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« Le ministre des Finances n?a pas les moyens de ses ambitions »

6 mai 2007, 00:00

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« Le ministre des Finances n?a pas les moyens de ses ambitions »

<B>Le contrôle des prix a fortement oppo-sé le ministère du Commerce et le secteur privé depuis plus d?un an. Diriez-vous que l?entente est revenue ? </B>

Ce qui s?est passé récemment, au sujet des produits soumis au contrôle des prix, nous a donné raison. On a constaté que tous les prix qu?on a voulu réguler ont fini par augmenter. Le contrôle a aussi un effet pernicieux en réduisant la concurrence. C?est ce qu?on a pu voir avec le lait ou le fer plus récemment. Et les opérateurs aux reins moins solides ont fermé les premiers, car en perdant de l?argent, ils n?ont pas eu les ressources financières nécessaires pour surmonter la situa-tion difficile.

La conclusion de tout cela : au lieu de contrôler, il faut libéraliser afin qu?attirés par des marges intéressantes, d?autres opérateurs entrent dans le secteur. Cela créera alors une concurrence saine qui profitera, au bout du compte, aux consommateurs. Ces derniers doivent savoir que leurs intérêts ne peuvent être défendus que par la concurrence. En voulant imposer un contrôle des prix qui fait perdre de l?argent aux opérateurs existants, on bloque toute arrivée de nouveaux opérateurs.

<B>Le ministre du Commerce a fini par annoncer la libéralisation du prix des barres de fer. Avez-vous perçu cela comme un signe de bonne volonté ? </B>

On ne le sait pas. C?est ce qu?on voulait. Mais en se repassant le film des événements, on ne peut que constater que l?intransigeance a fait des victimes. Il y a d?abord eu la fermeture de Consolidated Steel, puis celle de Desbro. Mais si on avait agi plus tôt, avec les ac-teurs existants, on serait peut-être dans une situation plus con-currentielle. Es-pérons quand même que c?est un changement de cap qui permettra de se dé-barrasser, à terme, des derniers vestiges du contrôle des prix.

<B>L?application d?une loi sur la compétition et la mise en place d?une instan-ce indépendante de contrôle de la con-currence ne sont-elles pas des étapes importantes pour abolir toute forme de contrôle des prix ? </B>

On n?a jamais été d?accord sur le fait que ce soit le ministère qui régule les prix, car, comme il n?est pas neutre, il ne voudra pas que les prix augmentent. Quand ces instances seront en place, le ministère du Commerce n?aura plus aucun rôle de régulation. Il a d?autres choses plus importantes à faire pour le développement du commerce que de se contenter de contrôler les prix. Un ministère du Commerce et de l?Industrie est là pour favoriser le développement économique, et pas pour étouffer les opérateurs.

<B>Bata, marque emblématique de la production locale de chaussures, ferme ses portes. L?avenir est-il vraiment dans l?exportation pour notre industrie locale, ou est-elle condamnée à mourir ? </B>

Cette logique est négative. Certaines industries existent depuis un quart de siècle. Elles ont servi le marché local, ont investi et se sont développées en créant des emplois. Il est tout à fait logique qu?aujourd?hui le pays essaye de les soutenir face à la concurrence internationale. Il faut faire un audit des sous-secteurs et évaluer leur degré de compétitivité pour savoir s?ils ont une chance de s?en sortir. Certaines industries ont disparu, d?autres vont disparaître, mais demeurons toutefois positifs. Donnons tous les moyens possibles aux entreprises qui peuvent faire face à la concurrence pour qu?elles se développent.

<B>Une bonne partie de notre industrie locale se borne toutefois à ne produire que pour le marché domestique?</B>

C?est une question de mindset. Cet état d?esprit doit non seulement s?appliquer à l?industrie, mais aussi à tous les autres secteurs et domaines d?activité sociale. Depuis les négociations dans le cadre de la Sou-thern African Development Community (SADC), il y a eu une approche systématique pour essayer de développer une stratégie car nous savions que les droits de douane vis-à-vis de l?Afrique du Sud et d?autres pays de la SADC et du Common Market for Eastern and Southern Africa allaient disparaître.

<B>Il faut donc une réaction vigoureuse?</B>

Les entreprises ont affiché la volonté de se restructurer et elles ont demandé du temps. Il faut cependant dire que la majorité n?a pas vu le temps passer et le mindset n?a pas changé pendant 4 ou 5 ans. Mais l?industrie est aujourd?hui beaucoup plus consciente de cette nécessité. Je constate que la prise de conscience a eu lieu chez l?Association of Mauritian Manufacturers, par exemple. Il faut capitaliser là-dessus.

<B>L?investissement privé mauricien est très focalisé sur l?hôtellerie et les « Inte-grated Resorts Schemes ». Diriez-vous que l?industrie locale a cessé d?investir ? </B>

Elle a investi, et il y a même eu une légère progression. Mais on comprend bien que, devant les menaces qui pèsent sur son avenir, elle n?a pas toute la sérénité pour essayer de financer de grands projets.

<B>De quelles menaces s?agit-il ? </B>

Il y a toujours la crainte d?une nouvelle baisse rapide des droits de douane. Ce qui accroîtrait d?un coup la concurrence et rendrait les industries locales moins compétitives, leur faisant, ainsi, perdre ce qu?elles ont.

<B>S?il y a des craintes, c?est que vous ne savez pas dans quelle direction la politique du gouvernement va s?orienter. Il n?y a donc pas de dialogue ? </B>

Ce n?est pas tout à fait cela. Il existe encore des différences d?appréciation sur la politique de réduction des barrières tarifaires. Ensuite, on n?a pas encore vu, de manière claire, ce que ce gouvernement est disposé à faire pour pousser l?industrie locale à s?exporter. De leur côté, les opérateurs sont arrivés à un palier où il y a un saut à faire en termes de qualité. Et pour cela, il faut des partenaires stratégiques. C?est encore une fois l?état d?esprit qui doit changer. Si la volonté d?ouverture est bien là, je crains toutefois qu?on ne progresse pas suffisamment vite dans notre ouverture vis-à-vis des partenaires stratégiques.

<B>Le dernier budget contenait de nombreuses mesures visant à améliorer le climat des affaires et de l?investissement. Le gouvernement n?a-t-il toutefois pas manqué d?initiative par rapport aux entreprises existantes ? </B>

La pensée est cloisonnée à Maurice. Dans le sucre, on a demandé et obtenu des mesures d?accompagnement pour gérer les pertes de revenus avec la baisse de notre prix garanti de 36 %. Mais on n?a pas le même raisonnement quand on pense aux autres secteurs.

Par exemple, l?industrie locale a subi la baisse des barrières tarifaires, qui ont été ramenées de 80 % à 30 %, et sa marge de confort a drastiquement régressé. Mais on ne fait rien pour accompagner cette baisse. Il faudra avoir un programme énergique d?accompagnement des entreprises. Enterprise Mauritius a commencé, mais ce n?est pas suffisant. Il va falloir cibler les entreprises. Et selon leur potentiel, les pousser à faire mieux.

« Un ministère du Commerce et de l?Industrie est là pour favoriser le développement économique, et pas pour étouffer les opérateurs »

Il n?y a aussi aucun scheme à Maurice qui permette, à travers du capital-risque, d?aider les entreprises à prendre une nouvelle dimension. Et les banques ne sont pas nécessairement disposées à financer certains projets. La question, aujourd?hui, ce n?est pas seulement d?aider les petits entrepreneurs à démarrer, mais de permettre aux entreprises qui sont à un stade de développement intermédiaire d?atteindre un nouveau niveau.

<B>Certains, au gouvernement, semblent toutefois avoir comme priorité de faire émerger de nouveaux « players », quitte à brider volontairement le développement des grandes entreprises existantes?</B>

Cette perception existe. Dans la bataille de la concurrence globale, il faut pousser toutes les entreprises du pays. On ne peut pas adopter un modèle de développement axé sur le marché et l?entrepreneuriat, pour dire ensuite que, quand certains réussissent, ce n?est pas bon ! Soit on est pour une économie de marché, soit on y est opposé.

« On a été habitué à voir son pouvoir d?achat augmenter depuis deux décennies. On vit donc maintenant très mal toutedétérioration »

<B>Les mesures du dernier budget ont aidé à attirer un gros volume d?investissement direct étranger. Comment s?assurer que cette tendance se poursuive ? </B>

Avoir la plate-forme d?affaires la plus efficiente est une condition nécessaire pour attirer l?investissement direct étranger (IDE), mais elle n?est pas suffisante. Il faut surtout des opportunités d?affaires. Avant nous, certains pays ont mis de meilleures plate-formes en place. Mais ils n?ont pas pour autant attiré des IDE massifs. Pour l?instant, ce qui intéresse à Maurice, c?est l?or bleu, à savoir, les IRS et les hôtels qui sont construits devant la mer, de même que le seafood hub.

Nous avons là un potentiel que d?autres ne possèdent pas. Mais une fois qu?on aura épuisé cela, que vendra-t-on ? Nous devons donc nous acheminer vers une économie de services. Puisqu?il y aura le tourisme, les IRS, il faudra tabler sur tout ce qui peut être construit autour de l?industrie de l?hospitalité : l?éducation tertiaire, la santé, les services financiers, les technologies de l?information et de la communication. Voilà l?avenir de Maurice.

<B>Qu?est-ce qui demande à être corrigé et affiné par rapport aux mesures du dernier budget ? </B>

Le ministre des Finances n?a pas les moyens de ses ambitions. On par-le de développements à travers les partenariats pu-blics/privés (PPP), mais je crois que l?État doit avant tout réduire son endettement. Diminuer le budget qui passe ac-tuellement au service de la dette. Pour, après, avoir plus de marge de man?uvre dans ses dépenses. Et des moyens pour appuyer la croissance économique.

<B>C?est le fonctionnement de l?État et de ses appendices que vous voulez voir réformer au plus vite ? </B>

On devrait choisir de cibler les prestations sociales. Mais on a vu le tollé que cela soulève. La population ne comprend pas encore la nécessité de cette politique. Il faut donc trouver de nouveaux moyens de fi-nancements. Sinon on arrivera à des situations incroyables.

Comme dire, par exem-ple, qu?on ne peut pas trouver Rs 150 millions pour financer la promotion du tourisme à Maurice, alors mê-me que l?État a le devoir de trouver les moyens d?appuyer, de manière significative, certains secteurs qui ont le potentiel. Pour cela, on peut penser qu?il serait grand temps de vendre les parts de l?État dans les entreprises comme Air Mauritius, la State Bank ou encore Mauritius Telecom.

<B>La question du pouvoir d?achat est préoccupante. Le débat autour de la compensation salariale est très tendu. Peut-on espérer une sortie de « crise » ? </B>

On ne peut pas changer le mindset des syndicalistes ni des salariés comme ça. On a été habitué à voir son pouvoir d?achat augmenter pendant deux décennies. On vit donc maintenant très mal toute détérioration. Et ce n?est que dans certaines couches vraiment vulnérables que les gens se serrent la ceinture. Ceux qui en ont les moyens ont sacrifié leur épargne et se sont endettés pour continuer à consommer. Les gens n?ont vraiment pas reçu le message que nous sommes en difficulté et ce n?est que depuis un an qu?il y a un léger tassement de la consommation.

<B>On commence donc à comprendre?</B>

Les gens prennent conscience de la situation. Il faut absolument dire à la population qu?elle doit faire des sacrifices. La formule d?avant consistait à compenser les travailleurs en fonction de l?inflation. Mais c?est une voie suicidaire. Comment exporter notre sucre à 36 % moins cher, notre textile à un prix diminué tout en important nos produits plus chers ? On ne peut espérer, dans ces conditions, avoir plus d?argent pour con-sommer. C?est impossible ! Une augmentation salariale ne peut que provenir d?une hausse de la productivité.

Propos recueillis par Rabin BHUJUN

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