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« En investissant dans l’homme, nous arriverons à créer une société plus humaine »
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« En investissant dans l’homme, nous arriverons à créer une société plus humaine »
<B>Vous êtes le président d’honneur de l’ISDP (Institute of Social Develop-ment and Peace). À votre avis, pensez-vous sincèrement qu’une association peut influencer les décisions du gouvernement à ce sujet ?</B>
L’initiative de créer l’ISDP revient, comme vous le savez, à deux universitaires – Sheila Bunwaree et Roukaya Kasenally – et tout le mérite leur revient. En tant que président d’honneur, je compte m’engager pleinement à leurs côtés, pour que les objectifs de l’ISDP soient réalisés : encourager le développement durable, éliminer la pauvreté et promouvoir la paix à Maurice, à Rodrigues et au sein de la SADC. Ces objectifs ne pourront pas être atteints sans l’apport de l’ensemble de la population. L’ISDP servira ainsi d’aiguillon pour une participation plus active et ciblée de la société. En outre, si nous volons promouvoir la paix et éviter les conflits, il nous faut nous impliquer davantage au niveau personnel et communautaire pour éliminer la pauvreté. Il est aussi impératif de sensibiliser le monde des affaires sur ses responsabilités sociales et d’obtenir son soutien total dans la lutte contre la pauvreté.
L’État a, bien sûr, un rôle primordial dans cette lutte. Il ne peut pas ne pas être conscient du danger pour la paix et la sécurité que représentent, par exemple, les poches de pauvreté, si elles ne sont pas prises en charge rapidement. Il appartiendra à l’ISDP, mais aussi à la société civile, de maintenir des sujets comme la pauvreté, le développement durable, la paix et la sécurité au premier plan des préoccupations de l’État. C’est ainsi qu’ensemble, ils pourront agir avec l’espoir de pouvoir influencer le gouvernement pour qu’il prenne des mesures en faveur des plus démunis.
<B>On dit souvent que notre société part à la dérive, êtes-vous d’accord avec ce constat ?</B>
Je dirais que notre société est à un stade de déséquilibre avancé. Comme en économie, on pourrait ici parler d’indicateurs sociaux qui sont tous passés au rouge : la criminalité est en hausse, la petite et la grande délinquance augmentent chaque jour, et les prisons sont surpeuplées. Le nombre de cas d’inceste, de viol et de suicide ne cesse de croître, de même que la prostitution, tandis que les sans-logis vivent le calvaire.
Par ailleurs, on n’arrive plus à inculquer les valeurs essentielles, le respect et le sens de l’éthique à nos jeunes. Le matérialisme et son corollaire – l’égoïsme – de même que la con-sommation effrénée, contribuent a créer un déséquilibre dans notre société. Je pense que ce que nous cons-tatons actuellement est le résultat d’une transformation trop rapide de notre société et de l’incapacité des différentes institutions telles que la famille, l’école et les structures religieuses de s’adapter au changement. Ils n’arrivent donc plus à jouer leur rôle de formation et de social control.
<B>Comment avez-vous réagi au meurtre de la petite Marie-Anita Jolita ? Ce crime a été commis par des adolescents de 14 et 19 ans. Sont-ils les seuls à blâmer dans cette histoire ?</B>
Comme tout le monde, j’ai été révolté par ce crime crapuleux. Je ne m’attendais pas à un tel degré de bestialité et de brutalité chez nos enfants. Ce qui m’a amené au constat que notre société, déjà en déséquilibre, est gravement malade. Les auteurs de cet acte monstrueux ne sont certainement pas les seuls à blâmer. Nous le sommes tous, nous les adultes qui n’avons pas su être de bons modèles pour nos enfants, qui n’avons pas su leur inculquer les valeurs morales et leur fournir les repères nécessaires pour faire d’eux, des êtres humains équilibrés, qui savent se contrôler et faire la différence entre le licite et l’illicite, entre la moralité et l’immoralité, entre le permis et l’interdit.
<B>Qu’est-ce que vous préconisez comme solutions pour éradiquer la pauvreté, résoudre les conflits et promouvoir la paix ?</B>
Pour éradiquer la pauvreté, il faut tout d’abord en avoir la volonté politique qui doit se refléter dans un programme de développement du pays qui soit « pro-pauvre ». Il s’agit d’assurer une croissance soutenue, de cibler les pauvres, et de ne pas laisser aux seules lois du marché, par exemple, de décider de la production, de la distribution et du coût des besoins de base de la population. Nous devons nous assurer que tous ceux qui cherchent du travail en trouvent dans un délai raisonnable, et que chaque famille arrive à disposer d’un logement décent puisse jouir du minimum vital.
Il faut mettre d’avantage d’accent sur l’éducation et la formation. Les services publics offerts doivent être de qualité et leurs coûts à la portée de tous.
L’existence de la pauvreté dans une société ne donne pas toujours lieu a des manifestations ou a des protestations violentes. En revanche, le sentiment d’exclusion est un des facteurs déclenchant ou aggravant de conflits violents. Nous devons avoir une politique économique et sociale « inclusive » et permettre l’instauration un dialogue inter-communautaire permanent pour une meilleure compréhension de la culture de l’autre.
<B>« Le sentiment d’exclusion est un des facteurs déclenchant ou aggravant de conflits »</B>
<B>Est-ce irréaliste de penser qu’un jour ces problèmes de violence dans notre société seront résolus ?</B>
Je pense que nous devons tout faire pour que le type de violence que nous avons vu ces derniers temps ne se reproduise pas. Il n’est certainement pas irréaliste de viser à son élimination complète. Il est de notre devoir de faire l’effort nécessaire pour atteindre cet objectif. Cependant, il n’existe aucune société où la violence est totalement absente. Notre rôle est d’agir, chacun à son niveau – dans la famille, à l’école, à l’église, le temple ou la mosquée – pour mieux éduquer et élever nos jeunes, et ce pour que la violence soit reléguée aux marges de la société et devienne ainsi une exception, et non pas la règle. Nous devons œuvrer ensemble pour éliminer de la société les facteurs qui engendrent la violence.
<B>Selon vous, quel idéal devrions-nous tenter d’atteindre ?</B>
Celui de « reconstruire » une société paisible et conviviale, juste et solidaire. Pour cela, nous devons entreprendre une vaste campagne de salubrité sociale, à commencer par la famille. L’éducation des parents doit précéder celle des enfants. Une école des parents est devenue une nécessité. Le programme scolaire, primaire et secondaire, doit également être revu afin d’inclure obligatoirement l’enseignement du civisme et des valeurs morales. L’enseignement religieux ne doit pas avoir pour résultat la création de bigots autres fanatiques mais doit, au contraire, contribuer à l’émergence de l’homme universel, ouvert au dialogue, qui respecte les autres croyances, imbu de valeurs humanistes, unissant le spirituel et le temporel et engagé socialement aux côtés des plus pauvres et des plus vulnérables.
Bref, en investissant dans l’homme nous arriverons à créer une société plus humaine, plus juste et solidaire : cet idéal n’est pas utopique ; il est réalisable. Tout à fait réalisable.
<I> Propos recueillis</I>
<B>par Charlotte ROUSSETY</B>
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