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« Le phénomène est revenu »

20 septembre 2003, 20:00

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Il se qualifie de « vieux briscard du rallye ». Un vieux de la vieille qui est un passionné de sport automobile. On le remarque d?ailleurs dans ses propos, et, pendant les trente années durant lesquelles il a arpenté les routes mauriciennes, il a gardé intacts tous ses souvenirs. Au contraire, il les collectionne, les anecdotes les unes les plus farfelues que les autres.

Son premier rallye, il s?en souvient, comme si c?était hier. 1972, les grandes années. « J?étais dans une Renault 16 TS et c?était sur le circuit de Le Val », dit-il instantanément. « À cette époque, c?était le Mauritius Car Club qui organisait les courses de rallye. Pour ma première sortie, j?avais pris la deuxième place », poursuit-il avant d?ajouter : « Je me souviens qu?il y avait un représentant de Renault France qui avait assisté à la course et il est venu me voir après pour me féliciter. Il m?avait aussi prévenu que la voiture n?était pas une voiture de rallye et qu?il fallait faire bien attention. »

En effet, les voitures de rallye de l?époque, c?étaient des voitures de Monsieur Tout-le-monde. « On l?utilisait pour aller travailler. Ça n?a rien à voir avec les voitures actuelles », souligne Marc Koenig. Et dans le temps, c?étaient des rallyes de précision, rien à voir avec les courses actuelles où il faut perpétuellement se battre contre la montre. « Pour les rallyes de précision, il y avait un point de départ et il fallait atteindre l?arrivée dans un laps de temps bien précis. Si on arrivait avant ou après, on était pénalisé », explique-t-il.

Il se souvient qu?à l?époque il y avait un équipage redoutable composé de Robert Steulet et de son copilote Raymond Duvergé. Ils étaient redoutables dans la mesure où, « Robert Steulet, le Suisse, c?était la précision et Duvergé était arpenteur du gouvernement et connaissait donc tous les recoins de l?île. Un savant mélange ».

Ces années 70 étaient les années fastes du sport automobile mauricien. « Les gens campaient sous des tentes, la veille, en attendant le passage des voitures le lendemain. Ils étaient massés aux abords de la route pour suivre les Mauriciens de même que les Réunionnais, car les pilotes de l?île soeur participaient ponctuellement à des courses mauriciennes. Il y avait même une Porsche », se remémore-t-il.

Puis en 1978, c?était la dernière Ronde. Au début des années 80, selon notre interlocuteur, le rallye était au creux de la vague. Le pays traversait une période économique difficile « et voir certaines personnes brûler de l?essence alors que l?essence était chère, n?aurait pas été bien perçu ». Mais vers la fin des années 80, c?est le CAR (Club Automobile de Rallye) qui reprend le flambeau pour l?organisation des courses de rallye. Et au milieu des années 90, c?est encore une fois, le creux de la vague.

Vient ensuite le club AutoSport, il y a six ans. « Ce club a donné un sacré coup de pouce au sport automobile alors qu?il était bien malade. Avant la prise en charge d?Autosport, il y avait peut-être 10 ou 12 véhicules, mais maintenant il y en a 37 inscrits au championnat », souligne Marc Koenig.

L?organisation bien orchestrée par Jean Collen et son équipe de bénévoles refait décoller le sport automobile à Maurice. Avec l?évolution du parc automobile mauricien, de nouvelles voitures plus puissantes participent à des rallyes. « Il y a eu une énorme évolution de la mécanique et du pilotage de même que les trois aspects fondamentaux que sont le freinage, la suspension et la sécurité ».

Fini le temps des voitures de Monsieur Tout-le-monde. « De nos jours, ce sont des voitures spéciales qui ne peuvent être conduites par n?importe qui. On a même refait notre retard sur les Réunionnais et avec plus ou moins le même matériel, on arrive dorénavant à faire la différence dans les courses », fait-il ressortir.

L?ampleur prise par les courses automobiles ces dernières années ramène de bons souvenirs pour Marc Koenig. A titre d?exemple, explique-t-il, les rallyes de l?époque totalisaient à peu près 5 km à Chamarel contrairement a 11 km actuellement. « Or, lors de la Ronde Citroën récemment, on voyait plusieurs personnes sur les abords de la route. Il faisait nuit, il pleuvait et le parcours était de 11 km. Ça veut dire que la personne a marché pendant 11 km sinon plus pour venir assister aux courses. C?est merveilleux », déclare Marc Koenig. « Il y a presque autant de monde sur les routes maintenant qu?autrefois, le phénomène est revenu », lance-t-il. Il ouvre une parenthèse pour souligner que le public mauricien est plutôt bon enfant par rapport aux autres publics de rallye. « À l?époque, les routes n?étaient pas balisées, mais maintenant si. Heureusement qu?il n?y a pas eu de mort à déplorer jusqu?à maintenant », ajoute-t-il.

Ecole de conduite

Evoquant le pilotage, il ne passe pas par quatre chemins pour dire que le rallye est une véritable école de conduite. « Contrairement à ce qu?on a tendance à croire, le rallye rend les pilotes plus vigilants au volant. On apprend à mieux maîtriser son véhicule et on est moins fougueux », précise-t-il.

Si l?ambiance est bel et bien présente sur les routes dans quasiment tous les rallyes, elle l?est également parmi les pilotes. « Il n?y a pas d?animosité parmi nous. Au contraire, c?est plutôt de la fraternité. On a du plaisir à se rencontrer dans les briefings d?avant-course », note-t-il et d?ajouter : « J?ai beaucoup d?estime pour ces pilotes des autres groupes qui viennent participer aux rallyes, même dans leur Mini. Ils savent qu?ils ne pourront pas réaliser les temps scratchs et concurrencer les autres voitures plus puissantes, mais ils viennent pour le plaisir. »

Autre avènement qui, selon lui, aidera le rallye mauricien à se développer, c?est l?apport des concessionnaires. « Je tire mon chapeau à Axess, le concessionnaire de Citroën, qui a placé plusieurs voitures dans les courses de cette année-ci. J?espère que ça va faire réfléchir les autres concessionnaires afin de relever davantage le plateau », laisse-t-il entendre. « Il y a de plus en plus de bons pilotes à Maurice. Je suis sûr que si on leur donne les moyens, ils vont progresser davantage », renchérit Marc Koenig.

Aujourd?hui, à partir de 11 h 30, au complexe commercial de Trianon, il sera une nouvelle fois sur la grille de départ, mais en tant que pilote de Christopher Bouic sur Mitsubishi Evolution VI. « Je ressens toujours les mêmes sensations avant chaque rallye, comme au début. Je sens l?adrénaline monter, mais je dirais qu?il y a moins de fougue de ma part. Je suis plus cool et plus réfléchi », fait-il remarquer. La passion même à 55 ans?

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