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« Le secteur privé a le devoir de financer les partis politiques »
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« Le secteur privé a le devoir de financer les partis politiques »
Le Joint Economic Council (JEC) demande aux entreprises de déclarer les sommes qu?elles auront versées aux partis politiques dans le cadre des prochaines élections générales. La recommandation sera-t-elle suivie ?
Le JEC ne peut pas parler au nom des opérateurs individuels, mais nous en avons eu plusieurs qui nous ont demandé quelle devait être la marche à suivre par rapport au financement des partis politiques. Notre dernier mémorandum, Roadmap to competitiveness, insiste sur la bonne gouvernance au sein des entreprises. Sans elle, il est difficile d?attirer les investisseurs étrangers à Maurice, par exemple. Le financement des partis politiques est un élément très important qui fait partie de la bonne gouvernance. Dans ce contexte, nous avons fait cette recommandation à nos membres.
Le rapport Sachs, le Select Committee sur le financement des partis politiques, tous ont abordé la question du financement des partis politiques par les entreprises. Quelle est la position du JEC sur la question ?
On est, en gros, d?accord avec les recommandations du Select Committee. Il y a une recommandation pour augmenter le plafond par candidat à Rs 1 million. Il est actuellement de Rs 250 000 pour les indépendants et Rs 150 000 pour ceux d?un parti politique. On croit que ce serait juste et que les limites doivent être réalistes. L?environnement actuel dicte une plus grande transparence dans les pratiques des entreprises. Dans le passé, ni le Financial Reporting Act, ni le code de conduite du JEC n?existaient. Le moment est venu pour le secteur privé de dire clairement comment il entend participer au financement des partis. Nous ne sommes pas contre les donations, cela a toujours existé dans tous les pays. Nous demandons à nos membres de suivre le Financial Reporting Act, le code de la bonne gouvernance du National Committee on Corporate Governance et le code de conduite du JEC. Ils doivent divulguer les sommes globales qu?ils ont données mais pas combien ils ont donné à tel ou tel parti. C?est un premier pas très important vers une plus grande transparence. Il faut souligner que les partis politiques ont aussi une responsabilité de transparence et qu?ils devront soumettre leurs sources de financement à l?Electoral Supervisory Commission qui aura des pouvoirs et des responsabilités élargies.
Puisqu?on est dans la transparence, quel sera le montant que votre entreprise, Vieo, remettra aux partis politiques ?
Nous sommes une entreprise jeune, nous avons commencé il y a deux ans, et n?avons pas prévu de financer des partis politiques.
C?est une pirouette !
Non, mais c?est clair ! Et si nous décidons éventuellement de financer, nous révélerons nos chiffres.
Pourquoi une entreprise décide-t-elle de financer un parti politique ?
Si les partis politiques n?étaient pas financés, on aurait un problème au niveau du fonctionnement de la démocratie elle-même. Dans toutes les démocraties du monde, les partis reçoivent des financements. Le secteur privé étant un partenaire de la démocratie, il a le rôle et même le devoir démocratique de les financer. Mais quand le système n?est pas transparent, il y a un risque de dérapage. Les motivations derrière le financement peuvent être douteuses, tout le monde en est conscient, il ne faut pas être hypocrite. Des contributions peuvent êtres faites, mais assorties de conditions, pour un traitement favorable plus tard, par exemple. C?est pourquoi, il est extrêmement important d?encourager la transparence. On ne pourra éliminer à 100 % les pratiques douteuses, car c?est impossible. Mais nous réduirons considérablement les risques que des grosses sommes soient données à des partis politiques avec des motivations pas très claires.
« On ne pourra éliminer à 100 % les pratiques douteuses, c?est impossible. Mais nous réduirons les risques? »
Comment l?entreprise détermine-t-elle quel parti financer ?
Il est rare qu?une firme ne finance qu?un seul parti. Si on veut encourager la démocratie, il faut en financer plusieurs. L?entreprise favorise parfois un parti plutôt qu?un autre et je crois que c?est par rapport au programme. Si demain, un parti a un programme électoral qui va à l?encontre des intérêts du secteur privé ou d?une entreprise en particulier, celle-ci va naturellement choisir de financer un autre parti. Les firmes décident de leur contribution par rapport aux programmes économiques des partis.
Mais les décisions de financement sont prises dans le secret, parfois par un seul homme. L?opacité règne?
C?est pourquoi nous voulons encourager les pratiques de bonne gouvernance. Si l?on suit le code, de telles décisions doivent être prises au niveau du conseil d?administration de l?entreprise. Suivant la taille de l?entreprise, il y a différentes manières de procéder mais des procédures transparentes doivent être suivies pour prendre toute décision financière importante, telle que le financement d?un parti politique.
Vous êtes actionnaire du groupe Currimjee Jeewanjee, qui ne date pas d?hier. Le groupe finance sans doute des partis politiques. En tant qu?actionnaire, savez-vous combien ce groupe donnera à tel ou tel parti ?
Dans le passé, le groupe Currimjee, comme tous les autres groupes locaux, n?a pas révélé ces chiffres dans ses comptes. Les actionnaires ne savent donc pas quelles sommes ont servi au financement de partis politiques. Si c?est le cas demain, tous ceux qui auront accès aux comptes pourront trouver cette information.
Y a-t-il une distinction à faire entre les contributions personnelles des chefs d?entreprises en vue et les contributions des entreprises elles-mêmes ?
Tout à fait. Les contributions des entreprises vont être révélées dans les comptes de l?entreprise. Mais les directeurs et membres du conseil d?administration peuvent faire des contributions individuelles par rapport à leurs propres préférences. Il se peut qu?un conseil d?administration décide de financer tel parti alors qu?un de ses membres préfère plutôt en aider un autre. Le rapport du Select Committee aborde la question des contributions individuelles. On veut les encourager tout en imposant un plafond. Il est dans l?intérêt de tous d?avoir une base plus large de personnes qui contribuent au financement des partis. Ces derniers se sentiront alors moins redevables envers certains gros financiers. Une déduction fiscale pourrait encourager les contributions personnelles.
Est-ce que les entreprises se font démarcher par les partis politiques en quête de financement ?
Bien sûr. C?est une pratique courante. Avant chaque élection, les partis politiques viennent demander des contributions au secteur privé, cela fait partie du système et ne devrait pas surprendre.
En février dernier, un groupe de grandes entreprises a commandité un sondage politique. Qu?est-ce qui peut motiver une telle démarche ?
L?environnement économique peut changer à la suite d?un changement politique. Certaines entreprises font régulièrement des risks assessments et peuvent vouloir faire une évaluation de l?environnement économique futur en essayant de savoir quel gouvernement sera en place.
N?est-ce pas une étude pour déterminer sur quel camp miser et financer davantage ?
Pas nécessairement. La plupart des directeurs ne prendraient pas le risque de miser sur un seul cheval. Cela comporte des risques et le secteur privé ne joue pas au casino. D?ailleurs je ne pense pas que le secteur privé puisse influencer ou changer les résultats d?une élection en finançant davantage un parti.
Avez-vous une idée de la somme que les entreprises déboursent durant une campagne électorale ?
Je n?en ai aucune idée.
Ce sont des dizaines de millions ?
Si l?on se réfère au rapport du Select Committee pour la campagne de 2000, près de Rs 650 000 ont été dépensées par candidat. On arrive ainsi à Rs 39 millions.
Comment réagissez-vous quand vous entendez des politiques accuser leurs semblables d?être « pro secteur privé » ?
Sur les grandes orientations du futur, je ne pense pas qu?il y ait énormément de discussions. La route à suivre, sur le long terme, ne prête pas à controverse. Qu?importe le parti au pouvoir, il va devoir suivre plus ou moins les mêmes axes de développement. Nous avons choisi un modèle économique basé sur la libre entreprise, l?ouverture vers l?extérieur et donc, tout gouvernement devra travailler en collaboration étroite avec le secteur privé pour faire avancer le pays. S?il y avait un autre choix et d?autres options économiques importantes entre un parti ou un autre, cela me dérangerait qu?on dise que l?autre est pro-secteur privé. Mais comme il n?y a pas de grande controverse sur les orientations économiques, être plutôt pro-secteur privé ou pas, cela ne veut pas dire grand-chose dans le contexte actuel.
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