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« On a laissé mourir Jerry »

14 novembre 2004, 00:00

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De longues minutes se sont écoulées depuis que le cortège funéraire a pris la route de Mahébourg pour rallier l?église Notre-Dame des Anges. Des voisins, réunis en petits groupes à chaque coin de rue de Bois-d?Oiseaux, Plaine-Magnien, s?échangent des souvenirs sur Jerry, terrassé par une hémorragie cérébrale.

Jerry était très apprécié pour sa propension à aider son prochain. D?où le choc ressenti à l?annonce de cette mort aussi inattendue que brutale.

La douleur est d?autant plus palpable chez ses proches, que l?infortuné a rendu l?âme à la veille de fêter ses 36 ans. Nul ne parvient à expliquer les circonstances qui ont conduit à cette mort tragique.

Françoise, l?une de ses quatre s?urs, est effondrée. C?était elle qui s?occupait de Jerry depuis que sa femme s?était séparée de lui en emmenant leurs deux enfants, âgés de 12 et de 6 ans.

« Le personnel de l?hôpital Nehru a laissé mourir mon frère. Si on l?avait soigné comme il le fallait, il ne serait pas mort. On l?a mis dans un coin sans se soucier de son sort », s?indigne la jeune femme.

C?est dimanche matin que l?état de santé de Jerry a commencé à se dégrader. « Li ti pé vomi et li pe gaign lafiev », se souvient Françoise.

Un malaise passager

Vers 10 heures, ne se sentant pas d?aplomb, il se remet au lit contre l?avis de ses proches. Il ne veut pas non plus se rendre à l?hôpital, estimant qu?il souffre d?un malaise passager.

Lundi matin, c?est le même scénario. Il vomit tripes et boyaux, mais refuse toujours de voir un médecin. Vers 20 heures, son état empire. Françoise l?oblige alors à la suivre à l?hôpital de Rose-Belle.

Comme Jerry a subi une grosse intervention chirurgicale il n?y a pas longtemps et qu?il a l?habitude de taquiner la bouteille, sa s?ur devait faire part de ses inquiétudes au médecin qui ausculte Jerry.

Même pas de l?eau à boire

« Le docteur a examiné sa main et m?a déclaré que son cas paraissait grave. Il m?a dit qu?il allait le faire mettre sous perfusion. » Jerry est alors admis en salle vers 22 h 30. Tôt le lendemain matin, il est dans un état lamentable lorsque ses proches lui rendent visite.

« Line al lasel lor so lili mem. So pantalon ti trempe. Personn pane sanz li, linn vomi anba, pa mem inn donn li ene bassinn, li tinn zet lekor net », s?indigne une cousine du disparu. « Jerry s?est plaint qu?on lui ne lui a même pas offert de l?eau à boire. Il était livide. Un infirmier nous a déclaré que son foie était foutu. Jerry avait perdu le moral, il était à l?agonie », lance Françoise. « Kass ki fer tout. Si zot ti dir nou ki zot pas ti pou pran li kont, nou ti ava fer lot demars. Si ti donn li tretman ki bizin, kapav li ti pou sapé », affirme une cousine.

Les proches veulent savoir pourquoi le malade n?a pas été mis sous perfusion. « On nous a expliqué qu?il ne tenait pas en place, qu?il bougeait trop. Mais comment font-ils alors avec un malade mental ? Ils auraient dû l?attacher.»

Les Télémaque sont furieux contre le personnel médical, soutenant que Jerry n?a pas été examiné par un spécialiste. Ils rejettent également le constat d?un médecin qui a établi que le patient avait bu trop d?alcool.

« C?est complètement faux. Il ne boit pas tous les jours, et il n?a jamais été en cure de désintoxication. Samedi, il était parti parier aux courses à Rose-Belle. Il est rentré se reposer avant de sortir le soir pour prendre un pot avec un ami. Il est rentré avec un plat à emporter de briani avant d?aller de coucher.»

Dimanche matin, Jerry s?était préparé pour aller au travail, mais son employeur ne s?est pas présenté, confie sa s?ur. C?est à ce moment-là qu?il a commencé à se sentir mal et qu?il a été pris de tremblements. À partir de là, son état n?a fait qu?empirer.

« On nous a conseillé de poursuivre le ministère de la Santé. Mais comment nous y prendre ? Nous sommes de pauvres gens », se lamente Françoise.

Passé le choc, les Télémaque veulent savoir quels sont les recours possibles pour tenter de connaître les causes de la mort du jeune homme.

En attendant, ils sont toujours dans le flou, ne sachant pas à quelle porte frapper.

Un homme seul

Jerry est mort comme il a vécu : seul. C?est sans sa petite famille qu?il a été conduit à sa dernière demeure. Sa femme l?a quitté en 2001 avec leurs deux enfants, et il n?a jamais pu supporter cette rupture. Possessif, il interdisait à sa femme de travailler et n?a pas digéré le fait qu?elle ait trouvé un emploi dans une usine textile de la région. Lasse de ses interminables disputes, son épouse est partie pour Rivière-Noire, son village natal, sans un regard en arrière. Depuis, Jerry se morfondait dans son coin, sans se confier à ses proches.

« Il n?était pas du genre à conter ses malheurs ». Elève à l?école de Willoughby, à Mahébourg, il a commencé à travailler après le Standard VI. En enchaînant les petits boulots, il avait trouvé un job comme ouvrier dans l?ancien garage Teeluck, à Castel. Lorsque le garage a fermé ses portes, il est devenu maçon. Grâce à ce métier, il comptait construire sa maison. « Histoire de refaire sa vie un de ces jours », soupire Françoise. Les fondations étaient déjà jetées mais le sort en a décidé autrement?

La Santé attend le rapport d?autopsie

À vendredi après-midi, le ministère de la Santé n?avait pas pris connaissance du rapport d?autopsie du médecin légiste Sudesh Kumar Gungadin. Ce dernier a attribué les causes du décès à une hémorragie cérébrale. La Santé indique que le patient a été admis le 8 novembre pour un « heavy alcohol ingestion » et se plaignait de vomissements répétés. Et précise que tous les soins ont été prodigués au malade. « Son état de santé s?est subitement détérioré vers les 22 h 30. Il a reçu les soins appropriés et des mesures ont été prises pour le réanimer », déclare un haut cadre du ministère. Mais le lendemain, à 11 h 15, il a rendu l?âme. Si la famille du défunt porte plainte auprès du Medical Council, le ministère pourrait ouvrir une enquête départementale.

L?hémorragie cérébrale en question

Outre un traumatisme provoqué par une chute, une personne souffrant d?une hypertension peut être victime d?une hémorragie cérébrale. « L?hémorragie peut être subite, suite à une rupture d?anévrisme. Un vaisseau sanguin au cerveau se casse et c?est la catastrophe », explique un spécialiste. « Le patient Télémaque aurait dû subir un CT Scan dès son admission. Il était déjà en mauvais état et le médecin qui l?a consulté aurait dû faire appel à un spécialiste. Le patient qui ne tient pas en place est déjà une indication qu?il ne va pas très bien. » Puis c?est connu. Un accident vasculaire cérébral est si vite arrivé et doit être traité comme une urgence médicale Le site médical www.doctissimo.fr indique qu?un médecin doit déterminer si un patient est atteint d?une interruption de l?irrigation sanguine ou d?une hémorragie. Et aussi voir si le tissu cérébral touché est récupérable ou définitivement détruit. D?autres examens sont nécessaires pour déterminer la cause de l?accident vasculaire cérébral. La nature, la gravité des symptômes, les antécédents du patient, ses facteurs de risque, son âge constituent les premiers éléments de diagnostic. Le cas peut être un accident ischémique (obstruction d?un vaisseau sanguin par un caillot qui réduit l?irrigation sanguine dans une zone cérébrale). Ou une hémorragie cérébrale, voire un hématome cérébral faisant suite à la rupture d?un vaisseau cérébral. Dans ce cas, le sang se répand et endommage le tissu cérébral alentour. Sans traitements, c?est la mort assurée, un handicap ou la démence.

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