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« La discipline ne doit pas être négociable »

20 février 2005, 00:00

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Il ne manquait plus que ça. Pour ajouter au sentiment d?insécurité qui plane dans le pays, « l?élite » se met de la partie. Aspersion d?urine, dégradation de matériel, tags, violences verbales? tout le monde est d?accord, ils ont dépassé les bornes. Et après? Ils s?excusent et disent qu?ils seront plus vigilants l?année prochaine. Comment gérer la situation ?

Entre laxisme et sévérité, les établissements scolaires ne savent pas toujours sur quel pied danser. Les enseignants, dépassés, réclament des moyens pour pouvoir maintenir l?ordre. Farhad Khoyratty chargé de cours à l?université, préconise, lui, une approche éducative plus holistique.

Des collégiens sèment la terreur pour manifester leur joie. Faut-il mettre cela sur le dos de l?euphorie ?

Il y a euphorie et euphorie. Ces collégiens ont dépassé les limites. Pourtant, je ne crois pas que ce soient des jeunes à tendance agressive répétée. Je crois que c?est plus grave parce que cela cache un problème plus général à Maurice : un manque de maturité affective et émotionnelle. C?est un fléau national. Il suffit de prendre le volant pour se rendre compte de l?immaturité qui règne sur les routes. Des hommes ou des femmes qui tuent leur conjoint par jalousie, c?est aussi un signe de manque de maturité.

L?élite devrait donner l?exemple?

Faire partie de « l?élite » intellectuelle ne garantit pas une plus grande maturité affective. L?une ne suit pas forcément l?autre et tout dépend du régime pédagogique dans laquelle elle a évolué. J?ai rencontré beaucoup d?étudiants intelligents, mais qui n?ont pas grandi émotionnellement. Ici, on étudie de façon scolaire et pas de façon holistique. Une éducation se doit de préparer le citoyen pour la vie dans tous ses aspects.

Il ne peut donc plus être question de sanction ?

Il ne suffit pas d?imposer une punition. Il faut s?attaquer aux causes du problème. Punir quelques jeunes, et les affubler d?adjectifs déplaisants revient à ce qu?on appelle le rituel du scapegoat. Vous savez, cette tradition qui consiste à sacrifier une chèvre quand une communauté a un problème. C?est la chèvre qui paie et on tourne la page.

Une punition n?a de sens que si l?élève a compris son contexte, et qu?il a pris conscience de sa faute. S?il accepte la punition juste parce qu?elle lui a été imposée, cela mène à plus de frustration, et ça infantilise l?élève. Il s?enfonce ainsi dans une logique de culpabilité, de punition, et d?interdit. C?est ce même interdit qui finit par le séduire. La punition est une solution de dernier recours quand toute autre forme de communication devient caduque.

Comment éradiquer la violence ?

L?agressivité est naturelle chez l?être humain, mais il faut savoir la canaliser. Elle se transformera ainsi en dynamisme, source du caractère de battant que tout le monde respecte. Les jeunes sont déjà exposés à une société violente. Les films ne nous enseignent pas à voir le monde de manière plus nuancée. Si le sport, par exemple, avait un rôle plus important, cela pourrait aider à canaliser cette agressivité. Une compréhension intime de la culture du jeune manque à l?école. C?est toute une philosophie à adopter. On a besoin d?une structure qui permet le questionnement, la participation des élèves, la confiance en soi, le sens de la responsabilité.

Et les parents ? Certains ont tendance à couvrir leur enfant.

On ne peut pas s?ingérer dans chaque chaumière. La jeune génération est choyée. Les parents, qui ont accédé au statut de nouveaux riches, veulent offrir à leurs enfants un maximum de confort. Résultat : on se retrouve avec une génération encore plus infantilisée. Il y a aussi certains parents qui se trouvent dépassés par ce monde de jeux vidéo, de SMS qui isolent les jeunes. Or, les manières s?apprennent par le jeu social ou par le sport. La solution reste le système éducatif. C?est par là qu?il faut commencer.

Les jeunes parlent parfois de règlements démesurés. Ils se révoltent alors contre tout le système.

Il faut des règlements, c?est sûr. Le jeune n?est pas encore un adulte. Ce qui compte, c?est la manière de les appliquer. Il ne faut pas en faire un appareil répressif. Il faut mettre les choses en perspective, agir avec autant de démocratie que possible. Ceci dit, la discipline ne doit pas être négociable. Dans tout cela, il faut beaucoup de psychologie.

Vous croyez qu?on peut aboutir à une génération plus responsable ?

Le mot « responsabilité » a deux sens. D?un côté, cela veut dire « j?ai fauté, je suis responsable, je m?excuse », soit la culpabilité. De l?autre, cela veut dire, « je me prends en charge, je mesure les conséquences, donc je réfléchis avant d?agir ». Peut-on être vraiment responsable de ses actes dans le premier sens, si l?habitude de se sentir responsable, dans le second sens, n?est pas inculquée ? Il faut préconiser la seconde approche et pour cela, faire confiance aux jeunes. Il y a urgence. On parle ici d?adultes de demain. Il nous faut donc regarder les choses en face sans chercher à faire l?autruche ni s?arrêter à la chèvre à sacrifier.

Propos recueillis par Corina JULIE

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