleurs, la répression contre la drogue doit continuer. C?est comme pour la prostitution et les proxénètes. Il ne faut pas se voiler la face, ils existent, alors autant les sensibiliser pour que les sex workers n?acceptent pas de relations non protégées.
> Que dites-vous à ceux qui pensent qu?on devrait identifier les séropositifs parce qu?ils sont des « contamineurs potentiels »?
C?est trop facile de faire porter le chapeau aux autres. Certes, il y a des personnes sans scrupules qui, parce qu?elles sont déjà atteintes, ne se préoccuperont pas des autres. Mais si je décide d?avoir une relation sexuelle avec une personne, c?est ma responsabilité. Je prends le risque qu?elle puisse être contaminée et d?ailleurs, je peux l?être moi-même sans le savoir.
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