Publicité

« Dépenses publiques : l?exemple doit venir d?en haut »

30 avril 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

À quel point êtes-vous sensible au discours d?austérité que tient en ce moment le ministre des Finances ?

Quand un gouvernement arrive, il dit toujours que les finances de l?État sont dans une mauvaise passe. On a toujours crié au loup, même quand la situation économique était correcte. Tous les gouvernements font cela durant les trois ou quatre premières années de leur mandat avant de se montrer plus généreux la dernière année. Ce gouvernement fait la même chose.

Mais toutes les statistiques indiquent que la situation budgétaire est inquiétante?

Nous sommes conscients que la situation est difficile. Mais nous ne sommes pas d?accord que l?on dise que ce sera aux travailleurs de faire des sacrifices. Le gouvernement veut un cut-off de 10 % des dépenses, mais l?exemple doit venir d?en haut. Le PM avait dit qu?il ne ferait pas comme avant et qu?il y aurait moins de conseillers. Mais ce n?est pas le cas. Il y a abus d?advisors. Les ministres et députés ne donnent pas l?impression d?avoir réduit leurs dépenses, notamment quand ils voyagent. Diminuons les entertainment allowances et les subsistence allowances qu?ils reçoivent quand ils sont en voyage. Pour le moment, c?est à sens unique. Ils veulent que ce soit uniquement les travailleurs qui fassent les frais de la situation économique difficile.

Quels efforts peuvent faire les fonctionnaires pour aider à la réduction des dépenses ?

Nous sommes à l?écoute pour aider. Il y a beaucoup de cas d?abus d?heures supplémentaires dans plusieurs ministères, par exemple. Certains fonctionnaires ne font rien pendant leurs heures normales pour ne travailler que durant leurs heures supplémentaires. On peut aider le gouvernement à identifier ce genre de problèmes. Mais il y a des limites quand on nous dit de serre-ceinture. Je ne vois pas quels énormes efforts les fonctionnaires pourraient faire pour permettre de diminuer les dépenses de manière substantielle.

Ne pourriez-vous pas formellement proposer au gouvernement de l?aider sur ce type de questions ?

Définitivement, nous intégrerons quelques points saillants dans notre budget mémorandum. Je sais personnellement quels abus existent au niveau des achats d?équipement et des appels d?offres qu?on lance. Aujourd?hui, ces exercices sont relancés pour des équipements qui avaient été achetés à bon marché auparavant mais qui, à l?usage, se montrent inadaptés. Il y a beaucoup de cas de ce type dans les services hospitaliers. L?offre la moins chère n?est pas nécessairement la meilleure. Les fonctionnaires peuvent aider le gouvernement à faire les bons choix dans ce domaine.

Les fonctionnaires ont-ils le réflexe de se demander ce qu?ils peuvent faire pour aider leurs ministères à réaliser des économies ?

Il y a deux types de fonctionnaires. Ceux qui font un travail formidable. Et ceux qui ne font que parler. Des brebis galeuses existent. Mais il y a aussi les fonctionnaires qui se laissent trop facilement guider par les politiciens. Certains hauts fonctionnaires sont autorisés par la loi à garder leur neutralité et à décider ce qu?ils veulent pour la bonne marche du ministère. Mais malheureusement, ils font toujours ce que les politiciens leur disent de faire. C?est impardonnable. C?est cela le grand mal de la fonction publique. Le politicien garde la main haute sur son Chief Executive. Même si le politicien a tort, on suit ses recommandations.

Pourquoi ?

La frayeur d?être transféré d?abord. Puis, il y a aussi certains qui ne sont pas à la hauteur et qui se laissent guider par des ministres qui les dominent.

On a l?impression que les syndicats récusent toute réforme en profondeur. Y a-t-il des réformes qui vous paraissent urgentes ?

Nous ne pouvons pas dire que tout le système qui existe doit être maintenu. Il y a des systèmes archaïques qu?il va falloir moderniser. Certaines restructurations sont inévitables. Et elles se passent dans la douleur.

Restructuration rime avec licenciements ou davantage de volume de travail. Les syndicats comprennent-ils que cela devient inévitable ?

La restructuration est inévitable dans certains secteurs. Comme à la douane, un poumon de notre économie où l?on constate quotidiennement des abus de la part d?importateurs. Ce qui empêche l?État de percevoir des revenus conséquents. Des manques à gagner qui pourraient être utilisés par ailleurs pour améliorer d?autres services. Je suis pour une restructuration complète des secteurs dans lesquels des abus sont constatés. Par exemple, garder le bureau de la National Transport Authority à Port-Louis, c?est faire de la misère au peuple. Il faut le décentraliser au plus vite. Le secteur du transport appelle également des changements en profondeur.

Quelle est votre position sur la question de fermetures ou de privatisation de certains organismes parapublics ?

Il y a des corps parapublics qui font un bon travail. Mais d?autres luttent pour survivre, comme la Development Works Corporation.

Doit-on laisser des organismes parapublics improductifs opérer que par la grâce de lourdes subventions publiques qui proviennent finalement de la poche des citoyens ?

Même dans le public, il n?est pas normal qu?une entité non-rentable soit constamment subventionnée pour survivre. Il faudra à un moment fermer cette institution. Mais en tant que syndicalistes, nous devons aussi défendre les emplois. On ne peut pas du jour au lendemain fermer une institution et jeter les gens sur le pavé. Si le gouvernement veut prendre certaines décisions, qu?il le fasse en concertation avec les syndicats. Il y a certains corps qui ne sont pas en train de perform. À travers le dialogue, on peut trouver beaucoup de solutions.

Trouvez-vous normal qu?un employé du privé cotise davantage dans des plans de pension pour finalement toucher la même retraite qu?un fonctionnaire ?

Le secteur privé s?est un peu inspiré du système de plan de pension des fonctionnaires qui date de l?époque coloniale. Nous aurions souhaité que le privé bénéficie des mêmes avantages que nous. Nous voulons qu?une réforme du système de pension aille dans ce sens. Il est inconcevable que l?on touche aux pensions des fonctionnaires pour les aligner sur ceux du privé. Ce serait remettre en cause nos droits acquis.

Vous n?êtes donc pas favorable à ce que les fonctionnaires contribuent davantage pour leurs pensions de retraite ?

Certaines catégories de fonctionnaires, les cadres et hauts cadres le font déjà. Mais la contribution que nous payons est un droit acquis. Si nous cédons sur ce dossier, le gouvernement cherchera à remettre en cause d?autres avantages.

Les tripartites qui débutent cette semaine vont encore une fois n?être qu?un dialogue de sourds. L?instauration de négociations collectives ne devient-elle pas urgente ?

Les tripartites doivent être conservées. À moins que l?on trouve une alternative moderne et acceptable à tout le monde.

Pour vous, la négociation collective ne constitue pas une alternative « moderne » ?

C?est un principe moderne mais malheureusement lors des négociations collectives, beaucoup ne jouent pas leurs rôles. Une fois les décisions prises, le patronat les conteste. Mais si le gouvernement avait à c?ur les négociations tripartites, il n?aurait pas dû les limiter aux négociations salariales. Mais appeler les tripartites sur toutes les questions d?intérêt national chaque deux ou trois mois.

« Même dans le public, il n?est pas normal qu?une entité non-rentable soit constamment subventionnée pour survivre. »

Cela semble difficile. Ce serait créer une forme de gouvernement parallèle?

Là où l?on n?arrive pas à des solutions communes? just too bad. Mais je pense que ce genre de négociations tripartites a toutes les chances de trouver des solutions. Pour revenir aux tripartites qui arrivent, je crois qu?on ne va écouter qu?un monologue du gouvernement qui sera appuyé par le patronat. Le gouvernement parlera de situation difficile et de difficultés d?octroyer des compensations. Le patronat dira qu?il est dans la même situation. Le patronat et le gouvernement se sont déjà entendus sur le sujet.

Pourtant, on n?a pas l?impression que c?est la grande entente entre eux?

C?est du cinéma. Ils nous font croire qu?ils sont à couteaux tirés. Je crois qu?ils font cause commune et veulent nous imposer leur logique. Les syndicats constituent le seul contrepoids contre eux.

Quel regard jetez-vous sur la fête du Travail ?

La classe politique a kidnappé le 1er Mai à Maurice. Ils veulent faire la démonstration de leur force politique, pas celle des travailleurs. Nous condamnons cette attitude. Et demandons aux politiciens de laisser les travailleurs fêter dignement la fête du Travail. Qu?ils se choisissent une autre date pour faire des démonstrations de force.

■ Propos recueillis par Rabin BHUJUN

Publicité