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« Accident »... de communication
Le politique et le journaliste entretiennent des rapports ambivalents. Hier, une énième fois, la presse a été fustigée par un Premier ministre. Les trois prédécesseurs de Ramgoolam ont tous eu, à différents moments donnés de l?histoire, ce même comportement. Mais il est injuste de mettre tous les politiciens sous la même bannière des pourfendeurs de la presse, comme il est également incorrect de prétendre que tous les journalistes sont logés à la même enseigne déontologique.
Dans le cas des articles de presse sur le soi-disant « accident » qui provoque le courroux premierministériel, Ramgoolam est trop prompt à crier au complot de l?ensemble de la presse. Ce n?est pas parce qu?une rumeur, qui n?a pu être confirmée, a été publiée ailleurs, qu?elle sera systématiquement reprise dans d?autres colonnes. La presse est plurielle : il suffit de lire comment cet « accident » a été traité dans les titres qui en ont parlé pour se rendre compte que les journalistes n?ont pas la même démarche, voire le même agenda...
Reconnaissant que la liberté d?expression demeure l?un des fondements inaliénables de toute démocratie, Ramgoolam annonce de manière équivoque qu?il va durcir la loi, sans préciser laquelle et de quelle manière. Nos codes criminel et civil prévoient déjà de lourdes sanctions contre tout dérapage de la presse, incluant des peines d?emprisonnement. Il y a des lois, encore plus sévères ici que dans d?autres démocraties comme la Grande-Bretagne et La France, contre la diffamation, la sédition et la publication de fausses nouvelles...
Dans nos cours de justice, juges et magistrats n?hésitent pas à sanctionner toute dérive journalistique, accordant, même si la faute a été commise de bonne foi, des dommages-intérêts allant jusqu?à plusieurs centaines de milliers de roupies aux victimes de la presse.
Techniquement, avec sa majorité au Parlement, Ramgoolam a le pouvoir d?amender une législation, mais comment durcir davantage des lois déjà dures ? En revanche, rien n?empêche au Premier ministre, s?il se sent diffamé, d?entrer une action légale contre le ou les titres en question. La justice tranchera. Redressera, s?il y a lieu, le tort. Et surtout l?amalgame discursif sera évité : au sein de chaque profession, il y a des brebis galeuses. La classe politique et la classe journalistique n?y échappent pas. D?où la nécessité d?aller jusqu?au bout de ses dénonciations, d?un côté comme de l?autre.
Trop souvent, par ailleurs, après des menaces de répression brandies par les politiques (qui restent pratiquement toujours au stade de la rhétorique), la question de régulation de la presse remonte à la surface. Mais les différents organes de presse ne sont pas sur la même longueur d?ondes : par exemple les titres du groupe La Sentinelle, dont « l?express-dimanche », sont en faveur d?un conseil de presse et d?un code d?éthique faits par et pour les journalistes, mais d?autres journaux estiment que la presse est déjà responsable et que les lois sont suffisamment dissuasives.
Le manque de consensus au sein de la presse renvoie le dossier d?un système de régulation aux calendes grecques. Pourtant la vieille dame de plus de 230 ans qu?est la presse mauricienne, qui a joué un rôle salutaire dans la construction de la nation, ne mérite pas qu?on ternisse, à chaque rumeur, sa réputation. Il faudrait la protéger à la fois contre ses détracteurs et contre ses acteurs.
Quant au Premier ministre, cet « accident » aura surtout mis à nu un grave dysfonctionnement de sa cellule de communication. La police a pris dix jours pour sortir un communiqué. Ramgoolam, lui, a attendu 15 jours pour apporter son démenti. Entre-temps, la rumeur a fait vingt fois le tour de l?île !
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