Publicité

Zul, 36 ans, happé par les vagues

5 mai 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Indurlall Gunesh, dit Zul, 36 ans, accompagnait des amis en randonnée dans le Sud jeudi. A Le Souffleur, il commet l?imprudence d?enjamber la barrière de rondins, déjà en mauvais état, qui donne sur le promontoire rocheux. Il poursuit son chemin jusqu?au bout. Là, il est happé par une vague de quatre à cinq mètres. Une deuxième l?engloutit et il disparaît?

Cette scène d?horreur s?est déroulée sous les yeux médusés d?un ami de Zul, le policier Yvan Mamedy. Pourtant, celui-ci le suivait, l?incitant à retourner sur ses pas. Assis sur une pierre sous un filao, le caporal Mamedy se tient la tête . Il a l?air désemparé. Ses yeux sont rougis par l?insomnie.

Entre la disparition de Zul, jeudi vers 17 h 15 et une heure du matin, il est resté sur place. Nourrissant à chaque seconde l?espoir que la Special Mobile Force, les garde-côtes du

Sud dirigés par l?inspecteur Balkrishna Mahabirsingh et le Groupe d?intervention de la Police mauricienne finiraient par récupérer le corps de Zul de cette mer déchaînée.

Après une visite chez la famille Gunesh à Palma, Yvan et une quinzaine de voisins qui appréciaient Zul énormément pour ses «qualités de c?ur», sont retournés à Le Souffleur à 4 h 30. «Nous avons fait le va-et-vient le long de la falaise, scrutant l?obscurité jusqu?au petit jour. Mais en vain.»

C?est à la demande d?Yvan, un membre du Centre d?excursion de Beau-Bassin, qui doit promener des amis étrangers ? deux Belges et un Français ? que Zul accepte de les emmener en randonnée. Mercredi, c?est à l?Ile-aux-Cerfs qu?ils se rendent, dans la 2X4 verte de Zul. A la fin de la journée, ce célibataire qui vit de ses travaux de jardinage et de petits boulots, conduit les visiteurs à l?église de St.-Luc à Cité Kennedy, Quatre-Bornes. «Zul était très pieux et avait une foi inébranlable en Jésus. D?ailleurs, le jour de Pâques, il a reçu le baptême et portait désormais le nom de Julien», raconte Yvan, qui a les larmes aux yeux quand il évoque son ami.

Mercredi soir, Zul confirme à Yvan qu?il a prévu d?emmener les étrangers en randonnée dans le sud le lendemain. Le policier est de la partie. Le point d?orgue de la virée de jeudi est «La Nef», où a vécu l?écrivain et poète Robert Edward Hart. Avant de rentrer, ils décident de faire halte à «Le Souffleur». Là, ils s?approchent de la barrière rudimentaire et abîmée, à laquelle il manque même certaines parties.

Pendant qu?Yvan parle aux Belges et au Français, il ne se rend pas compte que Zul a enjambé la barrière et a emprunté le sentier rocheux menant vers le promontoire. Dès qu?ils le voient, et conscients du danger que Zul court, Yvan et les Belges l?appellent à plusieurs reprises pour qu?il revienne sur ses pas. Mais Zul continue sur sa lancée. A l?extrémité visible de la roche, il se retourne, leur sourit d?un air rassurant et descend plus bas. «D?où nous étions, nous ne pouvions alors plus le voir », explique Yvan.

<B>Projeté en mer démontée</B>

Sans réfléchir davantage, Yvan se lance sur les traces de Zul, espérant l?atteindre avant qu?il ne lui arrive malheur. Lorsque le policier atteint à son tour l?extrémité rocheuse, il se rend compte que son ami est dans cette mer démontée, où les vagues sont de quatre à cinq mètres. L?une d?elles a dû l?y projeter. Yvan voit une autre vague submerger son ami. «J?espérais qu?il allait remonter à la surface une fois l?écume tassée, mais il n?a pas reparu». Yvan utilise alors son portable pour avertir la police. En 20 minutes, l?hélicop-tère survole le lieu et les autres divisions de la force policière arrivent en renfort.

Comme Zul a ses clés de voiture sur lui, Yvan doit, en présence des parents du disparu, forcer la porte de la 2x4 pour récupérer les sacs des touristes où se trouvent leurs passeports. Hier matin, tout un groupe de voisins de Zul, abasourdi par la nouvelle, en était encore à scruter le ressac. Parmi eux se trouvent Shankar Goolzar et Raj Groodoyal qui louent le sens d?entraide de Zul. «Li ti touzour pre pou ed nou ar so vann. Li ti ena bon leker. Samem nou tou inn deboulonne isi depi gramatin pou rod li.»

La même stupéfaction se lit sur les traits d?Usha, la dernière s?ur de Zul, qui reçoit les sympathisants dans le salon de leur maison à Palma. «Se vre ki li ti habitie ed dimounn. Nimport ki ler sone, li ale. Me li touzour revini e li dir linn al depoz untel lopital, untel malade.»

Au loin, on entend les pleurs de Chandoo, leur mère, qui commence à réaliser qu?elle a perdu son troisième fils. «Maman inn perdi enn garson kan piti la ti ena trwa mwa. Segon garson inn mor ar cancer kan li ti ena 12 zan. Zul se dernie garson li ti reste ». Le père est mort il y a trois ans.

C?est à l?issue de deux interventions ratées à l?appendice que Zul se tourne vers le christianisme, se rendant à l?église plusieurs fois par semaine. Sa volonté de suivre les préceptes chrétiens dicte alors ses actes. «Sak fin de moi, li aste komisyon ? macaroni, dite, diber etc ? li distribie ar bann voizin. Li dir ki manze samem baz de tou e ki Jésus inn dir bizin partaze. Samem osi li ti ed bann voizin. Li ti touletan dir dimounn ki dan difikilte, ki zot bisin kroir en Jésus. Li ti enn bon dimounn. Nou pa pe kroir inn ariv li enn zafer koum sa?».

Publicité