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« Les femmes restent marginalisées
> Comment se porte la femme mauricienne ?
Les femmes ne constituent pas un bloc homogène. Il faut se rappeler que leur position est souvent déterminée par des facteurs tels que la classe, la race, l?ethnie, la religion. Cela dit, je pense qu?en général, la femme mauricienne a évolué. Il a eu une émancipation même s?il reste encore beaucoup à faire. Mais elles sont nombreuses à se retrouver dans la misère.
> Êtes-vous pour un quota de femmes députées ?
La question des quotas doit être débattue d?une façon plus profonde. La réforme électorale aurait été une bonne occasion pour le faire mais il y a tellement de discorde entre les deux partis qui forment l?alliance gouvernementale qu?on se demande si on y parviendra. La proportionnelle assurerait une meilleure représentation des femmes. D?ailleurs Maurice a ratifié la convention de la SADC qui demande que tous les pays de la région aient au moins 30 % de femmes au Parlement. Maurice est au dernier rang. Je suis convaincue que pour combattre certaines discriminations, il faut des actions positives.
> Avant il y avait un problème culturel pour accéder à l?éducation. Ce retard a-t-il pu être rattrapé aujourd?hui ?
Le retard n?a certainement pas été rattrapé. Lorsqu?on voit qu?environ seulement 30 % de femmes sont sur le marché du travail et qu?elles sont majoritairement présentes dans les low skilled, low status and poorly paid jobs, on se demande pourquoi malgré leurs grandes capacités intellectuelles, elles n?arrivent toujours pas à grimper les échelons et restent marginalisées sur le marché du travail. C?est vrai que l?éducation gratuite à Maurice a aidé les femmes, mais la pauvreté grandissante actuelle fait peur. Les gens ont tendance à privilégier leurs fils par rapport aux filles lorsqu?il y a des contraintes économiques.
> Quels sont les secteurs où il reste encore à faire pour revaloriser le statut de la femme ?
Je dirai dans tous les secteurs mais surtout dans les secteurs politique et économique. La femme a un poids économique important. Très souvent, on entend les gens demander aux femmes « ki ou faire, cotte ou travail » et très souvent aussi la réponse est « mo pas faire narien, mo reste lacaz ». Mais ce sont ces mêmes femmes qui travaillent le plus (lessive, cuisine, ménage etc.), un travail pour lequel elles ne sont pas rénumérées. Ce travail n?est pas reconnu et pas mesurable financièrement, mais sans lui la production serait bien moindre et la stabilité de notre société aurait été encore plus menacée. Ce sont également les femmes qui font tourner les machines dans la zone franche et aujourd?hui, ce sont ces mêmes femmes qui perdent leurs emplois en masse. Le droit au travail est un droit fondamental. Le seul bien que possède le pauvre est son travail et quand la femme n?a même pas l?occasion d?utiliser ce bien, sa dignité humaine en souffre.
> Quel peut être le rôle de la femme dans l?économie mauricienne en 2004 ?
L?économie mauricienne est isolée, dépendante et sans ressources naturelles. Sa seule ressource, c?est son capital humain. Mais si on permet à un grand pourcentage de ce capital d?être gaspillé, c?est le pays qui est perdant. Maurice a l?ambition d?être une cyberîle mais elle n?a que 5 % environ de sa population estudiantine au niveau supérieur et pire encore, les femmes sont très faiblement représentées dans les sciences et les technologies. Le monde de demain sera dominé par les sciences et les technologies. Donc si on continue à exclure nos filles (très souvent cette exclusion est très subtile) de ces filières, c?est Maurice qui sera la grande perdante. Le rêve d?une cyberîle ne demeurera qu?un rêve.
> Pour arriver à la situation idéale, où l?homme et la femme seraient égaux, que nous reste-t-il à faire ?
Changer et révolutionner la mentalité, éduquer les décideurs par rapport à ce que c?est d?avoir un gender mainstreamed household et un gender mainstreamed society. Il faut faire des études et des recherches qualitatives axées sur les différents aspects touchant la vie des femmes. Des méthodes de recherche féministes doivent être adoptées et la « désagrégation » des statistiques est impérative. Le budget national doit être sensible et répondre à leurs besoins Cela ne veut pas dire donner quelques miettes aux femmes mais plutôt de s?assurer que le budget est géré de façon équitable sans les discriminations qui sont souvent latentes vis-à-vis les femmes.
QUE VEULENT LES FEMMES ? (1st partie)
QUE VEULENT LES FEMMES ? (2nd partie)
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