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« J’ai choisi la liberté de dire ce qui ne va pas… »

28 août 2004, 20:00

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<B>Pour avoir démissionné, vous devez être frustré de quelque chose…</B>

Je ne suis pas frustré. Je ne l’ai été à aucun moment de ma vie. Ma démission du MMM est une décision mûrement réfléchie. C’est une décision rationnelle. Bien évidemment dans toute séparation, il y a une part de déception que j’assume.

<B>Quand avez-vous intégré le MMM et avec quels objectifs ?</B>

La date de mon intégration importe peu. Car au fond le MMM me passionne depuis 1982, alors que je n’avais que 14 ans. Je négligeais mes études pour aller écouter les grands orateurs d’alors, tels Paul Bérenger lui-même, Kader Bhayat, Jean-Claude de l’Estrac, Cassam Uteem, Ramduth Juddoo, qui m’ont séduit avec leur discours et les idéaux qu’ils défendaient. J’épousais, comme mes grand-parents et parents, ce contrat qu’ils proposaient pour une société plus juste.

<B>Et aujourd’hui toutes ces belles images ont volé en éclats ...</B>

Ce ne serait pas correct pour moi de venir peindre un MMM tout en noir. Mais il ne faut pas non plus prétendre qu’il est tout à fait blanc. J’adhère toujours aux principes du MMM, mais la raison ayant motivé ma démission est liée à l’absence d’un débat à l’intérieur du parti. « It is not possible for me to be a mere recipient of directives and information from others. » Je n’avais plus voix au chapitre au sein de mon parti, et de l’autre côté, je n’arrivais plus à justifier certaines actions auprès de ceux qui m’ont fait confiance. Comment justifier le traitement méprisant qu’on inflige aux syndicalistes, ou encore cette déclaration : SMF na pas là pou donne biberon…

<B>D’aucuns affirment que vous avez démissionné parce que vous n’avez pas été nommé maire…</B>

J’ai expressément choisi de démissionner en ce mois d’août et non pas en novembre justement pour qu’on ne me colle pas cette rumeur. Pour vous répondre directement : non je ne suis pas parti parce que je n’ai pas été maire. En revanche, il ne faut pas être hypocrite, l’aspiration de chaque conseiller est d’être maire. Je vais vous raconter une anecdote : en 2002, j’étais parmi ceux conviés à une fête pour les personnes autrement capables au Domaine Les Pailles. Paul Bérenger, dans son discours, avait annoncé qu’un non-voyant sera bientôt maire. Et tout le monde avait applaudi (...) Mais je ne suis pas prêt à tout avaler pour devenir maire. Je préfère continuer à servir ma ville en tant que conseiller indépendant.

<B>En 35 ans, le MMM a connu des défections à la pelle. En quoi la vôtre diffère-t-elle ?</B>

Quand avec le recul j’analyse les départs d’antan, je constate que plusieurs intellectuels de l’époque ont été victimes de leur vision, de leurs prises de position autres que celles imposées. Je ne prétends pas être de ceux-là. Disons que moi, j’étais arrivé à un point de suffocation. Je voulais m’élever contre certaines décisions, certaines actions, mais je ne pouvais pas le faire de l’intérieur. Aujourd’hui, je me sens libre de dire tout haut ce que mes anciens camarades de parti pensent tout bas. La liberté n’a pas de prix.

<B>Libre de faire quoi maintenant…</B>

Je suis déjà engagé au sein d’un groupe de réflexion, qui comprend des anciens et des actuels militants. On organise des forums-débats. En fait nous refaisons ce que le MMM d’alors faisait : débattre des enjeux nationaux et tenter d’y apporter des éléments de réponse.

<B>Ce groupe de réflexion serait-il pro-travailliste ?</B>

C’est légitime que les gens spéculent sur ma démission du MMM. La question de se joindre au Parti travailliste ou à un autre parti ne se pose pas. Le groupe dont je vous parle réunit des personnes de tous âges, d’influences différentes venant de différents coins du pays. Pour l’heure, il est encore informel, mais n’empêche que c’est un groupe de patriotes.

<B>Comme vous, plusieurs ont tenté de faire la politique autrement, mais ils ont réalisé que c’était plus prêcher dans le désert…</B>

C’est vrai, notre société est politisée à outrance. C’est d’ailleurs l’un des principaux sujets de réflexion qui m’anime. J’ai toujours cru dans les fruits d’un dur labeur. Ma vie a été ainsi jusqu’ici. Enfant, je rêvais d’être avocat. Malgré mon handicap, au prix d’énormes sacrifices, j’ai finalement réussi. Aujourd’hui je rêve, nous rêvons, d’une autre façon de faire de la politique, de faire avancer les idées et le pays avec. Dans la vie, il faut avoir des rêves…

<B>Mais dans la réalité, peut-on être élu en étant un candidat indépendant ?</B>

...C’est très difficile; ce n’est pas impossible…

<B>Comment y parvenir ?</B>

Il faut changer les mentalités, faire en sorte que les gens raisonnent. Il faut que la population cesse d’idéaliser ces politiciens qui une fois élus ne reviennent plus dans leurs circonscriptions, qui ne font plus ce qu’ils avaient promis en campagne. À Curepipe, ceux d’en haut (le gouvernement central) étaient complètement déconnectés de nos problèmes quoitidiens.

<B>À Curepipe les conseillers eux-mêmes ne s’entendent pas. Alors qu’à Athènes, nos athlètes ont provoqué un véritable élan de patriotisme…</B>

Buckland, Chimier et Milazar ce sont des exemples à suivre. C’est dans cette optique d’ailleurs que j’avais déposé une motion pour que la ville de Curepipe salue comme il se doit leur remarquable performance, mais le maire l’a tout bonnement renvoyée. Une telle question ne doit pas être politisée.

<B>Quelle est votre analyse de la situation politique ?</B>

Je constate que le mood est triste, le pays tout entier déprime. On dirait que personne ne prend des décisions pour changer cet état des choses, qu’on ne fait que subir. Le Premier ministre s’énerve pour un oui pour un non, et alors tout le monde a peur.

<B>Pourtant le Premier ministre semble s’agiter</B>

Il semble être victime de lui-même. Par exemple, pour Grand-Baie personne ne le tient pour responsable. Pourtant on sent chez lui ce besoin de se justifier. C’est dû à ses déclarations intempestives sur cette affaire. Il se mêle un peu trop de tout…

<B>Depuis peu, il est également le président de la SADC ?</B>

À Maurice déjà la situation est difficile et la colère gronde, maintenant il veut marquer son passage à la tête de la SADC. Je ne peux que lui souhaiter bonne chance…

<B>Comment s’annoncent les prochaines législatives ?</B>

Il est difficile de s’aventurer sur ce terrain. Une autre alliance politique est possible, sait-on jamais…

<I>« Aujourd’hui,je me sens libre de dire tout haut ce que mes camarades de parti pensent tout bas »</I>

<I>« Le Premier ministre s’énerve pour un oui pour un non, et alors tout le monde a peur »</I>

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