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« Ce fils est tout pour moi »
Si les accidents de parcours d’une vie sont inévitables, ce sont parfois les circonstances qui les entourent qui rendent perplexes.C’est la triste expérience vécue par Soopayah Sellamuthu le 27 novem-bre. Il souhaite aller récupérer son fils à la gare Ian Pallach, mais ce dernier, soucieux de la santé de son père, propose alors de rentrer en taxi.
Mais en prenant cette initiative, Madouressen Sellamuthu, que l’on appelle affectueusement Kris, ignore qu’il se dirige tout droit dans les bras de treize jeunes déchaînés et agressifs qui l’ont battu et mis dans le coma. Depuis, Kris est placé sous assistance respiratoire à l’unité de soins intensifs de l’hôpital Jawaharlall Nehru.
Le samedi 27, tous les membres de la famille Sellamuthu de St-Aubin sont conviés à un mariage chez un parent à Camp-Caval. On attend le jeune Madouressen, 23 ans, qui travaille au casino Flamingo Gaming House de Rose-Hill. Il ne rentre chez son père que lorsqu’il est en congé et dort chez sa sœur Baby à Belle-Étoile.
« Dès qu’il a pris l’autobus de 23 heures à Belle-Étoile, il est resté en communication permanente avec sa grande sœur qu’il considère un peu comme sa mère depuis la mort cette dernière en 2003. Il indiquait à intervalles réguliers l’endroit où il se trouvait. Lorsqu’il est arrivé à la gare Ian Pallach, il en a informé sa sœur, qui lui a fait part de mon intention de le récupérer. Mais il ne voulait pas que je me dérange et il a dit à sa sœurqu’il allait prendre un taxi. Ce faisant, il s’est littéralement jeté dans les bras de ses bourreaux. Pourquoi a-t-il pris une initiative qui lui a été quasiment fatale ? », se demande sans cesse Soopayah, le père de Kris.
<B>Il s’affaisse dans une mare de sang</B>
Il est alors environ 23 h 45, il n’y a presque personne à la gare. En allant chercher un taxi, Kris croise un groupe de treize jeunes qui se rendent dans une discothèque. On l’interpelle. Kris s’arrête. On lui demande une cigarette. Il en donne une. Puis, un membre du groupe lui demande de l’argent. Kris refuse alors. Une discussion s’ensuit entre Kris et celui qui lui a demandé de l’argent.
Comme les choses se corsent, Kris préfère s’en aller. Voyant qu’il est poursuivi, il accélère le pas. C’est alors qu’il est rattrapé et assommé sans ménagement. Un des membres du groupe lui assène un coup sur la tête avec un morceau de béton. Sous le choc, l’arme improvisée tombe. Un autre malfrat le récupère et s’acharne sur le pauvre Kris.
Le malheureux s’affaisse alors dans une mare de sang. Il ne doit la vie qu’à un automobiliste venu récupérer deux clients aux environs de Lake Point, un peu plus de deux heures après l’agression. Ce dernier alerte la police et un de ses deux clients téléphone au Samu de Rose-Belle.
« Pendant toute la nuit, nous avons cherché Kris. Nous avons téléphoné chez tous les amis chez qui il aurait pu se trouver. Je trouvais tout cela anormal, vu que mon fils n’a pas de petite amie dans le coin. Ce n’est que dans la journée de dimanche, en téléphonant à la police, que nous avons appris qu’un homme blessé avait été découvert à Curepipe et conduit à l’hôpital du Sud. J’ai pris alors contact avec le personnel de l’hôpital. La description de l’homme qu’ils m’ont donnée, correspondait à celle de mon fils. Dès lors, j’ai su que quelque chose de grave lui était arrivé. Vu son état, le médecin n’a pas attendu l’autorisation de la famille pour l’opérer. On nous a dit qu’il ne lui reste que 5 % de chance de survie. Nous allons nous accrocher jusqu’au bout », explique Soopayah Sellamuthu.
<B>Soopayah ne peut retenir ses larmes</B>
Assis dans le salon de sa modeste maison de la cité St-Aubin, Soopayah parle de son fils avec douceur, tendresse, émotion. « Je suis moralement fatigué. Kris est toujours jovial. Son humeur est comme un parfum dans cette maison. J’ai développé une relation très intime avec lui. Son plat préféré, c’est une fricassée de lentilles, une salade de pommes de terre et une rougaille de poisson salé. À chaque fois qu’il vient à la maison, il sait que je ne manquerai pas de lui concocter ce plat. Ce fils n’a pas de prix pour moi. »
Cet ancien conducteur de tracteur de la propriété sucrière de St-Aubin ne peut retenir ses larmes. Il craque. « Excusez-moi. C’est plus fort que moi. De quel droit ont-ils agressé mon fils ? En est-on arrivé à un point où la vie ne représente plus rien ? Cette violence est inacceptable. »
Dans sa localité aussi bien dans son travail, Kris est très apprécié. « C’est un employé exemplaire », témoigne son patron, Christopher Ng, de Flamingo Gaming House. C’est sans doute pour cette raison qu’à l’heure des visites, le couloir qui mène à l’unité des soins intensifs de l’hôpital Jawaharlall Nehru est rempli de proches et d’amis de Kris. Chacun défile devant ce jeune homme plein de vitalité.
Sur son lit de la salle 4, allongé sur le dos, Kris n’entend, ne comprend, ne voit rien. Il est dans un état comateux. Seule sa respiration brise le silence de la salle. Il doit la vie grâce au système de respiration assistée. Le crâne rasé pour la circonstance, la tête de Kris est recouverte de bandage. La violence n’a pas épargné son crâne, qui a subi plusieurs fractures.
L’amour d’un père n’a pas de limite même face au verdict de la médecine. « Les médecins ont fait ce qu’ils peuvent. Je veux croire jusqu’au bout aux chances données à mon fils. »
<B>Le sauveur de Kris</B>
Un jeune technicien n’a pu rester insensible devant l’état dans lequel Madouressen Sellamuthu a été découvert le dimanche 28 novembre. Celui-ci a été découvert dans une mare de sang par le chauffeur qui venait récupérer le technicien et un autre ami au Lake Point, Curepipe, un peu plus de deux heures après son agression. « Je n’ai pas compris pourquoi les policiers dépêchés sur place ont préféré la prudence que leur impose le respect du lieu d’une agression aux premiers soins que nécessitait ce jeune homme. Le malheureux saignait abondamment et était étendu sur le dos. J’ai demandé la permission aux policiers d’intervenir avant l’arrivée du Samu de Rose-Belle à qui j’ai personnellement téléphoné. J’ai emprunté le mouchoir d’un agent de sécurité de Lake Point et je l’ai utilisé pour essuyer le sang qui empêchait la victime de respirer. J’ai soulevé le jeune homme pour le placer sur le ventre. J’aurais souhaité que les policiers aient un minimum de connaissances en premiers soins. Je ne suis pas un type violent mais face à la barbarie dont Kris a été l’objet, je pense que les coupables, peu importe leur âge, doivent recevoir une sanction exemplaire. » Bien qu’il soit heureux d’avoir accompli son devoir, le technicien garde un mauvais souvenir de l’attitude des policiers lors de sa déposition. « La police doit pouvoir trouver un juste équilibre entre la nécessité de ne prendre aucun risque et celle de ne pas faire fuir des citoyens honnêtes disposés à aider la police dans sa mission. C’était difficile de m’entendre dire qu’il n’y avait rien qui pouvait justifier la crédibilité et la véracité de mes propos. » Autre satisfaction pour le technicien, Soopayah Sellamuthu lui a téléphoné vendredi après qu’il a appris ce qu’il avait fait pour son fils.
Les agresseurs ont à peine vingt ans</B>
« La confiance qui existe entre le public et les enquêteurs de la Major Crime Investigation Team, surtout à Curepipe, aura toujours le dernier mot sur les fauteurs de troubles. » Cette déclaration d’un membre de cette équipe s’est vérifiée dans le cas de l’agression de Madouressen Sellamuthu. Quatre jours après, les policiers ont réussi à mettre la main au collet de six des treize auteurs présumés de l’agression. Ce sont les frères Yanish et Antish Achadoo âgés de 17 et 19 ans, John Sterling St Jacques Ramasawmy 18 ans, un maçon, Jean-Percy Steeven Alijoykooyee, un maçon de 17 ans, Gérard Désiré Louis Chunny, 18 ans, et Vincent Ludovic Paul Legrec, 15 ans. Ils habitent tous dans les environs de Forest-Side. Jean-Percy Alijoykooyee est un ancien pensionnaire du Centre de réhabilitation pour jeunes.
À première vue, la police ne pense pas que ces jeunes fassent partie d’une bande de délinquants. « Ce sont des jeunes comme tous les autres, mais qui, sous l’influence de l’alcool, peuvent déraper », explique un policier. L’identité du jeune homme ayant été le plus agressif est connue. Les jeunes, qui ont été présentés devant la cour de Curepipe, vendredi, ont été reconduits en cellule policière en attendant la fin de l’enquête.
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