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« Bill Duff n?est pas le problème »

19 mars 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Un prisonnier qui disparaît unnoticed et qu?on retrouve mort cinq jours après. Un détenu libéré à la place d?un autre? C?est l?anarchie. Bill Duff doit-il démissionner ?

La question essentielle ici n?est pas de savoir si Duff doit démissionner ou non. Nos prisons sont malades et il faut voir le problème de manière globale. À chaque fois qu?un problème se pose avec les prisons, on essaie de désigner des boucs émissaires (Duff, gardiens de prison?). Si Duff part, le problème sera-t-il réglé ? Non ! Il y a un problème de fond et il nous faut agir en conséquence. Bill Duff est un bon professionnel, même si les réalités du milieu carcéral mauricien sont différentes de celles de Londres. Il faut revoir le système.

C?est-à-dire ?

Il faut créer une atmosphère où le personnel ne se sent pas négligé, où il se sent partie prenante des décisions. Le personnel carcéral est le parent pauvre du système.

Ensuite, il y a le problème de la surpopulation. Plus de 2 500 personnes sont en prison, alors que l?île ne compte que 1,2 million d?habitants. Dès 1992, nous avions organisé un atelier de travail sur cette question où nous avions réuni le judiciaire, la police, la probation, l?université et des travailleurs sociaux. Mais ce rapport dort dans un tiroir. Ses conclusions n?ont jamais été mises en pratique?

La surpopulation est donc pour vous le principal problème ?

C?est la source première de tous les maux. Plus le nombre de prisonniers augmente, moins on a le temps et les moyens pour la réinsertion.

Le personnel a un rôle primordial lorsqu?on parle de réhabilitation et de réinsertion. Or, un staff surmené ne peut conduire à une gestion saine des prisons. Conséquence : la réinsertion est quasi-inexistante.

Un prisonnier disparaît et personne ne le sait, c?est plus que troublant?

Cela illustre bien le degré de dysfonctionnement atteint par le système. Il est quasiment impossible que l?absence d?un détenu, pour une aussi longue période, puisse passer inaperçue. Comment se fait-il que lors des nombreux « comptages » quotidiens, rien de louche n?avait été noté ?

Que préconisez-vous ?

Il y a quelques années, Maurice était présentée comme un exemple en Afrique pour sa gestion des prisons.

Un juge travaillant pour les Nations unies avait fait un long travail sur l?informatisation du système judiciaire criminel mauricien. Ce qui aurait permis de faire le suivi de tout prévenu et aurait empêché la maldonne Mandarin. Ce rapport a été soumis il y a dix ans et on attend toujours cette informatisation qui aurait permis de constater cette faute immédiatement.

Mais j?ajoute que même s?il n?est pas infor-matisé, le sys-tème devrait permettre d?éviter de telles erreurs. Comment se fait-il que le système a connu un sans faute pendant plus d?un siècle ?

« Notre système pénitentiaire est malade. Il a besoin d?un sérum qu?il n?a pas. »

Comment expliquez-vous la présence de téléphones portables dans certaines cellules ? Il y a même des détenus qui interviennent en direct de Beau-Bassin à la radio?

C?est totalement inacceptable. J?ai participé à une émission radiophonique où la majorité des témoignages provenaient en live de la prison. Cela indique que nous faisons face à un gros problème de sécurité à l?intérieur même du centre de détention. Idem pour la présence de la drogue en prison.

J?ai lu que 10 % du personnel pénitentiaire était corrompu. Si tel est le cas, c?est extrêmement grave ! Je le répète : tous ces problèmes auraient été allégés, voire éliminés si nous avions moins de détenus.

Comment ?

D?abord en réintroduisant la rémission des peines. Et cela entrerait en application tout de suite et toucherait tous les prisonniers, sans distinction. Comme la majorité des détenus sont en prison pour des délits liés à la drogue, cela permettrait de libérer entre 500 et 600 d?entre eux immédiatement. Il faudrait également que la durée de la détention provisoire soit comptabilisée comme faisant partie de la sentence judiciaire. Alors qu?aujourd?hui, tel n?est pas le cas.

Sir Seewoosagur Ramgoolam avait l?habitude d?accorder à certaines occasions comme la Fête de l?indépendance, des remises de peines spéciales. Ainsi, un prisonnier aurait pu espérer une remise spéciale à l?occasion de la visite d?Abdul Kalam par exemple. Cela aurait encouragé le détenu à se réinsérer.

Vous parlez beaucoup de réinsertion, de réhabilitation. Est-ce si important à vos yeux ?

Si l?on veut que la prison serve à quelque chose, il faut qu?elle puisse aider à la réinsertion du détenu. J?estime qu?il ne faut pas beaucoup d?équipements pour passer de la répression à la réinsertion.

Il y a quelques années, la prison avait un centre de réhabilitation pour les toxicomanes. Cette cellule marchait à merveille et avait donné de nombreux signes encourageants. Des petites choses simples pouvaient provoquer le déclic?

Et les politiques ?

Les politiciens manquent de guts et préfèrent surfer sur le sécuritaire et la répression ? thèmes qui « mordent » dans l?électorat. Je suis persuadé que si vous appliquez les mesures nécessaires afin de réduire le nombre de détenus, le système commencera à respirer de lui-même et à se « calmer ». Notre système pénitentiaire est malade. Il a besoin d?un sérum qu?il n?a pas. Les politiciens doivent agir sur les causes et non sur les conséquences des dysfonctionnements.

Propos recueillis par Érick BRELU-BRELU

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