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« Le tabac pas une industrie de charité, car il tue »
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« Le tabac pas une industrie de charité, car il tue »
<B>Chaque année, vous vous élevez contre les bourses remises par la British American Tobacco(BAT). Pourquoi ? </B>
Ce programme de bourses a démarré en même temps que l?interdiction de la publicité pour les cigarettes en 1999. Or la publicité, c?est l?âme du commerce. L?industrie locale du tabac s?est retrouvée privée de publicité, mais elle a trouvé une nouvelle technique de marketing en octroyant des bourses pour les jeunes étudiants.
C?est une population cible. Selon les chiffres de l?Organisation mondiale de la santé, 90 % des fumeurs ont pris leur première cigarette avant 18 ans. Et sur quatre jeunes qui y touchent, deux seront des fumeurs pour la vie, un mourra prématurément et l?autre aura une qualité de vie diminuée.
<B>Vous ne voyez donc aucun côté bénéfique, vous ne croyez pas à leur « responsabilité sociale » ? </B>
Cet argent vient d?où ? Ce n?est pas une industrie de la charité, c?est une industrie qui tue. Et rien ne peut faire oublier que leurs profits se font aux dépens de la santé des gens.
Ce n?est pas une entreprise comme une autre. L?industrie du tabac a été légale parce que l?on n?a pas su à temps le caractère létal du produit. C?est une entreprise inutile. Et c?est la base de leur business. Il faut être fort pour vendre un produit inutile et faire de tels profits.
Certes, l?État bénéficie des taxes, mais il dépense le double dans la santé pour soigner les malades.
<B>Comment se déroule la lutte anti-tabac à Maurice ? </B>
Tout d?abord, il faut rappeler qu?elle doit s?inscrire dans la lutte anti-drogue et commencer là. Lorsque l?on interroge un drogué, on se rend compte qu?il a toujours commencé par la cigarette.
En me fondant sur mon expérience auprès des toxicomanes, je peux vous dire que sur six groupes de 40 personnes, 100 % d?entre eux ont commencé à fumer lorsqu?ils étaient jeunes, et que s?ils peuvent pas se passer de drogue, ils ne peuvent pas non plus se passer de cigarettes.
Il y a pour nous aider, la Natresa, le centre de Solidarité, le centre Idriss Goomany, ou encore Help.
<B>Comment êtes-vous arrivée à vous occuper de cette lutte ? </B>
Par hasard. J?ai été sollicité en 1998. J?ai dit oui car j?ai un côté « j?aime refaire le monde ». J?ai alors cessé de fumer pour me joindre à l?association. C?est une passion grandissante mais qui est très simple à la base .
Quand on à c?ur cette lutte, on ne peut plus ignorer ce que l?on a appris. Celui qui sait et qui se tait est pour moi un criminel.
<B>Quelle est l?actualité de la lutte anti-tabac ? </B>
Le plus important est que Maurice a ratifié un traité pour la convention cadre de l?Organisation mondiale de la santé sur le tabac. Lorsque 11 autres pays auront signé et ratifié ce traité, il aura force de loi internationale. Les principaux points en sont, l?interdiction de toute forme de publicité directe ou indirecte, la protection des non-fumeurs et l?information au consommateur de la dangerosité du produit, si possible sous forme d?image. Il faut savoir que, selon les chiffres officiels, le tabagisme fait cinq millions de morts par an, sans parler de la souffrance et de la diminution de la qualité de la vie. De plus, soixante maladies sont liées au tabac.
<B>L?étiquetage de message ou de photos sur les paquets de cigarettes a?t-il un réel impact sur la consommation ? </B>
Ca marche à fond. Selon les chiffres officiels, les images sur les paquets, provoquent une diminution de 20 %. de la consommation. Une image vaut 1000 mots. Au Canada, dans les bars à tabac, les gens prennent beaucoup de temps pour choisir leurs cigarettes, pour choisir la photo avec laquelle ils pourront vivre.
<B>Qu?en est-il de l?augmentation du prix des cigarettes ? </B>
Elle est capitale et même recommandée par la Banque mondiale selon laquelle, pour 10 % d?augmentation du prix, ce sont 8 % de fumeurs en moins.
<B>On reproche souvent aux associations anti-tabac d?être trop agressives dans leurs démarches. Que répondez-vous à cela ? </B>
C?est l?industrie du tabac qui est agressive. Elle ne recule devant rien et son chiffre d?affaires est florissant.
En tant qu?ancienne fumeuse, je ne suis pas pour le harcèlement des fumeurs, je ne me le permettrais jamais. Toutefois, la liberté du fumeur s?arrête là où commence celle du non-fumeur.
La prévention est très importante, surtout au niveau des jeunes, pour qu?ils évitent de commencer à fumer, d?entrer dans ce cycle infernal. Car ils ne savent pas à quoi ils s?exposent.
<B>Votre priorité est donc les jeunes ? </B>
Il faut que cela entre dans le cursus et les manuels scolaires. Il faudrait des informations réelles chez les plus jeunes, puis des rappels dans les classes supérieures. Celui qui résiste jusqu?à 20 ans est sauvé de la cigarette.
<B>La British American Tobacco répond</B>
Pour Naushad Ramoly, responsable de la communication chez la BAT, les bourses offertes aux étudiants nécessiteux ne constituent en rien une forme de publicité, car la publicité, dit-il, doit se faire à travers des marques, or, aucune marque n?est mentionnée.
« Je ne pense pas non plus qu?il y ait de lien entre l?arrêt de la publicité pour les cigarettes et l?arrivée de notre programme de bourses. Nous sommes une entreprise éthique, légale, et réglementée ».
« Toutes les entreprises font du social, et comme les autres nous avons des activités pour aider la société. Ce n?est pas du marketing », fait-il ressortir.
Ce n?est pas une entreprise comme n?importe quelle autre, et selon Naushad Ramoly, c?est pour cette raison qu?elle doit faire plus pour la société. « C?est mieux que de ne rien faire ».
Pour lui, il faut savoir faire la différence entre la BAT et la cigarette, et que le fait de ne pas aimer la cigarette ne veut pas dire qu?elle n?existe pas. « Ce n?est pas en diabolisant cette industrie que l?on arrivera à quelque chose. La BAT est ouverte aux solutions et propositions ».
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