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« Il faut voir sa sexualité comme un cadeau que l?on offre à l?autre »
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« Il faut voir sa sexualité comme un cadeau que l?on offre à l?autre »
Vous avez introduit le Creating Positive Relationships, une formation éducative pour les jeunes. En quoi consiste ce programme ?
L?organisation Creating Positive Relationships (CPR), dont je suis membre, est basée aux États-Unis. Son objectif est d?inculquer, par le CPR, des formations liées à l?activité sexuelle pour les jeunes de 10 à 24 ans. Nous ne voulons pas leur dire qu?ils ne doivent pas faire ceci ou cela, mais les aider à réaliser les risques et les répercussions de l?acte sexuel. Nor-malement, quand on songe à la relation sexuelle, l?aspect physique vient en tête. Mais il y en a d?autres : d?ordre mental, émotionnel et social à observer. Regardez autour de vous ! La majorité des choses nous entourant a une connotation sexuelle. Aujourd?hui, les jeunes s?adonnent au sexe de plus en plus tôt. Le programme comprend cinq volets qui touchent au respect de soi et d?autrui, à la grossesse chez les adolescentes, au sida et se focalise sur l?abstinence sexuelle avant le mariage. Lorsque je suis arrivée à Maurice en 2001 pour introduire le CPR, j?ai commencé à frapper aux portes des collèges pour savoir si je pouvais organiser des sessions dans ces établissements. Vu qu?elles étaient bien accueillies, j?ai fondé l?association Teens in Control. Depuis trois ans, j?assure des sessions dans plusieurs institutions scolaires telles que Le Bocage et les collèges Lorette.
Quels sont les facteurs qui poussent à une activité sexuelle précoce ?
Avec le développement économique, beaucoup de parents sont pris par leurs obligations professionnelles et n?ont guère le temps pour répondre aux questions de leurs enfants, qui veulent surtout savoir comment cela fonctionne. Mais il y a toujours cette conception que le sexe ne sera pas au centre des préoccupations de leurs enfants. L?enfant peut alors chercher des réponses auprès d?un étranger. Cet « étranger » peut être la télévision ou une autre source qui lui montrera un aspect du sexe qui ne reflétera pas forcément la réalité. En voulant imiter ce qu?ils voient, des jeunes vont d?abord s?embrasser puis la prochaine fois, ils finiront par avoir des relations sexuelles. En deuxième lieu, il y a aussi l?influence des pairs. On veut impressionner ses amis ou on se sent diminué si on ne passe pas à l?acte comme les autres. Le manque d?information peut également pousser les jeunes à trouver des réponses dans la pornographie.
Bien que votre programme repose sur l?abstinence, pensez-vous qu?une telle valeur est toujours réaliste alors que les jeunes ont une plus grande liberté ?
Dès que j?ai mentionné le mot « abstinence », les étudiants m?ont demandé si j?étais folle ! C?est dire à quel point le sujet provoque des réactions. Mais ce que nous voulons, c?est que les jeunes puissent freiner et reconnaître les conséquences avant de prendre leur décision par rapport à l?acte sexuel. Je pense que dans la société, il faut voir sa sexualité comme un cadeau que l?on offre à l?autre. Et même si bon nombre de jeunes ont déjà eu des relations sexuelles, il n?est pas trop tard pour parler d?abstinence. On peut choisir de se refaire une virginité en agissant de façon réfléchie. On ne peut pas se comparer aux autres, mais construire la confiance en soi. La sexualité amène les sentiments. Toute-fois, il faut se demander si ces émotions sont réelles ou si nous croyons seulement qu?elles le sont. Il n?y a pas lieu de se presser. Les jeunes doivent s?exprimer librement ou poser des questions, même anonymement et comprendre qu?ils ont le choix et qu?ils peuvent se fixer des objectifs. Le résultat final est qu?ils puissent prendre une décision responsable.
Quels sont les risques de l?activité sexuelle précoce et comment mieux sensibiliser les jeunes ?
Les risques sont nombreux ? les grossesses non désirées, le sida et les autres maladies sexuelles transmissibles (MST). Beaucoup de jeunes mauriciens ignorent totalement les risques de contracter des MST. C?est ce que j?ai constaté en les interrogeant lors des formations. Certaines MST peuvent entraîner la mort. Et lorsque les jeunes réalisent les risques de contracter ces maladies, ils sont choqués. Nous faisons un point complet sur les MST, leurs causes et leurs traitements. Il faut savoir que plusieurs ONG mauriciennes font déjà un énorme travail de sensibilisation, mais il ne faut pas négliger un élément important : le sida et les autres MST ne tiennent pas compte de l?encadrement social ou familial d?un individu. Pour mieux sensibiliser les jeunes, il faut surtout les encourager à s?exprimer sur leurs doutes ou leurs interrogations. L?association Teens in Control va bientôt mettre en place un espace où des causeries et des échanges autour de la sexualité auront lieu. Nous envisageons aussi d?ouvrir une librairie qui fournira des informations. C?est bien de toucher les enfants, mais je crois aussi que des parents mieux sensibilisés seront en mesure d?être plus à l?écoute de leurs enfants. Pour cela, on peut organiser des campagnes ou des formations dans les entreprises.
Propos recueillis par Melhia BISSIÈRE
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