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« Il faut oser entreprendre ce qui nous tient à c?ur »
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« Il faut oser entreprendre ce qui nous tient à c?ur »
<B>On a fêté la Journée internationale de la jeunesse le 12 août. Pensez-vous qu'il faille vraiment accorder un jour aux jeunes ? </B>
Absolument. Cette Journée internationale qui n'est pas à mon avis assez mise en exergue, devrait être l'occasion de se poser des questions sur le rôle des jeunes, sur leurs devoirs et leurs difficultés. Les gens aujourd'hui n'ont plus d'énergie, ils ne croient plus au bonheur, ne s'écoutent plus.
<B>De quoi la jeunesse a t-elle besoin pour s?épanouir et être heureuse ? </B>
Je vois les choses de deux façons. Mes parents sont Mauriciens et moi je suis née en Angleterre. Je vis là-bas mais j?ai aussi séjourné à Maurice. Je constate qu?en Angleterre les jeunes ont des soucis d?argent, ils deviennent indépendants très tôt et doivent trouver une maison. Ici ils sont bien entourés mais, ils subissent toutefois trop de pressions. Les parents ont peur pour l?avenir de leurs enfants. Ils veulent qu?ils réussissent dans la vie et misent sur les diplômes. Nous vivons certes dans une société compétitive, mais il est également important de respirer, de faire ce dont on a envie, de se donner du temps. En outre, certains parents surprotègent leurs enfants et les empêchent de vivre leurs passions et leurs différences. Résultat, les enfants sont malheureux.
<B>Vous allez bientôt jouer le rôle d?Ophelia dans « Hamlet » en Angleterre. Vous voulez être comédienne professionnelle. Peut-on vraiment, dans la pratique, vivre selon ses désirs et ses passions ? </B>
Oui je le fais, je suis déjà actrice professionnelle débutante. Il faut oser entreprendre ce qui nous tient à c?ur. Je vois trop de jeunes faire un métier qui ne les branche pas, et devenir frustrés. Il faut actualiser ses désirs, et ce qui compte c?est que ces passions ne soient pas destructrices. Je suis décidée à faire carrière dans le théâtre, et je sais que j?aurai à passer plusieurs auditions, que je serai peut être refoulée, mais je retomberai sur mes pattes, comme un chat. Rien ne presse, j?ai encore le temps. Si plus tard je veux aller à l?université, je le ferai. En attendant, pour avoir un peu d?argent de côté, je ferai ce que j?ai déjà fait : des massages, du catering, je travaillerai peut-être même comme serveuse. Tout est une question de volonté. On fait mieux les choses que l?on aime.
<B>Est-ce le fait d?avoir des parents psychologues qui vous a amenée à voir la vie selon cet angle ? </B>
Avoir des parents psys, ça fait mûrir plus vite. Mais attention, je ne veux pas dire que je suis passé à côté de ma jeunesse. ça aide à relativiser les passages difficiles. Mes parents m?ont appris à regarder les choses sous différents angles. Mais ils sont humains, et ne sont bien sûr pas parfaits. Être conscient des choses, ça peut vous amener à vous faire du souci aussi. Le soir, avant de dormir, mon esprit est en constante ébullition. Beaucoup de choses me trottent dans la tête. Les jeunes pensent beaucoup, souvent ils se sentent seuls, incompris et parfois ils intériorisent leurs problèmes. Moi, j?essaie de prendre du recul par rapport à tout ce qui m?arrive. Quand je pense au monde, j?ai envie de pleurer, mais je m?efforce de positiver. Autrement, je ne vivrais plus.
<B>Comment arrivez-vous à positiver ? </B>
Par la parole. Le fait de pouvoir s?exprimer est libérateur, ça facilite la vie.
Il est important de parler, de dire ce qu?on pense pour effacer les malentendus. C?est quand il y a des non-dits, qu?on se referme sur soi, qu?on entre dans un cercle vicieux. Savoir exprimer clairement ce que l?on ressent peut aider à se faire comprendre. Les arts y contribuent beaucoup. Que l?on monte sur les planches, que l?on fasse de la musique, ça permet de s?exprimer. Dans mon cas, faire du théâtre me permet de vivre des vies parallèles et de nombreuses émotions. C?est bien de pouvoir se mettre dans la peau de 10 000 personnages.
On s?investit à fond. Le fait d?incarner quelqu?un d?autre nous fait découvrir qu?on est multiple, qu?on est capable de comprendre les autres.
<B>Vous avez étudié la philosophie, la psychologie, le droit et la littérature anglaise grâce à vos « A levels ». Qu?est-ce que cela vous a apporté ? </B>
Cela a joué un grand rôle dans la formation de ma personnalité. À Maurice je m?arrachais les cheveux avec les matières que l?on me proposait. Elles sont toutes portées à faire de nous des acteurs de l?industrie du pays. Mais la philo, par exemple, aide à se regarder tel que l?on est. Si les gens savaient s?écouter, ils n?auraient plus besoin de psys. Quand vous avez franchi cette étape, vous avez la capacité de vous sortir de vos problèmes. Vous ne restez plus cloîtré dans votre tour d?ivoire.
<B>Mais les jeunes sont parfois renfermés sur eux-mêmes parce qu?ils ne s?acceptent pas tels qu?ils sont?</B>
Il faut se demander pourquoi. On a cessé de poser ce genre de questions. En fait, les jeunes qui ont des difficultés à s?assumer sont malheureux parce que ceux qui sont autour d?eux ne sont pas assez attentifs à leurs attentes. Beaucoup de gens, surtout les jeunes, sont paralysés à cause de leur corps. On nous inonde d?images stéréotypées de mannequins filiformes. Même les vedettes ne se trouvent pas parfaites. Celine Dion n?aime pas son nez, Maria Carey n?aime pas ses fesses, etc. Pourtant, je connais une fille obèse qui, à chaque fois qu?elle apparaît quelque part, illumine tout le monde. Elle est tellement joviale que personne ne fait plus attention à son obésité. C?est quand on respecte son corps que le regard des autres ne vous fait plus mal. Certains jeunes, par exemple, ont de l?acné mais il leur faut faire avec et continuer à vivre parce que ce qui compte, c?est ce qu?on a au fond de nous-mêmes.
<B>Qu?est-ce que vous pourriez dire aux jeunes pour les encourager ? </B>
Ils doivent innover et servir de lien entre les gens dans la société. Il faut également qu?ils vivent pleinement le présent et qu?ils se projettent dans l?avenir avec une attitude positive. Dans la vie, il ne faut pas attendre que quelque chose d?extraordinaire se produise pour que tout change. C?est là qu?on est déçu.
Les parents, par exemple, ne peuvent changer que progressivement. Il faut aussi savoir que c?est dur d?être parent, surtout de nos jours, et avec des jeunes qui ont la réplique facile. Il faut s?armer de l?intérieur, faire le premier pas, persévérer et ne pas baisser les bras pour dépasser les obstacles. Encore une fois, tout est une question de volonté. Comme on le dit en anglais : « where there is a will, there is a way ».
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