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« Des décisions courageuses doivent être prises »

10 juillet 2005, 00:00

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Comment FUEL vit-elle la réforme du régime sucrier européen ?

Nous avons élaboré notre stratégie de survie depuis longtemps. La baisse de prix était prévisible. Cela fait un bout de temps déjà que la Commission européenne travaille sur la révision du régime sucrier communautaire. Au départ, il était question d?une baisse de 25 % étalée sur cinq ans. Puis, elle a proposé 25 % de baisse cette année et 12 % en 2007. Son dernier projet consiste à réduire son prix d?achat de 39 % sur quatre ans à partir de l?année prochaine.

En quoi consiste ce plan de survie ?

Nous sommes entrés en partenariat avec Mon Loisir. L?opération ne générera pas de revenus additionnels. Elle permettra simplement de réaliser des économies d?échelle et donc de baisser les coûts de production. Nous estimons pouvoir réaliser des gains de quelque Rs 100 millions lorsque Mon Loisir aura centralisé ses activités sur FUEL.

Mon Loisir veut fermer depuis 2003. Étant donné l?urgence de baisser les coûts, on aurait cru que ce serait chose faite à l?heure qu?il est. Qu?est-ce que vous attendez ?

Nous avons officiellement demandé de fermer Mon Loisir l?année dernière. Mais le gouvernement a préféré attendre d?avoir un plan d?ensemble pour la centralisation avant de nous accorder son feu vert. Le plan de réforme du secteur sucrier prévoit l?existence, à terme, de six usines seulement et Mon Loisir n?est pas l?une d?elle. Je suppose que c?est simplement une question de temps.

Un nouveau gouvernement vient de s?installer. Je suppose que ce n?est pas le moment de parler de fermeture ?

C?est toujours le moment. Les administrateurs du pays ont changé. Mais la politique agricole, elle, ne change pas. Les priorités sont les mêmes. Le régime sortant ne s?était déjà pas mal débrouillé. Nous espérons que ceux qui prennent la relève feront mieux encore. Nous sommes dans une conjoncture extrêmement difficile. Des décisions courageuses doivent être prises.

Mon Loisir commence à rouler cette semaine. Est-il encore temps de la fermer?

Non. On ne ferme pas une usine en une semaine. Techniquement, FUEL est prête pour accueillir les cannes de Mon Loisir. Mais la fermeture d?une usine a des implications légales, financières et sociales et il nous faut au moins six mois de préparation.

Les coûts d?une fermeture sont onéreux. N?est-il pas temps de revoir les dispositions légales qui régissent la centralisation ?

Fermer Mon Loisir, strictement selon les dispositions du Blue Print sur la centralisation qui date de 1997, nécessiterait aujourd?hui un investissement de quelque Rs 173 millions. À ce prix, la centralisation n?est pas un projet financier vendable à une banque. Où trouver le financement ? Vendre des terres ? Cette formule a l?air bien sur papier. Mais, dans la pratique, le marché foncier est assez inélastique et ne peut résorber les terrains additionnels qu?à petite dose. Et puis, il faut savoir qu?en vendant les terres, on est en train de compromettre le secteur sucrier dans la durée. Toute baisse dans la superficie cultivée entraînera à terme un rétrécissement de l?industrie.

Faut-il alors revoir le « Blue Print » sur la centralisation ?

La compensation sociale qui fait partie de ce plan (deux mois et demi de salaire par année de service, lopin de terre résidentiel, soutien au recyclage des licenciés et aide aux petits planteurs) est nécessaire. Il faudra cependant s?appuyer davantage sur la réinsertion de ceux qui perdent leur emploi en les encourageant à se faire petit entrepreneur. Nous les producteurs, nous avons besoin d?être pris en charge financièrement. L?industrie sucrière n?a pas la possibilité de s?endetter davantage. Et la centralisation n?est qu?un des pôles d?investissement. Il faut aussi moderniser les opérations au champ pour réduire significativement le coût de production.

FUEL est une des entreprises sucrières les plus avant-gardistes du pays. A combien produisez-vous la livre de sucre ?

Globalement, nous ne sommes pas loin de la moyenne nationale qui est de 18 cents. Mais FUEL produit à légèrement moins cher que les planteurs individuels qui tombent dans son factory area. Le Brésil produit à quatre fois moins cher ! La tonne de sucre nous ramène 523 euros sur le marché communautaire.

Qu?attendez-vous de l?Union européenne (UE) ?

J?attends de l?UE qu?elle nous aide à moderniser et à restructurer nos opérations sans que nous n?ayons à emprunter davantage. Nous voulons créer un département de services dédié à la communauté de petits planteurs. Une telle prise en charge permettrait de restructurer les services étatiques qui sont actuellement financés par le Global Cess Fund dont l?industrie sucrière ne cesse de réclamer la rationalisation. Mais pour que cela puisse se faire dans les meilleures conditions, il faudra organiser les petits planteurs. Je m?attends à ce que l?UE aide l?Etat à le faire en lui donnant les moyens de les regrouper.

L?UE propose 40 millions d?euros pour accompagner les producteurs d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique dans leurs efforts de modernisation. Qu?en pensez-vous?

C?est une aide dérisoire. Si cette aide est partagée entre les producteurs ACP selon le volume de leurs exportations, Maurice toucherait environ 16 millions d?euros. On n?ira pas loin avec cette somme. Il faut que l?UE fasse un effort plus significatif.

« Les administrateurs du pays ont changé mais la politique agricole ne change pas. Les priorités sont les mêmes. »

Les Européens se sont montrés plutôt inflexibles jusqu?ici. Qu?attendez-vous du gouvernement pour l?amener à de meilleurs sentiments ?

Il ne nous reste plus que la carte politique à jouer. Tout ce qu?on aurait pu faire d?autre a déjà été fait. Et cela a donné des résultats. Certes le quantum de baisse a augmenté. Mais nous avons pu négocier du temps. La baisse sera étalée sur quatre ans et il n?y aura plus de révision, et donc de nouvelle baisse, en 2008. C?est rassurant. Sur le plan local, il y a urgence d?accélérer la réforme. Nous n?aurons jamais l?unanimité autour d?un plan. Inutile d?attendre.

La réforme de l?industrie sucrière fait la part belle à la diversification vers des produits dérivés. FUEL n?a pas attendu le plan pour se lancer. Quelles sont les perspectives ?

Nous attachons effectivement beaucoup d?importance à la plus-value. Notre ambition est de produire du sucre blanc et de l?écouler directement sur le marché européen. Ce produit est plus rémunérateur. Notre projet de raffinerie est prêt depuis un an. Cependant, nous ne pouvons nous lancer avant 2009 en raison du contrat qui lie Maurice à Tate & Lyle. Nous sommes obligés de vendre tout notre sucre, excluant 100 000 tonnes pour la production de sucres spéciaux, à ce raffineur européen. À mon avis, il est temps de revoir le partenariat avec Tate & Lyle. Nous avons jusqu?ici beaucoup compté sur lui pour soutenir la cause ACP à Bruxelles. Mais dans les faits, Tate & Lyle ne négocie que pour lui. Nous n?avons pas grande chose à attendre de lui.

Propos recueillis par Shyama SOONDUR

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