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« La consultation psychologique est un des chemins de guérison »
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« La consultation psychologique est un des chemins de guérison »
<B>Un mari qui tue sa femme et se suicide après. Un bébé abandonné près d’une poubelle. Un oncle violeur. La violence domestique et les problèmes familiaux, premières causes de suicide… Peut-on parler de mal de société ou de mal-être ?</B>
Chaque individu est une composante de la société. Les faits de société récurrents, les situations de mal-être vécues par plusieurs personnes constituent des maux de société. La violence physique comme verbale a existé de tout temps. Elle est de plus en plus médiatisée. L’aspect positif de la médiatisation est le refus de passer sous silence tous ces actes odieux où la dignité de la personne humaine est bafouée.
Mais cela ne suffit pas de publier des photos ou de donner des détails sur le type d’actes infligés. Les conséquences physiques et/ou psychologiques de ces actes de violence et les techniques qui pourraient être adoptées pour éviter ce genre de situation, devraient aussi être médiatisées. Ainsi, en réalisant l’ampleur des dégâts causés par toute forme de violence, on peut tendre vers une prise de conscience efficace sur le plan individuel et social.
<B>Pourquoi certaines personnes ont-elles du mal à faire face à l’adversité, alors que d’autres régissent mieux dans des situations d’échec et de déception ?</B>
Plusieurs facteurs expliquent la réaction de chaque individu dans une situation qui lui pose problème : l’éducation, la personnalité, certains facteurs environnementaux comme l’excès de bruit. La théorie de l’apprentissage (Bandura 1973) stipule que tout comportement agressif a d’abord été observé, appris et peut donc être reproduit, l’individu n’ayant pas de solution alternative pour exprimer sa colère ou sa frustration. Plusieurs études le soutiennent.
Il importera donc, dans les familles, en milieu social et scolaire d’apprendre aux enfants dès leur plus jeune âge, à utiliser des mots pour exprimer un mal-être vécu. Un conflit, issu d’une divergence de points de vue est, à la base, neutre et normal. Ce qui est anormal c’est la violence physique et/ou verbale employée pour le gérer. Toute personne, quel que soit son âge, peut acquérir des outils de communication afin de ne plus avoir recours à la violence dans des situations d’échec, de déception…
<B>Ailleurs, on voit que des gens règlent leurs problèmes sous la lumière des projecteurs dans des émissions comme « Super nanny », « C’est mon choix ». Comment interprétez-vous ce besoin d’aller à la télé ou de regarder ce genre d’émission ?
Il est souvent plus facile d’aborder une situation problématique devant une tierce personne, que directement avec la personne concernée. Parler d’un conflit en présence d’observateurs permettrait d’éviter un désaccord qui viendrait déranger « notre petit confort de vie de tous les jours ». On croit ainsi qu’on peut y maintenir une certaine harmonie, qui est d’ailleurs souvent une fausse harmonie car elle est pleine de non-dits et de frustrations accumulées. En parler devant plusieurs personnes pourrait permettre de se sentir plus fort ou de prendre les observateurs à témoin.
Les individus qui regardent ce genre d’émissions peuvent s’identifier aux personnages ou à une situation de couple qui leur est familière. Ils pensent que leur conjoint(e) s’y retrouvera aussi et comprendra ce qu’il ou elle est en train de ressentir, sans en parler.
Or, aucune situation de vie n’est similaire. Les émissions peuvent donner des indications sur un comportement, mais c’est illusoire de croire que toutes les solutions y résident.
Le mieux c’est de ne pas tenter de deviner ce que pense ou ressent l’autre.
Il importe que chacun le mette en mots simples et non ambigus. Il arrive que dans certains cas, on se sente effectivement démunis pour résoudre nos problèmes, ce qui est normal car nous avons tous des limites. Il est alors possible d’avoir recours, en toute humilité, à des personnes compétentes qui nous donneraient certains outils pratiques pour faire avancer une relation, un problème.
Les Mauriciens devraient-ils avoir plus recours aux professionnels ?
<B>Y aurait-il moins de violence, de frustration s’ils allaient voir les psys ?</B>
À Maurice, pour beaucoup de personnes, seuls les fous ou les individus avec des problèmes graves vont voir les psys. Le rôle du psychologue est souvent méconnu. Un psychologue est d’abord là pour écouter toute personne qui vit une situation qui la dérange, qu’elle vit mal avec elle-même ou avec d’autres. Un psychologue n’a pas de baguette magique et n’incarne pas la vérité toute puissante. Il possède juste certains outils et une écoute qui peuvent aider.
Si les individus arrivaient à parler de leur souffrance, de leur colère à un psychologue ou à un proche à qui ils font confiance, ils arriveraient probablement à prendre conscience et mieux canaliser les sentiments difficiles vécus. Leurs problèmes, leurs maux mis en mots, amèneraient moins de violence envers eux-mêmes (abus de drogue ou d’alcool, non-respect de notre corps…), et envers les autres (humiliations, coups, menaces au sabre…).
<B>Concrètement, que fait le psychologue ? Quelles situations peut-il entendre en consultation ?</B>
Il faut d’abord comprendre qu’un psychologue est tenu à la confidentialité, tant au niveau de l’identité de ses patients, que de leurs propos. Il tente d’aider au mieux la personne qui lui fait confiance en venant la voir. D’abord en l’écoutant, en la rejoignant dans ce qu’elle est en train de vivre et de ressentir, et en proposant certains outils pouvant être mis en application. Cette aide peut être ponctuelle ou à long terme, selon les personnes et selon leur contexte de vie.
En consultation, on est amené à aider des personnes qui vivent une situation difficile et qui leur pose problème ou question. Plusieurs problématiques différentes peuvent être entendues : divorce, problèmes avec les enfants et adolescents, difficultés scolaires, dépression, problèmes de communication en couple ou sur leur lieu de travail, alcoolisme, manque de confiance en soi, maltraitance, abus sexuel…
<I>« À Maurice, pour beaucoup de personnes, seuls les fous vont voir les psys. »</I>
<B>David Servan-Schreiber, professeur de psychiatrie, parle de gérer le stress, l’anxiété, la dépression sans médicament ni psychanalyse dans son livre Guérir. Il prône l’acupuncture, l’exercice physique… Y a-t-il pour vous d’autres façons de guérir à part le recours à la consultation psychologique ?</B>
La consultation psychologique est un des chemins de guérison. La première étape de guérison est de reconnaître que quelque chose dysfonctionne dans notre vie, qu’on a un problème. Il importe de nous écouter nous-mêmes, d’être honnête avec nous. C’est la première étape capitale. Puis, il s’agira de vouloir régler ce dysfonctionnement et de prendre les mesures nécessaires pour être bien, deuxième étape importante.
À chacun d’essayer de trouver comment y arriver. Si on pense ne pas pouvoir y arriver seul, choisir d’en parler à quelqu’un de proche qui puisse nous écouter ou à toute personne de confiance qui sache écouter est un troisième pas positif vers la guérison.
Les solutions proposées par David Servan-Schreiber sont efficaces et sont complémentaires à la consultation psychologique, à la verbalisation.
Dans certains cas, si cela est nécessaire, il est aussi possible de réclamer l’aide d’un médecin, d’un psychiatre, qui puisse prescrire des médicaments comme soutien pendant quelque temps, simultanément à la consultation psychologique. À chacun d’apprendre à se connaître et découvrir les méthodes qui lui seront bénéfiques sur sa route vers le bonheur.
<I>Propos recueillis par </I> <B>Corina JULIE</B>
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